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succès grossi par la renommée, et présage j disait- on ,■ de triomphes plus décisifs , lorsque le âo Juin , dès six heures du matin , on découvrit un mouvement extraordinaire sur la chaussée de Chambry. Plus il approchait, plus il paraissait confus. Enfin on reconnut distinctement une multitude de militaires qui arrivaient dans le plus grand désordre.
On s'empresse de questionner les premiers qu'on rencontre. Touû est perdu j répondent - ils ; V armée a été ' détruite apant^ hier auprès de Bruxelles. La chose étonne tellement , que d'abord on en doute. Mais il £iut se rendre à l'évidence. La roule est bientôt couverte de voitures brisées, de cavaliers démontés ^ de fantassins désarmés^ tous étaient épuisés de fatigue et mourant de faim. Leurs habits étaient déchirés, couverts de boue, et souillés de sang. Plusieurs n'^avaient pu faire encore panser leurs blessures. Officiers et soldats marchaient pêle-mêle , sans se parler, sans se regarder. La rage et le désespoir étaient peints sur tous les visages. Il manquait une figure principale à ce lugubre tableau. Elle jie tarda pas à en compléter l'efiPet dramatique.
Dans Ta près - midi, lorsque les fuyards continuaient d'aiBuer par la priilcipale rue
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du faubourg de Vaux , un Officier de dragons^ venu par la route de Reims, met pied à lerrd chpz le Maître de la poste , » L'Empereur me B suit de près , dit-il ; il doit s'arrêter ici* » Préparez- vous à le recevoir. » Ce nom de l'Empereur, répété au dehors, ne manque pas d'attirer beaucoup de curieux. Il pou-^ vait être quatre heures, quand on vit arriver, & une porte de cour qui n'était pas ouverte , une calèche en mauvais état, escortée de cinq ou six cavaliers , et contenant quatre personnes. Une séiile en descendit d'abord ; c'était Napoléon. Il gagna à pied la porte de la maison; et dans le trajet, un homme lui ayant dit assez brusquement : P^os soldats sesauifent ; il détourna la tête sans dire mot. Deux méchkntes voitures étant aussi arrivées peu après, sa suite se trouva composée d^une douzaine de personnes, parmi lesquelles on remarqua le Duc de Bassano et le Général Bertrand. Elle se grossit plus tard du Maréchal Soult , de Jérôme Bonaparte, et de trois ou quatre Généraux : ils amenaient trois mille hommes , dont l'approche causa un moment d'inquiétude.
Cependant le bruit de la présence de Napoléon, répandu dans la ville , avait fait descendre le Préfet,le Commandant d u Département, quelques Membres du Conseil Municipal
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nicipal j et un détnchenient de la Garde na^ tionale. Celili qu'ils avaient vu ^ huit jours auparavant 9 environné de tout l'appareil de la puissance , ils le retrouvent dans une «orte de dénuement et d'abandon. li se pt omenait silencieusement , les bras croisés et d'un air morue, exposé à tous les regards^ dans une vaste cour de^ ferme qui donnait sur la rue ; et ^ comme pour mieux marquer ]e terme où venait aboutir la prospérité la plus inouie^ la scène, sur laquelle le cidevant Empereur figurait aussi tristement ^ était un terrain jonché de paille. Ce jea de la fortune fut saisi par les plus simples* Cest Job sur son fumier y se disaient tout bas Tun à l'autre les gens du peuple. Le groupe des specfateurs formait un cercle autour de lui. 11 se fît apporter à boire au milieu d'eux ; et de faibles cris de pipe r Empereur s'étant élevés , lorsqu^il avait le verre à la main , il salua , en se découvrant. On prétend que quelqu'un ayant hasardé de lui dire j que sans doute il avait été trajii, sa réponse fut : Non , c'est la force des cir^ constances. On raconte aussi que le Préfet lui ayant proposé la levée en masse des Gardes nationales du Département, il rejeta cette mesure ^ en disant qu'il était trop tard. Il l'aurait cependant prescrite , s'il en fallait
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oroire ce qu'il fil annoncer aux Chambrés à , son arrivée à Paris. Mais i! ^st certain qu'il ne laissa aucun ordre pour une levée quelconque.
