LIVRE SEPTIEME
ous avions posé la pliime : des évéuemens aussi graves qumattendus nous forcent delà reprendre. Il faut dire comnaent ils ont fait recouvrer à Laon son antique importance militaire , et quels tristes effets a eus , pour cette ville, une révolution qui Ta fait sortir tout-à-coup de sa paisible obscurité.
1814. Lgg triomphes de Napoléon avaient élevé
Situation *•
delà la France à un point de grandeur et de France gJQÎre, qù elle ne s'était jamais vue depuis mence- Charlcmagne. Elle en fut précipitée par les "^^14. revers qu'il essuya dans les deux campagnes de Russie et de Saxe. Elle conservait néanmoins encore la belle limite du Rhin , lorsque la campagne de 1814 s'ouvrit par Tenvahissem'ent de son ancien territoire. Dès les premiers jours de janvier^ il fut inondé par les innombrables légions de presque toutes les nations européennes , dont les préparatifs annonçaient, et les desseins les plus étendus, et les plus vastes espérances.
Le péril était manifeste : Tinsuffisance des moyens d'y faire face n'était pas moins évidente. Des pertes de tout genre avaient excessivement réduit l'armée. Les débris
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en étaient, pour Ja plupart , ou bloqués dans les places fortes d'Allemagne , ou employés en Espagne et en Italie. Il était impossible que ce qui en était rentré dans l'iatérieur suffit pour sa défense , à moins de quelque mouvement généreux qui portât tous les citoyens à courir aux armes. Mais la nation, fatiguée de ses longs sacrifices^ n*appercevait 9 pour prix de ceux qu'elle subirait encore 3 qu'un plus sinistre avenir. La conduite militaire de son chef était accusée hautement d'imprudence. Sa conduite politique excitait des plaintes d'une autre nature. Quand il eût fallu ménager adroitement les esprits, il les avait révoltés par la dissolution violente et injurieuse du Corps législatif. Il n'était pas à croire , dans de telles circonstances, que la valeur des troupes fut secondée par un élan national. ^ Dès le commencement de la lutte , on put 0"^«rt«-
re delà
en présager l'issue. La marche qu'elle allait campagne. suivre, semble indiquée d'avance par ce qui arriva dans les deux premières rencontres.
A Brienne, un succès équivoque fut acheté bien cher. A La Rothière, le moindre nombre dût céder à la multitude.
Déjà deux grandes armées prenaient la ^""^*
, de
route de JPaiis. L'une dite de Silésie , com- NapoUon
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^^""^^ mandée par le Maréchal Blucher , suivait
fnmée de
Siléiie, ia Marne. Le Prince de Schwai tzemberg côtoyait la Seine avec Tautre , qui reçut le nom d' Austro-Russe. Rien ne paraissait devoir arrêter leur marche, TEmpereur n'ayaqt à leur opposer que des troupes éparses^ peu nombreuses et manquant de tout. Il sembla que son génie militaire avait trouvé dç nou* velles forces, pour lutter contre la difficulté de * sa{)osition. Far les ressources inattendues qu'il en tira^ il réussit quelque temps à donner le ^ change sur son extrême infériorité Blucher avait eu la mal-adresse de ne pas lier assez'les différentes parties de son armée : les quatre défaites consécutives de Champ-Aubert, de Montmirail , de Château - Thierry et de Vauchamp, lui firent voir que la moindre négligence pouvait être fatale avec un adversaire^ dont laction était aussi prompte que le coup d'œil. Ses plans furent déconcertés; le désordre et le découragement se mirent parmi ses soldats; et il se vit réduit à reculer }usqu''à Châlons : heureux dé pouvoir échapper à la poursuite de son vainqueur , que \qs progrès des Austro-Russes appellaient sur les rives de la Seine. Celui-ci commettait alors une faute capitale. Après la malheureuse journée de la Rolhière , il avait sagement ordonné à Tarmée d'Italie d'accourir eu
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France , après avoir jeté des garnisons dans les grandes places ; et trop de confiance en des avantages qui n'étaient pas décisifs , lui fit révoquer cet ordre. De ces événemens qui se passaient dans une province voisine , les uns ne furent connus à Laon que d'une manière imparfaite; et avant qu'il pût y rien' transpirer des autres y la ville était tombée au pouvoir de 1 ennemi.
On y était encore dans une pleine sécu- Aiame rite 9 quand le i.*^'' Février , la générale > u vifle. battue inopinément à neuf heures du soir, causa la plus vive agitation : elle fit croire que déjà Tennemi était au pied de la montagne. Mais cette alarme était prématurée.
