‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 5 sur 58 · VRE CINQUIÈME. I · texte numérisé non relu

VRE CINQUIÈME. I

point sa sécurité , imagina , pour conjurer Forage, la plus fausse de toutes les mesures. Il fit arrêter ,-*d ans une assemblée des habitans , que la ville observerait une neutralité exacte entre le Roi et la Ligue, et qu^elle se garderait elle-même. Cetle résolulion , qui obligea Cardai llac de s^éloigner , mit les faclieux; fort à Taise. Le 17 Février 1689 ^^^ '^ 1^^*^ marqué pour TexécUtion de leur dessein.

La veille au soir, le Prévôt , qui en avait eu vent , assembla plusieurs amis, pour délibérer sur le danger commun ; sollicitude inutile , et qui n'aboutit qu'à fournir un prétexte pour les opprimer. Le 17 , dès le matin^ le tocsin sonnait : des barricades étaient dressées partout : les rues étaient remplies de Bourgaois et d'Ecclésiastiques armés : Billy parcourait la ville la cuirasse sur le dos , sur^ veillant les uns, excitant les autres, et don- , nant des ordres, comme si l'ennemi était aux: portes.

Cependant un Capitaine de quartier, suivi P^"S'eurs

. 111 citoyen!

de quarante Arquebusiers, se rend chez le sont Gouverneur. 11 se plaint avec emportement ^^^^^^^ de ce que, pendant la nuit, des traîtres ont conspiré 9 pour livrer la ville à Cardaiilac et £tire égorger les Catholiques. 11 oblige Rocourt de venir avec lui au palais , où siégeait un comité peu nombreux , présidé par ie

l8 HISTOIJIE DE LaOK*

Lieutenant -général. On y amène bientô après le Prévôt et vingt-deux autres potable citoyens. C'étaient les prétendus conspira teuis , lesquels- nWaient point passé san danger au milieu d'un peuple échauffé pai le vin, et enflammé par les bruits les plu absurdes. Ils furent précipités dans un cachot 5ur un ordre que n'osa refuser le Gouverneur et lui-même ne tarda pas à être arrêté, pou prix de sa lâche condescendance (5).

Les factieux établirent ensuite une nouvelle forme de gouvernement. Ce qu'ell offre de plus remarquable, c'est l'institutior de deux Conseils , l'un général, l'autre parti culier. Celui-ci, composé de douze personnes était chargé d'administrer ,• celui-là , dont le membres étaient d'abord au nombre de qua rante-deux, et furent, par la suite, réduit à douze , devait être consulté dans toutes le: affaires importantes; et le Conseil particuliej s'adjoignait à lui, pour y délibérer. Cet ordn ^e clioses qui subsista, tant que la ville fut ei état de rébellion, eji lit une véritable république. Il en fut à-peu-près de même de toute celles où l'autorité du Roi fut méconnue Ainsi la Ligue, considérée comme corps politique, était la confédération d'une multitude d'états particuliers , que réunissait, à la vérité le lien d'un intérêt commun , mais qui ne se

liïVRE CINQUIEME. I9

€»*oyaient pas forcés d'obéir à un pouvoir central. Car le grand Conseil de Tunion , et après lui les Etats de la Li^ue^ ne furent que des assemblées délibérantes, qui ne pouvaient rien faire exécuter par elles - mêmes ; et Mayenne, chef du parti, sous le titre de Lieutenant-général de l'Etat, avait plutôt du crédit que de l'autorité (6).Quantà ce Cardinal de Bourbon ^ que les ligueurs reconnaissaient pour Roi, sous le nom de Charles X , chacun sait que sa royauté ne fut qu'un vain et ridicule simulacre. Ceux de Laon n'en avaient pasune autre idée, lors même qu^ils gravaient ce nom de Charles X sur les monnaies qu^ils frappèrent. Quand Balagny eut à traiter avec les ligueurs de Laon, il intitulait ses propositions : De par Messieurs les J^ rinces Catholiques , failles , Communautés et Peuples unis. Une des principales causes de la ruine de la Ligue, fut cette incohérence des divers élémens dont elle était Taggréga-

tion.

La démocratie qui s'établissait dans les cités, ^°**^* ^

f 1 ^"* entrai»

où la contagion avait pénétre, est une des nèrent le choses qui expliquent pourquoi Laon se laissa [J"J^r^^ entraîner dans le parti de la Ligue. Car ce doit le pnm être un sujet de surprise pour qui considère j^.^^^^ qu'il n'y s, pas, en France, de ville dont, à tout prendre , Thabitaut se soit toujours

montré moins enthousiaste, moins susceptible des exaltations du fanatisme , plus dévoué au Souverain légitime. Quelles plus honorables preuves en désirerait - on , que rattachement des Laonnois au sang de Charlemagne , que leur conduite dans les troubles du règne de Charles VI, que leur respect pour la libellé des opinions religieuses , après que le signal du massacre des dîssidens eût été donné dans la Capitale ? Mais il y a des idées qui séduiront toujours la multitude, quand elles lui seront présentées par des fuctieftix adroits. A Laon, comme ailleurs , le peuple se laissa prendre à lappât de se gouverner lui-même , au milieu de la confusion qui régnait alors. Il fut d'autant plus facile de le faire tomber dans le piège, qu'il n'y était déjà que trop poussé par des motifs extrêmement défavorables à la personne du Monarque. C'était le mépris dans lequel Henri 1I[ était tombé par la dissolution de ses mœurs , la folie de ses prodigalités , la faiblesse de son gouvernement; c^élait l'indignation que le meurtre des Guises excita dans des âmes franchesetgénéreuses.On n'avait pas, il est vrai, les mêmes objections à faire contre Henri IV. Mais les raisons, qui portèrent les autres ligueurs à ne pas le l'econuaitre, durent agir non moins fortement sur ceux de Laon.