Après des réponses laconiques au peu de paroles qui lui furent adressées, il i*etonibait jdans sa rêverie. Laon était le lieu où il avait remis à délibérer sur les moyens de salut qui lui restaient. Des résolutions qu'il allait prendre dépendaient ses dernières destinées.
La funeste expérience de Tannée précédente lui avait tropbien fait connaître Textréme importance de la position de Laon. Aussi avait-il donnée dès Philippeville, l'ordrede s'y rallier^ comme on a vu que l'avait fait^ en iSSy, l'armée vaincue à St-Quenlin. Il tint conseil avec les compagnons de sa fuite : un de ceux qui y assistèrent a publié, depuis peu ^ ce qui s'y passa. Les vues de Napoléon étaient ûe rester à Laon, d'y former sur-le-chanip un noyau d'armée, et d'y attendre Grouchy qui ne pouvait tarder à le joindre, ce De ce I) point j disait-il ^ j'observerai les mouve- » mens de l'ennemi , et j'ai l'espoir de le » contenir. Si, contre toute attente, il ose » se porter sur Paris par la route de St- » Quentin , il me sera facile d'y arriver » aussitôt que lui. Je puis, au reste , diriger 1» d'ici ce qui s'y passera : mes frères pour-
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» voiront à ce que je n'aurai pas prévu. »
Cet avis fut combattu vivement. On soutint que Tarmée était détruite , de manière à ne pouvoir plus être réorganisée; queGrouchy ne devait pas échapper , soit aux Anglais ^ soit aux Prussiens; que la France ne pouvait être sauvée que par elle-même; que si Napoléon différait à se montrer dans la capitale^ tout élan généreux serait comprimé par des bruits mensongers ; qu^enfin , tandis que sa vue soutiendrait Tardeur de la Garde natio-* nale et des Fédérés , les effets in&illibles de 5on absence seraient, comme en 1814 , le découragement et la tiédeur» >
Dans d'autres temps il n'eut tenu aucun compte de ces observations : peut-être même' personne n'eût-il osé se les permettre. Mai» cette ame altière fléchissait alors sous la maia* de fer de l'adversité. « Eh bien ! dit-il , puis- ]» que vous le croyez nécessaire , partons pour B Paris. Mais je suis persuadé que vous me D feites faire une sottise. Ma vraie place est » ici. » Avant que ce parti fût pris , l'irrésolution se manifestait par la contrariété des ordres donnés au Maître des postes. Des chevaux pour différentes routes furent tourà-tour demandés et contre - mandés : une seule voiture parlit pour La Fèi'e.
Kien n'échappait à la curiosité inquiète
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des spectateurs. Ils s'épuisaient en conjectures sur les causes de cette longue station ^ dans un lieu si peu convenable à la qualité du personnage. Ils avertissaient les soldats^ dont le passage ne cessait point , que Napoléon était là; mais ceux-ci détournaient la tête^ sans s'arrêter. Un Officier Général , suivi do quelques domestiques^ ayant paru alors, une voix s'écria , « C'est le Maréchal Ney.
» L'Empereur est là: n'entrez- vous pas pour D le voir ? d L'émotion se peignit dans le»
traits du guerrier* Il entra dans la maison; et lorsqu'il en sortit peu après^ on crut remarquer plus de sérénité dans sa physionomie.
Napoléon partit à dix heures dans une voiture empruntée à un citoyen. II traversa la ville y tout aussi simplement qu'il était arrivé , après avoir promis d'y revenir sous deux jours , donner lui-même ses ordres , pour la défense de la place et la sûreté du pays. Mais à peine régna-t-il encore ce court espace de temps. On avait admiré la promptitude avec laquelle il terminait les guerres et renversait les monarchies. Il finit par donner , à ses propres dépens , l'exemple d'une révolution plus rapide qu'aucune de celles que lui-même avait faites. La lutte , q^ui décida de son sort, ne dura que* trois jours; et cent jours au plus forment la période