LIVRE SEPTIÈME. . igS
moins à se repentir de la capitulation le lendemain i3 , où Tentrée inattendue de tous le corps de Winlzingerode , porta à quinze mille le nombre de ceux à qui on aurait eu affaire ^ en cas de résistance. Dès ce jour-là fut enfreinte la condition qui faisait concourir les citoyens à la garde de la place.
Le manque de foi fut poussé, quelque temps après 9 jusqu'à leur ôter toutes leurs armes. Ainsi fut enlevée, sans coup férir, au moment des plus brillans succès de Napoléon , une ville , qui , par ses avantages naturels^ et comme point central de quatre routes militaires, pouvait couvrir Paris et redevenir un des boulevards de la France.
On a accusé ceux qui y exerçaient la principale autorité, d^avoir laissé ignorer soa importance au gouvernement. Mais devait-il avoir besoin d^en être averti par eux? De qui n'était point connue cette singulière posi* tion de Laon, iqui excite la curiosité de tous les voyageurs ? Et n'aurait-on pas trouvé , au dépôt de la guerre , des plans dressés par Vauban pour la fortifier? La faute d'avoir négligé Laon eut des conséquences qui ne nous paraissent pas avoir été relevées j usqu'ici. Maîtres de ce point, les Français obligeaient Tennemî à porter ailleurs la ligne de ses opérations; et par-là deux des plus malheureux
J94 HISTOIRE DB LAOK.
événemens de la campagne étaient évités»
li'arméedeSilésie^ acculée contre Soissons, ne se fût pas soustraite à une ruine savamment combinée , parce qu'elle n'aurait pu être secourue à temps; et Napoléon n'aurait pas eu à faire sur Laon une téméraire entreprise y qui le perdit sans retour.
Au Russe Wintzingerode succéda le Prussien Bulow. Le premier était parti de Laon , pour prendre Soissons, qu'il avait évacué peu après. Ce fut aussi contre Soissons que le second marcha au bout de quelques jours.
L'ordre lui en fut apporté dans la nuit du 58 Février au i .«•" Mars. Retraçons , en peu de mots y les faits qui avaient précédé ca mouvement^ et les causes qui le produisi"rent.
Succès de Nous avons laissé l'Empereur marchant *
Napoléon .
contre les contre les Austro-Russes ^ qui s avançaient Austro- g^yQç, confiance le loue des deux rives de la
Russes. ^ ^
Seine ^ et dont les premières colonnes paraissaient à Nangis et à Mormant. Le Duc de Bellune commandait sou avant -garde.
Déjà ce Maréchal avait écrasé à Mormant le corps de Palilen ^ défait à Valjouan Je Bavarois Lamotte , débusqué de Montmirail le Russe^Diebitsch, lorsque Napoléon luimême vient fondre à Montereau sur le Prince de Wir temberg. 11 y achève de dégager
lilVRB SEPTIÈME. igS
Paris par une action sanglante : il poursuit dans leur retraite les débris de l^armée vaincue; et parla célérité^ l'audace et le bonheur de ses attaques, il frappe d^une telle épou*vante les puissances alliées, qu'elles consentent à lui accorder la paix L'Kmpereur de Russie envoya, dit-on , réveiller, à quatre heures du matin , le Commandant Autrichien, pour lui Élire connaître son désir que le traité fût signé sur-le-champ, tel que le demandait le négocia* teur français. C'était pour Napoléon un vrai triomphe, que d'arracher une paix quelconque à cette Ligue européenne^ qu^fl avait plu* tôt étonnée qu'affaiblie II se crut en état de dicter d'autres conditions, et il rejeta , com me ignominieuses, celles que lui-même avait jugées acceptables. Il ne s'apperçut pas , dans l'ivresse de ses succès , que chaque victoire était un pas vers sa ruine, et que ses forces s'épuisaient ^ à mesure qu'il coupait une tête de l'hydre qu'il avait à combattre.
Cependant Blucher avait réparé ses perles ^* "»"f^ô
. , contre
par l'arrivée de quelques renforts ; et il avait Biucher» eiïsuite paru vouloir se joindre aux Austro- Russes , pour engager une action générale.
Mais, tandis que Napoléon , à qui Schwartzemberg' venait d'abandonner Troyes , y accordait quelque repos à ses troupes accablées de Ëttigue^ le Général Prussien s'était
ig6 HISTOIRE DE liAON*
de nouveau dirigé vers ]a Brie. Il avait donné le change aux Maréchaux Mortier et Marmont, en menaçant Meaux; et il avait passé la Marne à La Fer té-sous- Jouarre. Alors il te crut' sûr d'atteindre son but, qui était de rallier à son armée les deux corps de AVintzingerode et de Bulow, et d'arriver à Paris, à la tête de cent mille combattans. L'Empereur pénétra sa pensée; et faisant une extrême diligence^ pour se jeter sur ses derrières , il seilatta de l'accabler, s'il parvenait à l'atteindre , avant la jonction des deux autres Généraux ennemis. Ce dernier point devait dépendre de ce que le sort des armes allait décider de l'expédition de Bulow cootre' Soissons.
Qui fait g| 1^ place tenait encore à l'arrivée de
sa jonc* *■
tioiiavec Napoléou ^ Bluchcr se trouvait enfermé entre
gerode^'^*®^ murs et deux armées Françaises. Pris à
Buioiir. dos par celle de Marmont et de Mortier ,
attaqué sur son flanc par celle de l'Empereur,
il eût été forcé de recevoir la bataille avec
le plus grand désavantage. Mais Napoléon
apprit à Fismes, le 4 Mars, que Soissons
assiégé le 2 , s'éfait rendu le 3, et que , dans
la soirée de ce même jour 3, s'était opérée
la réunion du Maréchal Prussien aux deux
Généraux qui lui amenaient des renforts.
Furieux d'une capitulation qui trompait ses
lilVRE SEPTIEME* I97
plus chères espérances , il fit arrêter tous ceux qui y avaient concouru ; rigueur outrée peut-être^ approuvée cependant par des historiens d'un grand poids , et qu'en tout cas il Ëiudrait pardonner à son chagrin d'avoir manqué une occasion qu'il ne retrouvera plus.
Toutefois il ne désespéra point de la faire Napoléon renaître^ en amenant les Alliés , par quelque r Aisne, manœuvre habile, à diviser de nouveau leurs forces. Il n'y pouvait réussir, qu'en passant l'Aisne, dont tous les ponts étaient au pouvoir de l'ennemi. Pour détourner son attention j il fit attaquer Soissons par les Maréchaux Marmont et Mortier ^ pendant qu'il prenait^ par Braisne , la route de Berry-au-Bac. On se battit, avec beaucoup de vivacité , dans les . Êiubourgs de Soissons , toute la journée du 5 ; et ce jour-là un gros de cavalerie française enleva le pont de Berry. Alors l'Empereur rappella à Jui le&^cprps des deux Maréchaux. Alors aussi Bluçher, dont toutes les troupes s'étaient déployées sur le vaste plateau qui s'étend depuis Lafaulx jusqu'à Craonne, ordonna aux Russes de se concentrer entre Craonne et Vaucler, pour surveilJer les raouvemens des Français. Quant aux Prussiens , ils allaient s'appuyer à la mon- ^
tagne de Xiaon.
içfi HTSTOTRS 'DM TbAOV»
Bataine \ j^ ^rtje de ces dîspontions de son adver- Craoïme. saire , rEmperear le rf^arda comme tombé dans ]e piège où il TatteDdait; et sa résoliH tioti fut prise à l*iostant de fondre d'abord sur les Rosses, et de marcher ensuite contre ]es Prussiens. 11 avait emporté , le 6 , les hauteurs de Craonne. Mais la ferme d'Har^ tebise , située au bord septentrional de la chaîne de montagnes qui court entre TAisne et F Ailette 9 après avoir été prise et perdue alternativement par une division française et par une brigade Russe ^ resta au poovrar de Fennemi. Retranchés dans, cette position qui paraissait inexpugnable , les quatre Commandans Russes ^ StrogonofF, Saken »
'WasiltschikofF, etWoronzoff^ n'imaginaient pas qu'on pût concevoir le projet de les j forcer. Cest pourtant ce que FËmpereur entreprit le 7 au matin , avec trente-sept mille hommes. Ce nombre est le résultat des notes prises sur le champ de bataille.