Les avis reçus portaient seulement que quelques partis se montraient dans les environs de Maubert-Fontaine. Cependant l'état de U place n'était rien moins que rassurant : ses murs étaient ouverts en plusieurs endroits ; et il n'y avait pour garder leur vaste enceinte, que cent hommes du Train d'artillerie, quelques soldats de la réserve départementale , et les trois cents citoyens composant la garde urbaine, laquelle n'était armée que de soixante fusils. Quatre pièces de campagne qu'on fit venir de La Fère, ajoutèrent peu à d'aussi Ëubles moyens de défense.
Tout ce qui se débitait sur la distance et
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la force de rennenii était vague et contradictoire. On détacha quelques hommes, pour aller le reconnaître. Ils avaient Tordre formel de ne point se hasarder ; ils le suivirent mal« Ayant rencontré près de Mainbressy deux cents* Cosaques y qu'ils pouvaient éviter, ils les provoquèrent, en tirant sur eux ; et enveloppés à l'instant même, presque tous furent pris. Les fuyards n'apportèrent , avec la nouvelle de ce combat malheureux, aucun renseignement qui pût en faire pardonner l'imprudence.
Ils avaient eu affaire à des éclaireurs du corps russe de "Wintzingerode , qui avait passé le Rhin du côté de Juliers. Parti le 5 Février de Namur , où il avait rassemblé ses colonnes, ce Général fut assez heureux pour n'éprouver aucune résistance devant Avesnes, dont les femmes elles-mêmes lui ouvrirent les portes. Là il annonça hautement le dessein de s'emparer de Laon, et de prendre ensuite la route de Paris. Mais tout était désorganisé dans l'intérieur , au point qu'on ignorait à La Capelle ce qui se passait à Avesues , qui n^en est qu'à trois lieues. Les divisions de Woronzoff et de Strogonoff, qui avaient passé le Rhin sur d'autres points que le corps de Wintzingerode , avaient Tordre d'aller le grossir ; et
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elles étaient sur le point d'opérer leur jonction avec lui.
Le 11 Février, vers les quatre heures du ^^
. . , Russes
soir, quarante Cosaques, qui avaient monte font rela côte par un chemin couvert , parurent «<>n"^««
la vile.
tout-à-coup devant la porte Lussault. Ils faisaient des signes d'amitié , pour inviter à les recevoir. Quand ils virent qu'on ne leur répondait que par des démonstrations hostiles, ils se retirèrent lentement par le faubourg de Vaux. Quelques cavaliers du Train d'artillerie avaient eu le temps de monter à cheval. Les deux petites troupes se trouvèrent en présence entre Vaux et Chan^bry. Les Cosaques reculèrent, en escarmouchant ; et n'ayant pas été suivis au-delà de Chambry, ils allèrent oôcuper la ferme de Puisieux*
On ne douta point qu'ils ne fussent les précurseurs de quelque corps considérable, qui se montrerait d'un moment à Tauti^e; et l'on tint conseil sur le parti qu'il fallait prendre. Laisser occuper, sans Tavoir défendue , une. position si importante , était une chose qui répugnait à l'honneur et au zèle des habitans. Mais d'un autre côté , quelle apparence de tenir, avec quatre canons et quelques fusils, dans une place ouverte en plusieurs endroits , et dont le circuit est de plus d'une lieue; lorsqu'on ne recevait aucun
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ordre du gouvernement ; lorsqu'il n'y avait nul espoir d'être secouru ; lorsque cent cinquante Russes se maintenaient dans Reims sans y être inquiétés ? Oser Tentreprendre, n'était-ce pas de gaîté de cœur , dévouer la ville à tous les maux qu'entraîne une occupation violente ? Ces dernières considérations prévalurent dans le conseil. En conséquence, dès le lendemain matin , le Commandant du Département et le Préfet partirent pour La Fère , emmenant le peu d'artillerie et de militaires qui se trouvaient dans la place.
^* '* Bien leur prit d'avoir précipité leur retraite, et sont Car quelques heures après un régiment de "^"** Cosaques , commandé par le Prince Ijéhpoukin > sommait la ville de se rendre. Après quelques pourparlers et sur l'assurance formelle que la troupe ennemie était suivie de mille hommes d'infanterie et de cinq cents chevaux , il fut convenu qu'on lui ouvrirait les portes y lors , néanmoins ^ qu'il aurait été vérifié qu'elle n'était pas de moins de quatre cents hommes. Il fut stipulé^ en outre, que la garde de tous les postes se ferait conjointement par les Habitans et par les Busses.
Le jour même où ceux-ci furent reçus dans la ville , arrivèrent les quinze cents hommes qu'ils avaient annoncés. On eut encore
moins