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Chaque ville était en armes. Chaque Seigneur était retranché dans son château. Chaque viliages'enlouiaitdequelques remparts; et de cette multitude de forts , dont le pays était hérissé^ il sortait journeilement des partis qui battaient la plaine. Laon^ qui ne tarda, pas à voir ses marchés déserts , profita de la présence de fialagny , pour se délivrer d'une partie des voisins qui Tincommodaient. Quel*^ ques jours seulement furent employés à celte expédition j que Balagny ne termina point, parce que les Laonnois le mécontentèrent , en ne se prêtant pas à ses vues pour la régie et l'emploi de leui^ finances (9) Les conquêtes qui se faisaient alors de part et d'autre, n'étaient rien moins qu/s durables. On les perdait aussi facilement qu'on les avait acquises : Crépy, par exemple^ ne resta pas huit jours au pouvoir des ligueurs* 11 fut repris pair un excellent Officier royaliste du pays, nommé La Foucaudière; et il devint une place d'armes /dont la garnison se rendit redoutable par de fréquens coups de main , et fit des courses jusques dans l'Abbaye de S. Vincent. Celte petite guerre ruinait le pays et n^avançait rien. Il vint à ce sujet une idée fort sage aux Commandans de quelques villes voisines : c^était de convenir d'une trêve locale 9 pour tout le temps que d^autrea pro-
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vinces seraient le théâtre des grandes opérations militaires. Ce projet , approuvé des gentilshommes du Laonnois, était goûté par Bouchavanne nouveau Gouverneur ; et Duglas , avec qdî les articles en avaient été concertés , Tappuyait vivement. C'en fut assez pour que Billy fût d'un avis contraire. Billy était trop jaloux de son crédit^ pour concourir au succès d'une négociation dont TEvêque aurait pu s'attribuer l'honneur ; et quand la chose fut mise en délibération dans le Conseil général, le vœu des chefs de la Bourgeoisie fut étouffé par les clameurs d'une majorité turbulente , qu'il dirigeait à son gré.
Les prî- Lçg Commissaires du grand Conseil de la
soniviers
sont rois. Ligue, âyaut vu leur autorité s affaiblir de en liberté. JQ^, en jour , n'avaient plus cherché qu'un
prétexte pour annoncer la fin de leur mission. Ils saisirent celui que leur offrait l'arrivée de Bouchavanne nommé par Mayenne. Ils emmenèrent, en partant, les prisonniers, avec promesse de les faire juger è Paris.
C'était un faux-fuyant pour les soustraire B un tribunal inique qui avait commencé leur procès. Quel fut le dépit des factieux, lorsqu'ils apprirent que les prisonniersavaient été mis en liberté sur la route! Les injures ne furent point épargnées aux Commissaires ; et le Parlement ne fut pas plus respecté^
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lors de la notification de FArrêt , qui , qtielque temps après , anéantit toute procédure.
Parmi ceux qui marquaient dans un rang ^ .
secondaire^ la Ligue n'avait pas déplus utile jicob. champion, que le Chanoine Jacob. C'était un homme constitué vigoureusement et doué de' ce genre d'éloquence qui entraîne la multitude. Sa voix forte , ses déclamations fougueuses ; ses pronostics toujours favorables, ne manquaient jamais d'exciter les plus vife transports. Mais plus il était enivré de ses succès , moins il se les faisait pardonner par l'envie. On l'insulta par des placards : on le difiTama par des libelles ; et dans un moment dlmtneur , il jura de ne plus remonter en chaire. Sa retraite fit sentir l'importance de l'emploi qu'elle laissait vacant. C'était surtout dans les revers qu'il fallait un orateur capable de prolonger les illusions ou de ranimer les espérances. On devait se souvenir qu'après l'échec de Senlis, l'épouvante avait été telle que Defer et quelques autres s'étaient échappés furtivement , pour se jeter dans le parti du Roi; et que^ sans la vigilance du Gouverneur et les prédications de Jacob, cet exemple aurait eu beaucoup d'imitateurs. Lorsque Fassassinat de Henri III eut fait passer le scq^tre dans des mains plus dignes de le porter, et surtout quand le nouveau Roi eut prouvé,
saiiu
S8 HISTOIRE DE LAONT*
par le combat d^Arques et par la prise des faubourgs de Paris, avec quelle vigueur il saurait disputer son héritage , les alarmes se renouvel lèrent ; et Ton chercha en vain , dans le Clergé, quelqu'un qui se sentît capable de les dissiper y en se chargeant du ministère de la parole.