L'un et l'autre flanc dès Russes étaient défendus par un profond ravin , sur lequel plongeait une batterie de douze pièces de canon. Leur front était couvert par un troisième ravin, auquel on ne pouvait arriver que par un défilé fort étroit ; et soixante bouches à feu menaçaient de foudroyer quiconque teaterait ce périlleux passage. L'atta-
lilVttE SEPTIEME. 199
que se fit en même-temps sur les trois points arec une égale intrépidité, mais avec des progrès inégaux. A la faveur d'une manœuvre de la jeune Garde, les - divisions Curiai et Meunier , parvinrent les premières à couronner la hauteur. Alors les Russes , qui occupaient la ferme d*Hurtebise, Tabandonnent, après y avoir mis le feu , et se retirent sur leur première ligne.
Victor , qui venait de franchir le ravin du milieu, s'avançait à la tête de ia jeune Garde : il est frappé d'une balle et mis hors de combat. Grouchy, dont la cavalerie avait traversé le ravin de Vaucler , se disposait à charger les hussards Russes : un coup de feu le force à se retirer. Laferrière envoyé au secours des divisions qui soutenaient sur le plateau une lutte inégale ^ Laferrière se précipite sur les Russes : il tombe aussi, blessé grièvement; et sa cavalerie est forcée de reculer. Mais les pertes énorihes, qu'essuient les Français, ne font qu'irriter leur ardeur. Tandis que de toutA parts la mort pleut du haut de la montagne , leurs phalanges s'élancent sur les côtes les plus escarpées; et dans cette. audacieuse escalade , c'est la cavalerie qui prépare les voies, précédée de l'artillerie légère. Un terrain trop étroit ne permettant pas à l'en- . nemi d'engager toutes ses forces , W^oronzofF
a seul à soutenir alors tout Teffoi t des Français ; et ladestruclion du corps qu^il commande est certaine , s'il tarde à se replier. De ce moment commença la retraite des Russes»
Elle se faisait dans le plus grand ordre, par le chemin qui aboutit à TAnge Gardien* Saken la dirigeait : Woronzoff là couvrait avec la cavalerie.
On s'attend bien que Napoléon n'en res-^ lera pas spectateur inactif, il s'indigne de la possibilité que le prix de tant dé valeur lui échappe* Il lance, à la poursuite des Russes, tout œ qu'il a de forces sous la main. 11 presse l'arrivée de Mortier • Colbert reçoit , il exécute , sous un feu terrible , l'ordre d'aborder le terrain sur lequel défî^ lent les colonnes ennemies ; et tandis que le village d'Aillés , inutilement attaqué jusques-^ là, est enfin emporté par les divisions Boyer^ Meunier et Curial , Charpentier accouru avec la sienne, prend le commandement de l'infanterie'de Victor, Toute la largeur du plateau est alors occupée par les Fraâçais* Ils s'attachent aux pas de l^ennemi ^ ayant en avant six batteries dont le feu ne discontinue point. Us le harcèlent par les charges fréquentes d'une cavalerie malheureusement trop peu nombreuse pour l'enlamer. Ils le poussent jusqu'à la hauteur de la ferme dç
lilTRE SEPTIEME. SOI
Warmont, La gauche des Russes , qui s'y trouve pressée trop vivement par le Maréchal tiey , se jette dans le chemin étroit et rapide qui conduit à Chévregny : Charpentier fait pointer sur eux quatre pièces qui font ^ dans leurs rangs , un ravage épouvantable.
Ce beau fait d'armes , dont il ne fut pas dit un mot dans la feuille que les Alliés firent paraître à Laon le lendemain , excita l'admiration des étrangers; et plusieurs An*glais accoururent j aussitôt après la paix , pour en visiter le théâtre. La perte fut grande des deux cotés ; on a porté celle des Français à huit mille hommes^ et celle des Russes à cinq mille. Les gens du pays"^rétendent avoir vérifié sur le terrain , qu'il n'y a pas péri moins de monde d'un coté que de l'autre* Deux Généraux Russes , Lanskoï et Orscha* kofF, restèrent sur le champ de bataille^ ainsi que le fils unique de StrogonofF, qui de douleur quitta le service à l'instant même* Sept autres Généraux de la même nation furent du nombre des blessés. Quant aux Français j ils n'eurent à regretter la mort d'aucun Officier de marque ; mais ils comptèrent , parmi leurs blessés 9 outre le Maréchal Victor et les Généraux Grouchy et Laferrière^ les Généraux Boyer, Bigarré et Le Capitaine.
902 HISTOIRE B E IjAON.
On a dit, pour déprécier la victoire de Craonne , trop chèrement achetée sans doute , que les Français n^en avaient tiré d'autre fruit , que la gloire stérile d'être restés maîtres du champ de bataille. Mais Soissons , où ils rentrèrent le lendemain , en fut un autre prix plus solidd. N'était-ce rien d'ailleurs que l'effet moral dont nous fumes témoins ? Une action qui n'aurait dû être hasardée qu'avec une grande supériorité numérique^fitsupposer à Napoléon des forces qu'il n'avait pas : l'amour propre des Alliés s'accordait avec la vraisemblance , pour leur faire prendre le change à cet égard. Il fallait que, profitant d'une utile erreur, et se bornant à l'entretenir , il autorisât son négocia-^ teur à traiter sur-le-champ à des conditions modérées. I^es folles espérances , auxquelles il s'abandonna, sont d'autant moins excusables, que lui-même, après sa victoire, écrivait à son frère Joseph : // n'y a que la vieille Garde gui se soutienne ; le reste fond comme neige^ Tel était l'excès de sa présomption , que son dessein d'une entreprise sur Laon, publié aussitôt que conçu > fut donné par lui comme immanquable. Le jour qu'il la faisait, le Préfet de T Aisne, réfugié alors àPariSjs'étant présenté chez le Ministre de l'Intérieur^ a Que faites-vous ici, lui dit
lilVRE SEPTIEME. flo5
ï) le Ministre? l'Empereur est maintenant à » Laon : il sera mécontent de ne, pas vous » y voir. Partez sur Fheure. » Le Préfet partit : nous dirons de quelle manière il arriva. Toutefois il faut Tavouer; jusqu'ici la campagne de 1814 égale ce qu'il y a de plus beau dans la vie militaire de Napoléon.
Mais on peut regarder le succès de Craonne comme la dernière irradiation d'un a^tre qui va s'obscurcir.
- Quand l'affaire de Craonne s'engagea, les ®"^
semës par
Xiaonnois étaient loin de soupçonner que la les Aiués. scène des combats se fut rapprochée d'eux à ce point. Cependant le journal du Département paraissait par intervalles : mais il avait gardé le silence sur la marche de Na* poléon; et l'on n'allait pas non plus chercher la vérité dans des pages dont les Alliés étaient les ^iteurs. Ils n'oublièrent pas d'y insérer les Proclamations du Prince Royal de Suède.
Convaincus même que leurs Généraux inspiraient moins de terreur que les guerriers Français 9 ils répandirent que Bernadette venait prendre le commandement de leurs armées. Trompé par ce bruit , un Agent des royalistes de Paris se rendit à Laon pour se ccœcerter avec Charles- Jean ^ qu'il croyait ry rencontrer; et il apprit de Bulow, que ce Prince n'était rien moins que l'ame de la coalition.
S04 HISTOIRE DE LAOK*
. Parmi les nouvelles que les Alliés débhtaieut alors^ une surtout mérite d'être citée : c'est celleque contient la feuille du 5 Mars. Il y est dit a que le gouvernement Anglais par^t » approuver les mesures relatives au'^rétan blissement de la dynastie des Bourbons en » France ; que tous les Bourbons, à Texcep- » tionde Louis XVIII, ont quitté F Angle- :i^ terre; que le Duc de Berri son frère (au liea 9 de son nepeu), est arrivé à Jersey, d'où il » doit passer <iafis la Vendée. » Quelqu'attention que méritât cette première annonce du rétablissement des Bourbons, elle fut à peine remarquée. Le très*petit nombre de lecteurs d'un journal suspect , était en garde contre tout ce qui se disait de &vorable à la cause de l'étranger.