LITRE CINQUIÈME* Il

ajoutons que la prétendue descendance de Charlemagne , dont se vantaient les Princes Lorrains , dût affermir leur crédit dans une ville, où la mémoire des Carlovingiens n'avait pas cessé d'être en singulier honneur.

Parmi ceux qui contribuèrent le plus à Claude égarer le peuple de Laon , deux hommes se innocent faisaient surtout remarquer par la violence ^*>*^^*» de leurs invectives contre la maison régnante ^ et par Femportemenl de leurs conseils séditieux : c'étaient Claude Legras, Conseiller, et Innocent Labiche , Procureur. Tous deux d'un caractère féroce , d'une perversité pro» fonde, et couvrant du manteau de la déma« gogie^ le premier une ambition dévorante , le second une basse cupidité. Les fisiçtieux réussirent d'abord à faire nommer Legras Juge de police; mais ils ne purent empêcher Jacques Faultré d'être élu Juge civil, sous Je titre de Prévôt de la cité. Tous* leurs efforts échouèrent contre la juste conâdération dont jouissait ce célèbre Avocat. Mais lorsque Legras eût épousé la fille de Labiche , leur crédit s'accrût par leur union plus étroite; et les deux places de Juge furent mises à leur disposition. Legras se fit pourvoir par Mayenne de celle de Prévôt , et fit passer à son beau-père celle de Juge de policer Dèslors , ménagés par les chefs de la Ligue , et

S9 HISTOIRE DE liAOX.

attentifs aussi à ne pas se compromettre avec eux 3 ces deux forcenés ligueurs exercèrent une funeste influence. Tout ce qui se résolut dans un esprit de révolte , tout ce qui se fît d'alroce , fut inspiré ou encouragé par eux.

Au milieu de leur triomphe, les factieux n'étaient pas sans inquiétude, parce que Gardai! lac n'avait point quitté le Laonnois. Aussi n'osèrent-ils d'abord rompre ouvertement ia neutralité. Au bout d'un mois, Balagny ayant paru avec des forces supérieures , devant lesquelles Cardaillac fut obligé de disparaître , rien ne s'opposa plus à ce qu'ils missent à fia leur ouvrage.

Le 20 Mai , il y eut à la porte des prisons une émeute , dont les captifs auraient été les victimes , sans la générosité du Capitaine De Lamer, qui , tout ligueur qu'il était , s'employa efficacement pour l'appaiser. Ceux qui l''avaient excitée VL^ri atteignirent pas moins leur bufv La terreur fut extrême parmi îes Royalistes ;et pour ne leur point laisser le temps de se reconnaître , dès le lendemain on convoqua le peuple dans la Cathédrale. Un Cordelier échauffa d'abord les esprits par une déclamation violente contre le Roi. Le meurtre des Guises, le Décret par lequel la Sorbonne avait déclaré Henri violateur da la foi publique, et ses sujets déliés du serment

lilVRE CINQUIÈME. a5

de fidélité, le danger qui menaçait FEglise , et contre lequel il n'y avait de sûreté que dans la sainte union ; tels furent les princi* paux points que traita le fougueux orateur.

Defer appuya son invective par des considérations politiques , parmi lesquelles il fiC surtout valoir le droit que le peuple allait acquérir de se gouverner lui-même. Bodin prit ensuite la parole en qualité de Procu^ reur du public et de tétat royal; et après avoir requisque la Ligue fût jurée^ il demanda quil lût informé contre ceux qui, la nuit précédente, avaient entrepris de forcer les prisons. A ces mots, des cris de fureur s'élèvent . de toutes parts. On ne parle de rien moins ^ que de pendre l'insolent Magistrat qui osait invoquer les lois protectrices de la sûreté individuelle. Des menaces On allait passer aux efiets, si Billy nWit pris soin de calmer Temportement de la multitude. Après cet orageux incident , la Ligue fut signée par toute rassemblée. On alla chez les absens les sommer de suivre cet exemple ; et très-peu s'exposèrent, par un refus ^ à l'exil et à la perte de leurs biens; Le. Conseiller Marquette est le seul de ces généreux citoyens dont le nom soit parvenu jusqu'à noua (7).

Huit jours après 3 arrivèrent de Paris trois députés du grand Conseil de la Ligueuse disant

24 HISTOIRE DE LAOK.

çnvoyés pour établir Tordre. Le Président LesUeur, Tun d^eux, dans le discours qu'il lit aux habitans^ peignit le Roi des couleurs les plus noires. C'était un Néron, un Héliogabale, un monstre qui ne trouverait aucun àsyle sur la terre, et contre lequel Dieuavait suscité Mayenne , comme un autre Gédéon , pour le salut de la patrie. Après cette h^irangue,queFon applaudit avec lransport,43odia parla sur la nécessité d'établir une bonne police, jl osa même laisser entrevoir la possi» bilité du rétablissement de l'autorité du Iloi. Des huées ne lui permirent pas d'en dire davantage : elles furent accompagnées des mêmes injures eft des mêmes menaces qu'il avait déjà essuyées ; et il n'échappa à ce nouveau péril , que pour se voir privé de tout crédit 3 et délaissé comme un homme d'un commerce dangereux (8). On confirma, dans cette séance^ les institutions et les choix qui avaient précédé la signature de la Ligue.

Rocourt, qui redemandait la liberté et sa place j n'obtint que la permission de sortir de la ville. On retint les autres prisonniers , malgré TinterceBsion de l'Evêque , qui , pour ))i évenir des desseins plus sinistres , sollicitait leur bannissement.

Mîsërabic Lq Laounois redevint alors ce qu'il avait

état flu ,

pays, été dans les temps de l'anarchie féodale.

Page 1