*•*. Un homme vint alors, envoyé de Paris Tottîou- pour le remplir. Il était Jésuite et se nommait Toulousain. Sa petite taille, sa vue louche, son humble extérieur, firent d'abord prendre de lui une idée peu avantageuse* Il fit bientôt voir qu'on avait eu tort de le juger sur les apparences. Elles annonçaient une grande modestie; et son envie de dominer n'avait poir>t de bornes. Sous les dehors de la franchise, il cachait une profonde dissimulation; et lorsqu'il ne paraissait occupé que des devoirs de son état, il n'était point de ressorts qu'il ne fit jouer, pour l'abaissement de tout ce qui lui faisait ombrage. 11 y réussit au point, qu'à l'exception de l'Abbé de Saint Vincent, avec lequel il évita de se commettre, tous fléchirent sous un ascendant qu'il n'eût pas été sûr de braver. 11 parlait purement , faisait un usage heureux d'une érudition assea vaste, et savait également manier avec adresse et remuer avec violence l'esprit de ses auditeurs* Il débuta par Tinstitutioa d'une Con*»
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fiuirîe de Péniteos^ dont il ne laissa que la seconde {)Iaceà l'Evêque, et à laquelle chacun s'empressa de se faire aggréger , pour n'être pas mh sur la liste des suspects. Alors com* mencèrent à Laon ces processions j don t les mémoires du temps font des tableaux si grotesques, et qui, par cela mcnie qu'elles étaient des farces indécentes, n'en étaient que plus propres à euflaninier l'imagination du peuple.
Mayenne se trouvait à Laon, dans les pre- 'J^
. . 1 ■ • r 1 . • Mayenne
niiersioursdeJuin ugo^avec lespnncipaux est atta- Capitaines de la Ligue. Instruit que le Duc de ^^ *^"' Parme n'entrerait en France qu'au mois Henri ly. d'Août , il cherchait , en attendant , l'occasion d'employer sa petite armée à des entreprises qui ne fussent pas au-dessus de ses forces; et il céda sans peine au vœu des Laounois ^ qui, brûlant de se venger de plusieurs tentatives malheureuses qu'ils venaient de faire sur Crépy , lui proposèrent le siège de cette place. Mais , le jour même qu'il va l'investir, . il apprend que Henri IV arrive à marches forcées , dan$ Tespoir de le surprendre. Ija retraite est sonnée sur l'heure même. On retourne en diligence à L^n : les troupes sont distribuées dans quelques faubourgs, et un long retranchement est élevé à la hâte depuis La Neuville jusqu'à Sçmi^ly.
3o HISTOIRE DE I«AOX*
Ces dispositions étaient à peine achevées > quand ^ lé lendemain 7 Juin, le Roi parut le soir à la tête de trois mille chevaux à qui il avait fait faire dix-huit lieues en un jour. Il s^avaiiça sur-le-champ au-delà de la ferme d'Aveins, pour reconnaître la position de Tarmée ligueuse ; puis il alla se loger dans les villages voisins.
Le 8 , dans la vue d'attirer Mayenne au combat, il fit insulter ses lignes par quelques escadrons. Un régiment Espagnol en sortit , promettant de rendre un bon compte de ces téméraires, 11 tint mal sa parole. Chargé par les carabiniers de Biron, qui avaient mis pied à terre, et pris en flanc par deux compagnies deReîtres, il fut fort heureux d'un régiment - Italien qui accourut , pour protéger sa^ retraite. On continua d^escarmoucher jusqu'au soir. Mais Mayenne se refusa constamment à une action générale ; et Henri voyant peu d'apparence de Vy forcer, reprit la route de Paris.