A la même époque , une Proclamaticm du Général Bulow, plus connue, à Laon, où elle fut afQchée , n'inspira point plus de coilfiance. On y lisait : « Nous ne venons H point partager la France : la France restera B toujours à elle-même. Les Souverains ne p veulent point faire des conquêtes : ils )» veulent rendre à chacun ce qui lui apparia lient. D Les Alliés avaient beau protester de leur désintéressement : on ne voyait dans leur langage amical , qu'aune précaution insidieuse; et loin de persuader qu'ils vou<-
IiIYRE SEPTIÈME. So5
lussent restituer la France aux héritiers de liouis XVI , toutes leurs Proclamations foi>tifiaient la crainte qu'ik ne lui préparassent le sort de la Pologne.
Cependant le voile mystérieux , dont ils couvraient les opérations de leur adversaire , faisait soupçonner de grands obstacles à Taccomplissement de leurs desseins ; et l'on flottait à Laon dans le vague d'une pénible incertitude^ quand le bruit d'une forte canon* nade attira les Habitans sur leujs remparts.
Ils eurent peine à en croire leurs propres yeux^. quand ils apperçurent assez distinctement deux armées aux prises sur les hauteurs qui dominent la vallée de TAîlette. La sensation que fît ce spectacle inattendu , est facile à concevoir. Tous les vœux , sans doute, furent pour les Français. Mais on ne pouvait se défendre de réfléchir sur les suites de leur victoire. La plaine de Laon ne serait- elle pas à son tour Farène sanglante, où s'agiteraient les destinées de la France ? Et Napoléon ne tenterait-il pas d'arracher à ses adversaires une viDe devenue leur principal point d'appui? Car, devant quelle entreprise^ si hasardeuse qu'elle fût ^ avait -on vu jusques-là reculer son génie audacieux?
Ces conjectures n'étaient que trop fondées.
Sans considérer que i'armée qui lui restait
âo6 HISTOÎRB DE liAOK.
à vaincre 9 serait grossie de celle qu'il avait vaincue^ et ne . tenant aucun compte de sa position , Napoléon accourut pour Vy forcer.
Il ne lui vint pas même dans la pensée que la difficulté du terrain pût arrêter , quelque part^ ceux qui venaient d'en triompher avec tant d'éclat. Blucher s'était préparé à le- rece* voir. Il avait rassemblé toutes ses troupes à Laon dans la journée du 8; et il y avait fait de judicieuses dispositions pour sa défense.
Des batteries menaçaient tous les points par où les Français pouvaient déboucher. Un gros corps d'infanterie gardait le poste de S. Vincent. Le reste, appuyé aux flancs de la montagne , décrivait , du côté du midi^ une longue ligne, dont les deux points extrêmes s'appuyaient à Clacy sur la droite, à Athies sur la gauche. Les collines du Mont-Blanc étaient armées de canons; et vingt-cinq mille hommes de cavalerie formaient , dans la plaine du nord , une immense réserve^ dont Tin cerposition de la montagne ne permettait point de juger toute la force. Blucher ne douta point qu'ainsi posté , il ne pût , avec cent mille combattans , braver tous les efforts de son redoutable adversaire. Car , tout en s'exagérant le nombre des Français, il avait la conviction de leur grande infériorité. Vingtneuf mille hommes formaient Teffectif du
lilYRE SEPTIEME. 20J
corps d'armée que TEmpereur conduisait en personne.On n'a pu nous faire connaître^ d'une maaière aussi précise^ la force de l'aile droite a?ec laquelle le Duc de Raguse devait agir :
maisselon toutes les vraisemblances , elle n'exoédait pas six mille hommes.Ce Maréchal avait reçu l'ordre de descendre par Festieux, pour tomber sur la gauche des Alliés, et leur couper laretmte parles routes de Reims et de Marie.
Napoléon était à Chavignon dans la soirée ^«* du o j et son avant - garde s elait avancée forcent jusqu'à Etouvelles. Sept ou huit bataillons ^l^^^^ Russes avaient été laissés, tant dans ce lieu veiies. que dans Chivy, pour disputer le passage; ce qui semblait d'autant plus facile , que le seul chemin , qui conduit de l'un à l'autre village , et qui était en 6 lé par une batterie , est bordé de marais à peine praticables au cœur de l'été. Mais à deux heures du matin ^ deux bataillons et deux escadrons de la vieille Garde ^ qui avaient tourné Chivy, en prenant par Chaillevois , abordèrent les Russes à la bayonnette , aux cris de pwe r Empereur.
Attaqués en même-temps, du côté d'Etouvelles , par deux divisions de la jeune Garde , les Russes firent peu de résistance. Ils se replièrent en désordre sur Laon, poursuivis par la cavalerie de Belliard , qui comptait entrer pêle-mêle avec eux dans la ville.
So8 HISTOIRE DE LAOK»
Mais un feu très-vif de njitraille farrêla aa pied de la montagne»
Battffle ^ huit heures du matin , le bruit de la Laon. fusillade annonça la présence des Françak» A la &yeur d'un gros brouillard , ils s'étaiem emparés du faubourg d'Ardon, et ils atta^ quaient celui de Semilly. Bientôt le feu de la mousqueterie atteignit jusqu'aux remparti de la ville. Déjà même uûe compagnie de tirailleurs, qui avait gravi la montagne sous le fort de S. Vincent^ touchait presque à la muraille > lorsqu'à vertie , par la perte de son Capitaine j qu'elle allait toute . entière subir le même sort^ elle dût se retirer au plus vite.
L'artillerie ne tarda point à jouer de part et d'autre. Au tumulte et à l'encombrement de la veille succéda, dans toutes les rues, le silence de la solitude. 11 ne fut interrompu que par une Proclamation qui déclarait la ville en état de siège, et défendait à qui que ce fût de sortir de chez soi. La consternation était extrême parmi les habitans , non sans les plus justes motifs : car si la ville était emportée d^assaut, ils avaient tout à craindre de la rage de l'étranger vaincu, peut-étl^ même de la furie du Français vainqueur ; et en attendant que la fortune se déclarât^ ils couraient risque d'être pillés par les Cosaques.
taques. L^ennemi, dans k vue d'augmenter la terreur > s'était avisé d'une ruse de guerre dont personne ne fut dupe. C'était une A fl&che portant que le Maréchal Soult , qui com-^ mandait alors du côté de l'Espagne , avait arbora la cocarde blanche et marchait contre Fans; AâSche qui^ par un hasard singulier»
se trouve ^ à un jour près , de la même date qu'une Froclamation du même Maréchal contre ceux qui ont eu Vinfamit et exciter les Français à trahir leurs sermens^ et à être parjures enpers V Empereur.
Li'ennemi se tint sur la défensive ^ tant que le brouillard Tempéchade juger le plan d'attaque de Napoléon. Il fut plus entreprenant ^ dès que le temps devenu plus clair lui permit d'agir avec connaissance. Une colonne Prussienne fondit sur Ardon • et ea moins d'une heure , en eût délogé le trop faible corps qui essayait de s'y maintenir* Mais il y rentra presque aussitôt , avec le secours queNey lui envoyait, pour le dérober à la poui^uite des Prussiens.
L'action fut plus sérieuse du côté de Se« milly. Les Français s'étaient avancés par les chemins qui parlent de Chivy et de Monsen-Laonnois, et ils avaient établi sur la chaussée^ à tiès-peu de distance du faubourg » une forte batterie dont le canon des Alliés
ne .pouvait ralentir le feu. Ils ^e'^ii tinrent avec avantage con tre ^ Ifinf diarterie. Russe que Bluèher leur opposait. Mais lorsqu'ils s'ap-perçurent qu'une nombt^use colonne de cavalerie manœuvmit pour tourner leur flanc gauche, ils durent céder du terraint lisse retirèrent au petit pas , sôus la protection des batteries dressées. sur les hauteurs ^ du. chemin de Mons-en-Laonnois. .
Us avaient fini .par n'être pas plus heureux, à Ardon. Bulow, impatient de venger l'affiront qu'il y avait reçu, s'était renforcé; et fondant de nouveau sur ce faubourg , ill'avait enlevé, après une vive résistance^ qui coûta la vie au Général Poret de Morvan , et à un ColoneL
Cependant M'armont descendait dans la plaine , précédé d:'une cinquantaine de bon-chas à feu, et^ chassant devant lui lesàvantppstes ennemis. . Une. marche rapide l'eut bientôt porté jusqu'à une éminence boisée en avant d'Athies. Là se trouvait la tête de l'aile gauche des Alliés, commandée par le Prussien Yorke. Il essaya vainement d'y arrêter les Français : après une belle défense, il: se replia sur Je village. Une nouvelle action s'y engage à l'instant même : ^'acharnement est égal de part et d'autre. Mais la valeur française est secondée par^ne artillerie mieux seiTÎçf et au .bout de plus de deux he^ires,.
• IiIVRE SEPTIEME. 211
Tennemi est forcé d abandonner Atliies H ne s*en éloigna qu'après y avoir mis le feu; et deux cents maisonsi furent en un moment la proièdes flammes. Ceitemesure déplorable a été présentée y comme iihe panition infligée aux malheureux liabilims, pour avoir favoHsë les Français: eh! comment Tauiaienl-ilsrpu?
Chassés de chez eux dès if matin , tousétaiient alors réfugiés dans les bcûs l^a vérflé est qn'Yorke neut d'autre but que d'assurer sa retraite.
La prise d'Athies fut lé ternie des progrès de Mai mont Les renforts que recevait "Sorke, le mil ent en état d'empêcher le Maréchal de pénétrer plus avant. Ici l'histoire, sous la plume des hommes de Tart, désaprouve .Vlai?mont, ou de n'avoir pas rétrogradé lusqu'aux défilés qu'il avait franchis , dès là qu'il sb voyait dans rimpuissaiice de prendre papt aux opérations de l'aimécoude n'avoir pas du moins placé son artillerie sur ta route^di^irièi^e le bois qui la borde Elle lait un reprocha bien plus grave à l'Cmpei eut d'avoir lia;>aidê , dans une plaine iuiuieube, le iaible corps du Duc de Raguse, quand lui-nieme^à ia leie de ses principales loi ces, et sur un leirai|i moins désavanlageux , ue parvint qu'à se faire biaver impuiieuienl par son adv«Msaire, 11 ikut citer ici ua tcUt à i'axaulagc du AJLaie-.
pi
Sia HISTOIRE bn LAOW.
chai. Après son combat j le bruit d'un vif eDgagenienL se faisait entendre; et c'eût été pour lui le moment d'agir. Dès qu'il en vit l'impossibilité , ii chargea le Colonel Fabvier de conduire en diligence mille hommes à l'Empereur; précaution qui ne fut pas mallieureuse, quoiqu'elle ait manqué son but.
L'incendie d'Athies n'était pas le seul qui, apperçu du haut des murs de Laon, excitât la compassion et redoublât l'inquiétude des citadins. Les flammes dévoraient en même temps une partie du faubourg de S. Marcel, quoiqu'il fut éloigné du champ de bataille, el situé même de manière à ne pouvoir en être vu. Ainsi il n'y avait plus d'endroit où l'on dût se croire à l'abri d'un tel malheur.
L'Empereur profita de la diversion qui se &isait sur sa droite, pour attaquer de nouveau celle des Alliés Ce fut avec aussi peu de succès que Je matin. Parvenus à une petite dislancede la ville, les Français fciient arrêtés par le feu inattendu d'une balleiie qui les foudrojfait de Classon. L'eunemi essaya, mais en vain, de les accabler dans leur retraite. Ils lui opposèrent partout des masses impénétrables, et il se vit obligé à son tour de rélrogi'ader avec perte. C'est cette action dont le bruit taisait regretlf;r au Duc de Ryguse de ne pouvoir seconder l'Euipeieur.
IiITRB SEPTIÉMB. SlS
Elle fut suivie d^une entreprise plus heu«reuse^ et dont elle avait eu peut-être pour but de fiivoiîser le succès. On a vu que la droite des Alliés s'étendait jusqu'à Clacy . Us occupaient oevillage^ qui leur avait paru, non sans raison^ un poste fort avantageux. Clacy est entouré de marais et de bois ; et du milieu de son eaceinte s'élève un monticule couronné par TËglise. Napoléon résolut de le leur enlever; et ce fut le Général Charpentier qu'il en chargea. Il ne^ pouvait mieux choisir. Charpentier avait fait à Laon une partie de ses études ; et le terrain où il allait opérer^ avait été souvent l'arène des joyeux exercices de son enfance. Cinq mille cinq cents hommes avaient été mis sous ses ordres pour cette expédition. Il attendit que la nuit fût arrivé^ pour former son attaque ^ et ses colonnes avaient été disposées si judicieusement à la fiiveur de l'obscurité , qu'aucun de ceux qui défendaient le village , ne lui échappa. Il s'y établit avec tout son monde ^ suivant l'ordre qu'il en avait reçu.
Tel était l'état des choses au commence- *ment de la liuit; et déjà^ en considérant le résultat des événemens de la journée , Napoléon devait la juger malheureuse. Car les Alliés avaient conservé leur principale position ; et il n'y avait pas apparence que de
414 HISTOIRE DE IjA
nouvelles tentatives pour les en débusquer rétississeut davantage Mais à ne s'attacher qu'aux détails sans pénétrer plus avant, laC supériorité était demeurée indécise entre loi deux armées, puisque si les Alliés avaient eu du dessous à Clacy et à Athies, ils avdientett constamment l'avantage sur le ceiitDB.de& Français. Un événement su iTenu^jQi^squ'w y |)ensait le moins, rompit tout*i*coup ce vain équilibre.
Les feux des bivouacs étaient allumés partout, et le corps de MarmonL se livrait au repos dans unedaiigereusesécurité» Yorke, renforcé par le corps de K leist y avait conçu le dessein de le* surprendre : il n'y réussit que trop bien. Ses ti*oupes ^ après avoir fait un détour par Samoussy , arrivèrent en silence sur les Français j et , poussant un grand cri de hounah , elles les aboi lièrent à la bftyounette. Frappés d'épouvante , ils ne songent pas même à se mettre en défense : ils prennent la tuile dans le plus grand désordre* Les chefs tbnt de vains efïbits poui* les rallie^: ils sont méconnus dans les ténèbres: leur voix •sie perd dans le tumulte ; et le Prince Guil^- -laume de Prusse , tombant tout d abord stir uii parc d ai'tillerie , s'en empare sans difiicullé: -quelques pièces non dételées sont les seules quilqi écliappen t. Poursuivi dans sa déroute^
IrIVpE7 SEPTiéMEé f ïlfi
le corps de Marmont allait être détruit eûtiè^ rement: il dût son salat.à. l'heureux aoncomv de deux incidens fortuits. Fabvier fut rencocfi^ Ir^.par rinfanterie d'Yorke, et ne perdit point la tête. L'obscurilé ,ne permettait pas d'jappef oevoir la faiblesse de son détachemelit; et lesfoç^, qui bordent la route , favomaienf; une résistance ménagée avec art. Sa fermeté imposa quelque temps à Fennemi, qui n'agir §ait .qu^avec circonspection ; et Marmont ^ quij sans le savoir, se trouvait appuyé d'une f^'i^iétiTiS^giarde , put mettre un peu d'ordre danç son infanterie. Mais la cavalerie Pru&-r si^iine. avait pris les dev:ans> dans le dessein ^4uipouper.Ja retr^^te^ eq se saisissant du défilé de Festieux. L^e hasard y fit trouver soixante vieux chasseurs de la Garde, qui escortaient des équipages. La bonne contenance de ces intrépides vétéraqs , qui les fit juger plus nombreux, détermina les Prussiens à se retirer. Les fruits que l'ennemi retira de cette surprise nocturne , consistèrent en quarante pièces de canon , cçfît trente caissons et deux mille piîsonniers. Le nombre . des .morts et des blessés fut peu considérable. Le io au malin , les Alliés étalaient dans la ville> quelques trophées de leur succès, dont, en mérae-temps, une Afîiche exagérait l'impor- Jtance. Ils ne trouvèrent que des lecteurs peu
il6 HI8TOIBB DE LA
crédules* On allait même jusqu'à révoquer en doute un fait dont la nuit avait dérobé le •peotacie , et que semblaient démentir la pré^ sence et les dispositions actuelles de Farinée Française.
L'£mpereur avait appris, pendant la nuit, par des fuyards, la défaite de Marmont; et cette nouvelle avait déconcerté le plan d'atbft* que, qu'il formait pour la journée du lo; plan vicieux , autant que téméraire, ainsi que Tont écrit des Juges compétent* Avec moins de trente mille hommes , il prétendait débusquer de la position la plus formidable, un ennemi trois fois plus nombreux , en tournant la montagne par la droite et par la gauche^ en méme-tèmps qu'il attaquerait de front* Un soin plus pressant dut l'occuper alors. Il fallait tâcher de soustraire Marmont à la poursuite de ses vainqueurs.
Dès la pointe du jour, il déploya dix-sept mille hommes à la vue de la ville , et ses tirailleurs parurent préluder à une action sérieuse. Ces démonstrations firent leur efiet. Blucher qui ne voulait combattre qu'avec toutes ses forces, se hâta de tappeller les corps d'Yorke et de Kleisl. Il eut lieu de s'en repentir^ quand il vit les Français ne faire aucun mouvement. Il expliqua leur inaction par un découragement subit, qu'ayait
lilTBE SEPTIJIHB» ft7
dû produire le désastre de leur aile droite* liO moment lui sembla &vorable pour pren«* dre Toffensive. Athies était refX)uvré : il voulut rentrer aussi dans Clacj*
'Worotizoff fut chargé de Fattaquer airec trois divisions d'infanterie et les hussai*ds du Général Balck ; ce qui formait un corps de dix-huit à vingt mille hommes. Il déboucha sur Clacy 9 dès la pointe du jour, après avoir £iit couper , par sa cavalerie légère , les com« munications de ce village avec Mons*en<>Laonnoia. Charpentier avait à peine eu le temps de mettre en batterie toutes ses pièces , dont six étaient placées sur le tertre. Il laissa arriver Tiofiinterie Russe jusqu'à demi - portée de canon ; et ses décharges à mitraille la maltraitèrent tellemeat, qn'elje alla chercher un fsbri dans un bois voisin , en avant du village-* Les hussards la relevèrent et furent tout aussi malheureux. Le €rénéi*al Russe s'était flatté d'un succès &cile : il s'irrite d'une résistance inattendue. Il veut lasser la constance du Grénéral Français qui ne recevait aucun renfort: six autres attaques consécutives sont repoussées avec une égale vigueur; et c'est lui qui, las de perdre inutilement du monde, se résigne à une retraite honteuse. Il avait Eût moins de mal aux valeureux défenseurs de Claqy ^ qu'une batterie dressée par le
jll8 HiSTOIBE iDE I«AOKé
Maréchal Hey sur les hauteurs qpe coupe le chemin de Laon à Mons-en-JUionnois« EI!e les foudroya long-temps au commeor cernent de l'action , parce que Ney croyait Clacy au pouvpir.de re/)ncmi. Il fallut^ pour faire cesser son feu, qu'un Aidede-çamp y volât à travers mille dangers. Charpentier est le seul des Généraux Français^ .qui V'^WS les combats de Laoa,:n'ait paseu.àseplainr dre des infidélités de la fortune. Mais il n'eitf que: la triste ' gloire d'avoir .çon^r^é un monceau de ruipes. Tout Clacy £ut brùlén Les flammes n'épargnèrent qu'iipe s^çule maison , dont le toit fut percé de deux boulets. Les genf du lieu disent qae Napoléon s'y arrêta quelques instans. ..
Une station plus certaine et bien. autre* ment périlleuse , est celle qu'il fit sur le mpniicule^ pendant que cette position était exposée au &u de plusieurs batteries qui la prenaient en divers sens. Le Général Char-* peniier le conjurait en vain de se retirer; il y resta une demi-heure. Toute son attention se portait sur le point de S. Vincent, où l'on appercevait alors du mouvement causé par des réserves qui changeaient de poster On préleud qu'il crut voir des dispositions, de la part de Teunemi , pour évacuer Laon , et qu'il jugea ce moment favorable j pouir
XilVRE SEBTiéMB* SI9
obtenir enfia un .avantage décisif. Quoiqu'il •11 soil^ la véiilé est, qu'en quittant Clacy ^ il laissa à Charpentier l'ordre de se porter , avec toutes ses forces, à une heure indiquée^ sur le bois situé en avant du village; et que k^.divisions Curial et lU eunier reçurent celui de Vavancer suMe-chaoïp par.Samjlly.
Il pouvait être de trois à quatre heures , quand elles parurent à lentrée du faubourgt £iies furent accueillies par le feud'une batteiiequeles Prussiens démasquèrent. Ceux-ci «e. pré^htèreut ensuite avec beaucoup c}e résolution ; et ils eurent bientôt acquis la 8upei:iorité du nombroyau moyen des renforts , qui f descendus du camp de S. Vincent j allaient se former en colonnes contre les deux côtés de la chaussée. Pressés alors de Axuit et $ur leurs, flancs, les Français pe purent soutenir cette triple attaque. Ils s'éloignèjt'ent, sans être inquiétés, mais non san6 avoir k regretter beaucoup des leurs. L'inuti- Jité de cette dernière tentative dût motiver Je contre-prdre que Charpentier reçut ^ au moment où il disait &es dispositions pour Tattaque du bois.
" L'Empereur se détermina enfin à ordonner la retraite. Elle se fit de nuit, mais dans le •plus grand ordre j- et après qu'on eût fouillé tous les yillage^;^ pour en retirer les blessés.
SSO HI8TOIRB DB I.AOII*
L'ennemi ne tarda pas à 'paraître : mais h bonne contenance - des Français lui àtà Fèhvie de les attaquer. On perdit seulement les prisonniers et une cinquantaine de voitures j qui furent enlevés par un parti de ti*oupes légères. Le quartier-général tut re« porté à Soissons. Marmont, qui avait repassé FAisne à fierry-au-Bac, s'était replié sur la rive gauche de la Vesie. On a évalué à quatre mille hommes la perte, que Fattaquede LaoQ fît éprouver aux Alliés. Four être fondé à la Gtoire plus forte ^ il suffit de considérer celle qii'ils durent faire , le 9 et le lo, à Claçy^ où le Général Charpentier avoue , que, dans la journée du 10 , il eut deux mille cinq cents hommes hors- de combat. En ne portant celle des Français qu'à quatre mille cinq cents hommes, on a dû rester aussi au-dessous de la vérité , si Ton en juge seulement par ce que coûtèrent les événemens de Claçy et d'Athies. Le Préfet de TAisne , que les Cosa* ques avaient enlevé sur la roule de SoissmiSy et qui alla subir en Hollande une dure cap* tivitéy fut amené d'abord à Laon. On en fit comme rornement triomphal d'une cavalcade , qui y le 1 1 ) s'arrêta sur la place f sous les fenêtres du Maréchal Prussien. ' Consé- Telle fut Tissue des divers combats qui se de livrèrent sous les murs de liaon ^ pendant
XIVRB 8EPTlàMB« flSI
deux jours entiers. De quelles idées désespé** ^^"^^
rantes dût être assailli Napoléon , en sondant uon la profondeur de la plaie qu'il venait de recevoir! Pêr un seul revers, il avait perdw tout le fruit de ses avantages précédens. Par une seule £sute, il avait révélé tout le secret de sa fiûblesse. Les Alliés savaient maintenant qu'on sage emploi de leurs forces sufiisait ^ pour les conduire à leur but; et ses propres llxmpes devaient voir qu'un courage au-dessus de fout éloge, n'aboutirait qu'à les mener plus promptement à leur ruine. Du reste , plus d'espcnr de communiquer avec les placesfortes du nord. Plus de possibilité de tenir à-la-fois en échec les deux grandes armées qai menaqûent Paris. Plusd^apparence même d'obtenir les conditions de paix si imprudemment refasées. Voilà ce qui résultait évidemment d'une téméraire entreprise manquée avec un ffand éclaL Aussi la rupture des conférences de Châtillon fôt-elle la suite immédiate de la perte de la bcUaUlede Laxm ; c'est le nom que les vainqueurs donnèrent , dans Ieui*s bulletins j aux journées des 9 et lo Mars; et elles sont réellement dignes de ce nom> si^ comme l'a dit un grand historien , c'est toujours Vimportance qui en décide. Ceux qui le leur contestent, nieraient en vain qu*il y a peu de grandes batailles dont la perte ait
22ft HTBTOmS DE tiAÔYT.
été aussi funeste ad vaincu. II est doiic vrai de dire que la puissance de Napoléon , déjà minée de toutes paris , reçut à IJfUtii ié coup mortel Quelques avantages infriictueux qu'il obtint encore , né furent <jufe les^ dernières convulsions d'une douloureuse agonie.
Considérée comme uti événement* décisif, -la bataille de Laon donne lieu à uiKe àuttie remarque; c'est que la ville où la courOiïnd fut assurée à Hugues Capet par la^^h'ÛlÉf'dè son compétiteur , est encore celle où le Sort des armes prépara la rentrée du desr^iidant de Hugues Capet dans l'héritage de ses pères» Il doit être regardé d'un œil de complaisance par la maison régnante , le lieu où ses destinées se décidèrent deux fois avec le même boA-^ heur. "^ , '•
Maiheu- Qn u'assistc pos impunément à ces jetix
reux état
deiaviiicsanglansde la fortune. Tout ce que la guerrt traîne de maux après elle, Laon et ses environs lé ressentaient alors Une ville peu considérable, inondée tout-à-coup d'un déluge d'eiiuemis aussi avides de vengeance que de butin ; une disette extrême des choses les plus nécessaires à la vie, telles que le pain Je vin , le sel et même l'eau j et cependant l*obligation de nourrir , pendant près de deux mois ,' des armées plus ou moins nombreuses, et pendant quinze jours, jusqu'à cent vingt mille
IflVBE SKPIIIÈMK. £fl3
bouches*; la position deè Iiabitans d'autânl plus affligeante^ qu'une antipathie nationale divisant entre eux lews terribles hôtes , l\iii se &isait un prétexte, pour les pei^écuter^ des concessions qu'arrachait l'autre ; de la part de» Chefs , tous les abus de la force que peut se 'permettre un vainqueur cupide et arrogant ; de la part des subalternes , tous les désordres que peut produire la licence efTrénée du soldat; voilà les traits principaux \mr lesquels on peut se représenter i'état misérable de Laon , jusqu'à l'entrée des Alliés dans Pans. Voici quelques particularités qu'une histoire . locale ne peut négliger de recueillir. Toutes les maisons de la citadelle et pludeursde la ville furent pillées: une partie de celles-ci fut considérablement dégradée , noiamment dans le quartier dé S. Martin. Quelques-unes même furent détruites de fond en comble. Le sort des faubourgs fut bien autrement déplorable. Tous furent, plus ou moins, livrés au pillage, à la démolition , àl'inceiKlie. Pas une seule habitation ne fut épargnée dans- S.Marcel. A Semilly, à La Neuville, très- peu échappèrent à uue destruction totale. Vaux et Leuilly perdirent la moitié des leurs ; et si celles d' A rdon restèrent debout , les Iiabitans ne les retrouvèrent que dans le plus triste état de nudité et de délabrement. Ou ne sauva
ei4 HisTOims db laoit.
nulle part , ni les chevaux , ni les troupeaux : toutes les meules de bté disparui'ent; et àla place (le ces vastes fermes répandues dans la banlieue, qui attestaient l'industiie et l'opulence du laboureur Laonnois, on ne vil plus que des monceaux de ruines. Il en fut de même de presque tous les villages qui environnent la ville dans le rayon d'une lieue (i),
Bluehsr j^g projet quc Blucher avait le plus à cœur, rtrappeiieétait celui de ue partager avec personne la gloire de prendre Paris. Après la victoire de Laon, il se flalla de le faire enfin réussir.
«m e. jj^ jg lendemain, il détacha, par la route de Soissons , un corps composé principalement de Russes et formant environ le tiers de son armée. 11 était persuadé que Soissons , qui jusqu'alors n'avait point paru capable d'une longue résistance, serait enlevé promp» lement. Bulow, qui ne partit que le la avec d'égales forces , eut ordre de les conduire par Compiègne. Quaut à Blucher, il se tint à Laon, résolu d'observer delà les progièsde ses Lieuteoans, et prêt à se porter du côté qui serait le plutôt libre.
Son espoir fut trompé de nouveau. Soissons se défendait eacore, quand les hostilités cessèrent. En arrêtant l'ennemi devant ses murs, cette ville donna à l'Empereur le temps de rallier à lui le corps de JVlarmont; et le Général
Î.IVRE SEÎPTIEME, !aâ5
Général Russe^ St-Priest, qui était entré dans Reims le i s à cinq heures du matin^ y fut accablé, le i3 au soir , par des forces supérieures, dont il n'avait pas soupçonné l'approche. Cet avantage y qu'avait préparé une marche aussi heureuse que rapide, coûta à l'ennemi vingtdeux pièces de canon et quelques milliers d'hommes. Le Général St-Priest vint mourir & Lnon de ses blessures. Il était fils d'un Ministre des affaires étrangères du règne de Louis XVI. Son tombeau se voit dans une des Chapelles de Notre-Dame.
Biucher, en apprenant cet échec, en fut frappé comme d^un coup de foudre. 11 ne pat se l'expliquer^ , qu'en supposant qûé Napoléon avait reçu quelque puissant renfort; et cette idée grossissant le péril à ses yeux, il lui semblait déjà voir l'infatigable vainqueur fondre tour-à-tour, avec la promptitude de l'aigle, sur ses deux détachemens.
Sa terreur fut telle , qu'il se hâta de les rappeller. Ce fut le seul fruit qu'on tira dô l'expédition de Reims , si toutefois ce changement dans les dispositions de Biucher peut être considéré comme un avantage ; car il en résulta qu'au moment décisif, il se trouva plus à portée cfe réunir ses forces à celles des Austro-Russes.
lies succès que l'Empereur avait obtenus ,
SSG HISTOIRE DE IjAOK»
dans le mois de Février, sur les rives delà Marne et de la Seine, en faisant concevoir aux Alliés de graves inquiétudes , avaient donné lieu au traité de Chàumont^ du i.®^ ^lai^, par lequel ils avaient conclu une alliance de vingt ans contre la France. Cependant le cours des négociations n'avait pas été suspendu. Seulement les prétentions des grandes Puissances étaient devenues plus modérées. On ^ dit même que TAutriche n'attendait qu'un nou^ veau revers , pour se détacher de la coalilioni et qu'elle aurait signé sa paix particulière > si .^ aprè3 la brillante affaii'e de Craonne , TEmpereur avait eu la sagesse d attendre dans Soissons Tefifet de ses dernières ouver* tures. Mais aussitôt que sa malheureuse en* trepris^ sur Laon eût raffermi les espérances chancelantes des étrangers, et resserré les nœuds de leur confédération , Schwartzemberg reprit TofFensive,- et lorsqu'il eut porté son quartier-général de Troyes à Pont-sur- Seine , déjà depuis deux jours une division de son armée avait pénétré jusqu'à Provins.
II quitte Ce mouvement des Austro - Russes produisit deux grands effets : il attira Napoléon sur FAube; et il détermina Blucher à se rapprocher du Général Autrichien; soit que de lui-même, il eût enfin senti les inconvénîens de leur séparation ; soit qu'il n^eût
IiIYRE SEPTIEME. £27
cédé qu'aux ordres des Souverains dont il tenait son commandement. 11 faisait ses préparatifs de départ , le joar même que Schwartzeniberg quittait Troyes.