Pjise et Mayenne ne craignant plus d'être inquiété
sac tîe ^ r^ f 1
Ciépy. dans latlaque de Crepy , y retourna le 10* Il s'était flatté de l'emporter ce jour-là. Mais les assiégés se défendirent si bien, qu'il fut obligé de se retirer, après avoir perdu beaucoup de monde. Les Laonnois , pour l'exciter à la vengeance de cet affront , lui ayant
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promis mille écus , quand la place serait prise, elle fut investie de nouveau , le i3, par des forces plus considérables. Ou travailla toute la nuit à dresser des batteries ,• et quand le jour parut , celle qui tirait de la montagne voisine, fit un feu si vif, qu^une des portes fut renversée , sans qu'il y eût moyen de réparer cet accident. La Foucaudière se vit alors réduit à capituler. La garnison obtint les honneurs de la guerre; mais les habitans^ abandonnés à la discrétion du vainqueur , furent traités aussi inhumainement que si leur ville eût élé prise d'assaut. LesLaonnois, commandés pour démolir les fortifications , s'y portèrent avec toute Tardeur d'une haine implacable. Ils payèrent même à Mayenne le double de ce qu'ils avaient promis. Ce fut apparemment ce qui leur valut la concessioa des biens communaux de leurs infortunés voisins; don qui ne leur procura guères d'autre fruit que la honte de l'avoir accepté.
Trois mois après, leur ville fut sur le ^^^ point d éprouver le même sort que Crépy. d'être X'idée de s'en emparer par surprise avait été '"*^?"'* suggéréeà D'riumières,qui commandait pour le Roi dans le pays; et la possibilité en avait été reconnue par un Capitaine d'artillerie, nommé Gentil, lequel, à la faveur d'un déguisement, avait examiné avec soin l'entrée
3â HISTOIRE DE IiAON«
du c6té d*Arclon. Dans la nuit du 17 au 18 Septembre, D'Humières partit de Coucy , arriva auprès du faubourg de Lèuilly ^ et détacha plusieurs de ses gens qui s'avancèrent jusqu'à la barrière. Ceux qui étaient à la tête de la colonne, ayant été découverts , répondirent aux questions de la sentinelle qu'ils étaient des ligueurs , qu'ils revenaient de l'armée, et qu'ils attendaient l'ouverture des portes. Pendant ce colloque. Gentil se glissait auprès de la première porte, et y attachait un pétard qui la renversa ; il en fit autant à Ja seconde, tandis que les soldats du corpsde-garde se répandaient dans les rues , pour donner l'alarme. La dernière allait sauter aussi, quand le saucisson, qui devait mettre le feu à l''artifice , creva par le milieu ; et cet accident qui déconcerta les mesures de l'artilleur, fit échouer l'entreprise. Plusieurs habitans furent arrêtés ou bannis à cette occasion, comme suspects d'intelligence avec l'ennemi; mais 7'oulousain passa pour un prophète , sur ce qu'il avait dit que la ville était menacée d'iui grand danger. Il fut vérifié depuis que Defér, qui cherchait alors aménager son retour, l'avait fait instruire, sous main, des préparatifs du Capitaine Gentil.
Mayenne sut se prévaloir de cet événement, pour augmenter la garnison qui n'était que
de
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décent cinquante soldats. LesX^onnois jaloux à Texcès de leur indépendance , n'avaient pas souffert) usques^là qu'elle fiit plus nombreuse; et ce ne fut point sans peine qu'il les fit con* sentir alors à recevoir deux cent cinquante hommes de plus Ilies trouva plus intraitables sur le projet d'une citadelle dont il fit lever le plan en 1692. Il eut beau les faire assurer qu'il ne s'agissait que d'un logement pour le Gouverneur : ils ne prirent point le change; et ils éconduisirent l'Iagénreur de leur propre autorité.
Les Etats de la Ligua s'étant assemblés à '595» Paris au çommencefllient de i6g5 , on y aux Etats députa , pour la ville , ce même Claude ^^ Legras^ qui l'avait déjà représentée aux * ^^^^ seconds Etats de Blois. Et telle était Ja prépondérance de ce personnage aussi vain que brouillon; qu'il s'était fait n(^mmer seul. Mais Mayenne, dont Billy avait toujours la confiance , obtint qu'on le donnât pour collègue %à Legras. La clause la plus remarquable des cahiers qui leur furent remis, est celle par laquelle on les chargeait de voler l'élection d'un Roi fermement attaché à l'Eglise Romaine, etpiis dans la Nation française, s^il est possible* Philippe II dévoilait, dans ce temps-là, le dessein d'obtenir la couronne de France pour sa fille , en mettant ses secours
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à ce prix. Laoh est un des lieux où se traite cette affaire. Le Duc de Feria et le Comte Cliarles de Mansfeld vinrent plus d'une fois^ ^û Février et Mars i5g3, s'y aboucher avec le Duc d'Aumale^ le Maréchal de Rôsne, et quelques autres chefs delà Ligue- La politique intéressée de Mayenne et la résistance courageuse du Parlement qui siégeait à Paris, firent que les Etats se séparèrent sans rien décider 9 ne laissant qu'un souvenir ridicule de leur inutile session.