Pendant toute cette journée-là ( c'était le 18) on fut à Laon dans de mortelles inquiétudes. L''arrivée du corps de Bulow, divers camps qui se formaient dans la plaine du midi , l'agitation qu^on remarquait au quartier-général , les batteries toujours dressées autour de la ville et sur le Mont-Blanc ^ le canon qui grondait dans le lointain; que d'apparences qui faisaient craindre le retour du spectacle qu'on avait eu huit jours auparavant ! Et combien on fut soulagé , lorsque le Maréchal Prussien , prenant la route de Reirhs avec son armée , eut éloigné de la ville tout l'appareil des combats ! Sa jonction avec les Austro-Russes se fit à Vitry le â5 Mars.
Une forte garnison était restée dans Laon^ Go«veret cette ville avait été déclarée le siège d'une des Aiiiés. administration qui embrassait les deux Départemens de l'Aisne et des Ardennes. Les principaux Agensétaient un Gouverneur Russe, un Intendant Prussien , et un Préfet Français.
L^autorité du Gouverrifeur était , à peu-près , sans bornes. Ainsi le Préfet ne pouvait guères être qu^un instrument servile , dans un ter-
SaS HISTOIRE DE liAOK*
titohe^ où les Alliés exigeaient qu'on ne reconnût d'autre souveraineté que la leur j où Ton avait obligé les fonctionnaires à leui^ prêter serment ; où les actes devaient se faire et la justice se rendre en leur nom. Il est inutile de dire que, dans ces jours de deuil , les audiences furent désertes et la justice muette. Les citoyens avaient d'autres soucis plus pressans, que celui de leurs procès. Car^ à cela près que le nombre des oppresseur était diminué ^ l'oppression était toufours la même.
Le Gouverneur était un homme brutal et avide , qui , pour s'enrichir des dépouilles du pays, trouvait tout prétexte bon, tout ex pé* dient plausible, toute violence autorisée. Url jour il frappa sur la ville une contribution de vingt-cinq mille francs , payable dans les vingt - quatre heures ; et quoiqu'il la dit destinée à l'équipement de ses soldats , il Infusa d'en donner quittance. Quelque temps après il fut porté contre lui des plaintes , qui parvinrent jusqu'à l'Empereur Alexandre; et il se persuada qu'il réussirait à se justifier, avec un certificat de bonne conduite, qui lui serait délivré par le Maire. Mais l'habile Magistrat ne consentit à le donner , qu*à condition qu'il obtiendrait la quittance des vingt -cinq mille francs. Le Gouverneuc
I^IVRE SEFTIÈMH. 229
trouva la proposition d'autant plus embarrassante^ qu'on lui reproc||ait surtout ses exactions. Or , était-il prudent d'en laisser une preuve écrite de sa propre main ? Celte considération l'emporta sur Tamour de l'argent; et ^ à la grande satisfaction du Maire et des habilans , il rendit ce qu'il avait extorqué, en échange de l'altestatioa qu'il désirait (2). Ce trait nous a paru assez piquant, pour être cité. C'est un exemple , peut-être unique j d'une restitution semblable.
La crise approchait. L'anxiété était extrê- Passage me à Laon, où ne pénéli^aient toujours que sonniers des rumeurs contradictoires et des relations ^f*nç*»»« peu dignes de foi. Les premiers rayons de lumière vinrent de prisonniers Français^ qui y par extraordinaire , avaient été logés chez l'habitant : c'étaient ceux qui venaient de succomber avec tant de gloire à Fère- Champenoise , et donk les récits frappèrent d'admiration et de terreur. Us étaient admirables, sans doute , les elForts plus qu'humains qui leur avaient mérité les éloges d'Alexandre. Mais quel sort l'étranger vainqueur réservait-il à cette France si héroïque et si malheureuse? L'idée la plus vraisemblable était désespérante : on frémissait d'iddignation ^ au seul mot de démembrement. * ... liorsque cinq mille Français osèrent se fuis.
a3o HISTOIRE DE liAON.
défendre à Fère-Charapenoise contre Tarmée ennemie, elle était en pleine marche contre ]a capitale j où les Souverains alliés se flat* laient d'entrer sans obstacle , à la faveur de leurs intelligences. De cette conquête allait dépendre le sort de Tempire ; et Tespoir qu'elle ne serait pas disputée^ supposait rimpossibilitéque Paris fût secouru. Mais la bravoure française trompait souvent des cal-^ culs présomptueux. Les faibles corps des Ducs de ïrévise et de Raguse se firent jour au milieu de la multitude d'ennemis , dont la Champagne était inondée. C'était trop peu.
Il fallait de plus que Napoléon pût opérer sa jonction avec eux,' et par une manœuvre, dont le but n'a jamais été bien connu ^ il se trouvait alors sur les derrières des Austro^ Russes. Tandis qu'il battait à Str-Dizier une grosse arrière-garde qui masquait leur mar-^ che, l'approche de toute l'armée des Alliés , cachée .soigneusement aux Parisiens, jetait l'épouvante dans le château des Tuileries ; et Marie-Louise en sortait avec son fils, pour se retirer à Blois.
Après le combat de St-Dizier, Napoléon fit des marches forcées , pour voler au secours de Paris/ Mais cette ville n'était déjà plus à lui , quand il arriva. Elle avait capitulé le 5q au mr , après une aotipn sanglante qui
lilVRE SEFTtéMB. * 25l
avak daré une grande partie de la journée, et dans laquelle vingt -cinq à trente millô Français , commandés par Mortier et Marmont , avaient fait d'inutiles prodiges de valeur contre les deux grandes armées réunies de la coalition.
Ce fut par des bruits vagues que vînt ^ Avëne- Laon la première nouvelle de la capitulation Louis de Paris. Elle trouva beaucoup d'incrédules. ^^^ Mais l'arrivée des journaux , qu'on ne recevait plus depuis long-temps , fît cesser tous les doutes. On apprit coup sur coup , et avec une surprise toujours croissante , que Louis XVIII avait été proclamé Roi; que Napoléon avait volontairement adhéré à sa déchéance prononcée par le Sénat ; et que ce dénouement inattendu avait reçu Taveu des Puissances étrangères. Il eut aussi en France l'assentiment de la nation. Elle embrassa ^ avec satisfaction , la certitude que du moins son ancien territoire resterait intact. Elle jugea sa gloire elle-même à couvert , par le vptablissement d'une dynastie ^ qui ^ à l'honneur d'être la plus noble de toutes les maisons souveraines, venait d'ajouter l'intérêt qu'inspirent de célèbres infortunes. Elle crut toucher au terme de ces guerres toujours renaissantes, où s'anéantissaient sa population^ ses finances et son commerce. Elle se flatta enfin d'avoir
95t HISTOIMS BK I.AOHW '
ressa»! on gouvemeniefit doux , et 'qii8 le clâoc des révolutions n'ébraolerail plus»
Tandis que l'histoire ei les souvenirs ooiilefli: porains attestaient la bonté naturelle det Bourbons , les amis du régime constitudonBel se lappellaient, avec un sentiment de oon* fiance 9 que dans rassemblée des Notables de 1787, Louis, alors Monsieur , présidait le bureau qui s'était fait remarquer par ses opinions populaires ; et ils aimaient à crcnre que les principes d'une sage liberté trouveraient d'autant plus de &veur auprès de ce Prince ^ qu'il avait dû se familiariser ^ en A ngteterre , avec la mai che et les effets du gouvernement représentatif Avec quel em* pressement ces Êivorables augures furent acceptés, dans les lieux surtout, qui , comme Laon , gémissaient alors sous le joug d'une invasion que tant de souvenirs glorieux rendaient encore plus insupportable !
Us ne furent point trompeurs. Une Chaiie royale satisfit toutes les prétentions raisonnables , et concilia tous les intérêts légitimes, en assurant au peuple Français une Consti-* iution fondée sur les principes auxquels il avait paru fortement attaché. Si cette Charte ne put sur-le-champ calmer tout - à - fait 1-agitation des esprits, on s'en inquiéta peu* Elle tenait h la diÛiculté de trouver place
I^IVRE SEPTIEME. s53
en mêaie4enips , dans le nouvel ordre de choses j à ceux qui avaient embrassé des partis contraires; et Telle t d'une cause momentanée ne devait lui - même être que temporaire. A cela près , la situation de la France était satisfaisante; et. dans les pays surtout qui avaient le plus souffert de la dernière crise , on se trouvait heureux.
Toutes les idées de bonheur s'évanouirent, '^'^ à la nouvelle d'un événement auquel rien ment 4e n avait préparé. Le i,**" Mars i8i5 , Tex*-^*^^*** Empereur Napoléon débarqua de Tlsle d'Elbe^sur la côte de Provence. On ne Fapprit à Laon que le 8, parles papiers publics; et quoiqu'ils assurassent qu'il était accompagné d'une fort petite troupe, on ne se dissimula point que son entreprise supposait de nombreuses intelligences dans l'intérieur^ et qu^il était impossible d'être sans inquiétude sur les dispositions de l'armée. Ce qui se tramait alors dans le Département de l'Aisne, où commandait l'un des deux frères Lalleniant, fit connaître que c'était sur elle que le çi*devavit Empereur fondait son principal espoir.,
Dans la soirée du q Mars , un corps de Tentatî-
, , ves faites
cavalerie, parti de Cambrai , vint se loger «nsa à La Fère. Il était conduit par Lefebvre des ^*^'"^* Noueltes et l'autre frère Lallemant, tous
s54 HISTOIRE DE t^AOlf*
deux Officiers généraux. Leur plan était de se saisir de TArsenal ; après qucn , renforcés de quelques régimens qui devaient se joindre à eux, ils marchaient droit à Paris. Si ils eussent profité , pour agir , de la première surprise que causa leur arrivée ^ il est probable qu'ils auraient réussi. Ils remirent au lendemain , et le coup fut manqué.
Le jour même où cette tentative échouait, le Commandant de TAisne , accoaru de ParisàLaon , proposait, avec aus» peu de succès, au Colonel du régiment du Roi, cavalerie, de se déclarer en faveur de Napoléon. Mais ce Colonel était si peu sûr de sa troupe, qu'aussitôtaprès le départ du Général Lallemànt , il la conduisit à Soîssons. Tout ce dont on était témoin , jetait dans la perplexité : tout ce qui se débitait^ et même tout ce qui ne se disait pas, était alarmant.
Le Conseil du Département venait de s'assembler. On mandait les conscrits ; on appeilait des volontaires; et pour leur procurer des armes et des habits, on votait un emprunt «sur les trois principales villes. Au milieu de ces préparati& ^ qui ne répondaient pas à Turgence du besoin , on vit amener de Paris , dans les prisons de Laon, les Généraux Lallemant^ qui s'étaient laissé prendre du côté de La Ferté-MiIon« On se demandait pour-»
lilVRE SEPTIÈME. â55
quoi ils n avaient pas été jugés tout de suite à Paris ; pourquoi il n'y avait pas même d'ordre de les faire juger à Laon , quoique rien ne semblât plus pressant que de contenir les mal-intentionnés par des coups de vigueur.
Cette temporisation y qui était qualifiée de mollesse y accrédita le bruit des progrès de Napoléon* Cependant il se répandit le 18 une nouvelle , qui passait pour avoir été proclamée dans Paris , et suivant laquelle les Crénéraux Bonapartistes, Bertrand et Ameil , avaient été enlevés avec une avant-garde de huit cents hommes.
Le journal oJBiciel ne Tavait pas confirmée, ^"
apprend
et une profonde ignorance de Tétat des choses son ertré« tenait tous les esprits en suspens , quand , le p^ 21 au matin , on apprit que Napoléon était entré la veille à Paris. Aussitôt le Conseil se sépara ; les enrôlemens cessèrent ; \e^ Gêné- , raux Lallemant devinrent libres. Il n'y avait pas à raisonner sur un événement dont les causes et les circonstances étaient encore inconnues : la sensation^ qu'il produisit , fut une extrême surprise* Il semblait que la fable n'eut rien de plus merveilleux , que la manière dont il venait de s'accomplir.
Mais cette révolution avait un autre caractère plus remarquable encore, et qui (si elle levait eu un succès durable) présageait à la
S56 HISTOIRE DE I.AOV*
France de grandes calamités. ËUe se disait par Tarmée ; et Tarnice , après n'^avoir trouvé oui obstacle à un aussi dangereux essai de son pouFOÎr , n'aurait-elle pas voulu, comme les Prétoriens de Rome , disposer désormais de Tempire ?
Napdiéon avait fort mal choisi le temps de son entreprise. Le congrès de Vienâe était encore assemblé. 11 était impossible qu'il vit 9 avec indifiérence , un événement qui pouvait remettre en question tout ce que la campagne de 1814 avait décidé en bveur de la Ligue européenne. C'est ce qu appercevaient les moins clairvoyans. Pour ranimer la confiance des Français ^ Napoléon publia qu'il était d'accord avec l'Autriche ^ et que sa femme et son fils étaient en route pour le venir joindre. L'illusion dura peu. Les dé* clarations du congrès donnaient, dans ce temps-là même, la certitude que toutes les forces de la dernière coalition allaient agir de nouveau contre la France. »
Il Ëillut donc ffiire les préparati& d*une guerre, qui devait être d'autant plus inégale, que les Départemeos de louesl et du midi armaient pour le Roi. Toutes les ressources militaires des autres furent mises en œuvre sans nul ménagement. Le Préfet de l'Aisne^ qui ne manquait point de jactance ^ cita le
t-IVRE SEPTIÈME. âSy *
sferi, dans tous les journaax , comme ayant fourni quinze mille hommes en moins dé deux mois. Cependant Napoléon entra ea campagne avec cent vingt mille hommîks au plus; et les forces ennemies, qu'il allait rencontrer sur les frontières de la Belgique , et qui n'étaient que la moindre partie de celles qu'on devait lui opposer, avaient une supériorité numérique de cent mille combattans au moins. L'un des dix corps , qui composaient Tarmée Française , s'était assemblé à Laon.
Napoléon y arriva le 12 Juin. Ses troupes ^®" étaient florissantes, aguerries, impatientes de àLaon. combattre; et la soif de la vengeance les animait jusqu'à la fureur. Le peuple les croyait invincibles, parce qu'elles se disaient sûres de vaincre. L'homme sage les comptait : les désastres précédens lui avaient appris que la multitude, quand elle ne manque, ni de discipline, ni d'instruction , ni décourage, doit l'emporter tôt ou tard sur le petit nombre, quelque supériorité qu'il ait à tous «utres égards.
Il s'en fallait, d'ailletirs, que Napoléon montrât la même confiance que ses soldats.
Pouvait-il se dissimuler , en effet , le péril de sa position? Tandis qu'il allait combattre une armée double de la sienne, les Russes ,
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les Autrichiens 9 les Bavarois, etc. / s6 disposaient à passer le Rhin j et il n'y avait pas vingt mille hommes à leur opposer en Alsace.
Cesf pensées TafFectaient tellement , qu'il semblait un tout autre homme. Son air était soucieux , sa popularité peu naturelle. Ce fier dominateur de TEuropey qui , dans les jours de sa gloire , se montrait peu , donnait de courtes audiences^ et y contenait une foule de courtisans dans l'attitude la plus respec* tueuse ; on le vit alors abordé , entouré y pressé par tous les curieux ^ répondre &milièrement à quiconque lui adressait là parole , souffrir qu'il s'établit un colloque général sur la répartition d'un secours accordé au Dépai> tement^ tolérer même Toubli de l'ordi'e à uii point qui donna li^u à une comparaison triviale. Il visita les travaux qui se faisaient^ en prescrivit de nouveaux , et promit , qu'oeil cas de besoin^ il >eterait une forte garnison dans la place. L'étranger avait laissé d^aflfireux souvenirs, partout où il avait passé Tannée précédente. A Laon surtout , on ne craignait rien tant que de le revoir. On croyait, d'ailleurs ^ plus imminent que jamais , le danger d'une dissolution ignominieuse de la monarchie. Ainsi, quand l'armée s'éloigna ^ on ne fut frappé Q^ue d'une seule idée : elle partait chargée des destins de la France.
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Déjà s'était répandu le bruit d'un premier ^^^