»594' Cependant le parti du Ptoi se fortifiait de Biiiy jour en jour* 11 acquit ennn une supériorité quittent décidée par la réduction de Paris. Les hommes prudens sentirent alors que , si ils s'étaient égarés avec le plus gran4 nombre , ils devaient aussi rentrer avec lui dans la bonne voie. Telle devait être surtput la conduite de Bodin, puisque ^ pour se justifier d'avoir signé la Ligue , il avait professé hautement qu'en révolution on doit s'attacher à la majorité. Fidèle à sa maxime^ il passa di} côté du Roi dans les premiers jours d'Avril 1594. Il était accompagné de Despinois j Lieutenant particulier, qui, devenu parla retraite de Defer , Chef de la m/igistrature et Président des assemblées du peuple ,' avait su faire respecter sa modération dans les séances les plus orageuses. Billy procura un
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asylé à ces deux transfuges , et ne tarda pas à les suivre. Nuls liens ne pouvaient le retenir dans un parti qui n*o£Prait plus d'avantages solides à son ambition.
lia Capelle tomba , dans le mois de Mai , Trenteau pouvoir des Espagnols. Le Roi, au pre- ""^.ge.* mier bruit de l'investissement de cette place^ ^®"" ^y avait fiiit des dispositions pour la secourir , et uon. avait fait prendre les devans à Biron. Mais il apprit à Chauny qu'elle avait capitulé.
Tandis que son ajcmée s'assemblait à Crécy , et que le Duc de Nevers venait , à marches forcées, la joindre avec deux mille hommes^ il poussa jusqu'à La Capelle^ avec quelque cavalerie, pour reconnaître la position de l'armée espagnole. Il la trouva si bien retran*chée, qu'il jugea impraticable toute tentative pour lui arracher sa. proie. Ce succès pouvant enhaixlir l'étranger et relever les espérances delà Ligue, Henri crut qu'il fallait étonner ses ennemis, en frappant un grand coup. La prudence des héros ne ressemble pas à celle des autres hommes. Contre l'avis de son conseil, que la difficulté de l'entreprise effrayait^ il résolut le siège de Laon (lo). Il se mit en marche, s%ps perdre ua instant, pour exécuter cette résolution ; et le aS Mai , les Laonnois ne découvrirent point sans surprise son armée qui s'avançait en bon ordre ^ forte de quinze
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à seize mille hommes. Comme ils ne voyaient^ lii munitions 9 ni artillerie de siège ^ ils crurent d^abord que le Roi ne ferait que passer» Cette erreur dura peu. Il fit attaquer sur-lechamp les faubourgs, et, malgré le feu de la p]ace,il les eut bien tôt emportés. Delà poussant jusqu'à la contrescarpe, sans donner à Tennemi le temps de se reconnaître , il logea ses troupes où bon lui sembla. Il ne manqua point d'occuper S. Vincent qu'il avait fait escalader^ et qui n'avait offert aucune résistance. Ce fort venait d'être évacué par. cent Italiens rappelles à la hâte pour renforcer la garnison. Les royalistes jugèrent qu'en cela Dubourg avait commis une faute. Mais l'événement semble le justifier , puisqu'on ne les verra tirer aucun avantage de celte belle position. La ville se trouva si brusquement investie, que beaucoup de gens de campagne, attirés ce jour-là par le marché , ne purent en sortir.
Forces jj g^gn fallut peu que Mayenne n'y fût lui assiégés, même enfermé. Instruit de ce qui se passait à Crécy , il soupçonna que les préparatifs du Roi pouvaient regarder Laon^ tout aussi bien que LaCapeile. Il sortit précipitamment avec deux cents chevaux, et alla joindre l'armée espagnole. Delà il courut à Bruxelles pour solliciter du secours^ non sans danger poua: