LIVRE CINQUIEME. Sg
Officiers de marque, tek que Monlbazon , Gouverneur d'Angers, et le Marquis de Cœuvres de la maison d'Estrées, aine dea frères de Gabrielle. Le Roi lui-même pensa être tué, sur une terrasse du jardin de S.
Vincent où il avait établi son quar tier-généraL On sait qu'il s'exposait , comme le moindre.
OflBcier, et qu'il en faisait souvent le service. Un canon qu'il pointa lui-même emporta ua Capitaine et trois Soldats. Les Laonnois ne virent point, sans inquiétude^ avec quelle activité il poussait ses opérations. D'un autre côté la douce habitude , qu'ils s'étaient faitei de l'indépendance ^ ne s'accommodait , ni de la fatigue des travaux auxquels chacua devait prendre part , ni des manières impé-.
rieuses des Officiers de la garnison , ni des exactions du soldat ,- et quelques signes de mécontentement ne tardèrent pas à se manifester. Dubourg , persuadé que la terreur pouvait seule étouffer les germes d'insubordination j fit arrêter plusieurs Bourgeois. Mais lea même-temps il hâta , par des signaux cpnvenus j l'accomplissement des promesses de Mayenne.
Henri s'attachait sui?tout à battre le côté ^« ^^^
manque
de la ville qui regarde S. Vincent ; et il se d'être flattait d'y faire bientôt brèche , lorsque les s^^ît avis qu'il reçut attirèrent ailleurs toute sou bert.
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attention. Ils portaient que Farmée espagnole^ renforcée de 1 élite des troupes ligueuses, se rapprochait de La Fère , en côtoyant TOise ; ee qui annonçait le dessein de venir au secours de Laon. Pour être plus à portée de s'opposer aux entreprises de l'ennemi , le Roi transféra son quartier-général à Cerny.
Il envoya en même temps Giyry à la découverte, avec trois cents chevaux. Cet Officier , après avoir mis en déroute une troupe égale à la sienne , qui portait à Laoa des munitions de guerre , revint au bout de trois jours , assurant que rien ne paraissait en deçà de TOise, et que Ten^j^emi songeait plutôt à regagner la Handre, qu'à rien tenter pour la levée du siège.
Le Roi , se reposant sur ce rapport, fit, le lendemain 12 Juin , la partie d^aller dîner à S. li^mbert. C'était une maison du domaine de Navarre j qu'il avait fréquentée dans sa jeunesse ; et les souvenirs de cet âge heureux lui avaient inspiré le désir de la revoir. Comme it avait, selon sa coutume , passé une partie dh la nuit à visiter les travaux du siège , il s'endormit apiès le dîné. La chaleur était vive. Des Seigneurs de sa suite ^ du nombre desquels élait Sully , allèrent pi-endi^ le frais dans la forêt voisine. Tout - à - coup leur oreille est frappée d'ua bruit coiafu* qui
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; venait du côté de La Fère, et que formait un mélange de voix humaines , de claquemens de fouets^ de hennissemens de chevaux, et d'instrumens militaires. Ils s'approchent de la grande route; et à travers le bois^ ils apperçoivent^ à la distance de huit cents pas^ une colonqe d'infanterie qui marchait eu bon ordre, suivie d'un convoi d'artillerie. Au* delà dans le lointain paraissaient des troupes eu si grand nombre , qu'il n^y avait pas à douter que ce ne fut l'armée ennemie. Ils retournent bien vite au château^ et trouvant le Roi qui secouait les fruits d'un arbre »
» Pardieu , Sire (lui crient- ils du plus loin) » nous venons de voir des gens qui vous
D préparent une autre collation plus dure à x> digérer. }d Le temps pressait. L^explication se fît en peu de mots. Henri dépêche à l'instant, les uns pour donner l'alerte à tous les postes de cavalerie, les autres vers l'infanterie^ pour la former en bataille en avant des retranchemens ; et lui-même s'éloigne à toute bride ^ donnant partout des ordres avec le même sang*fioid , que s'il ne se fût agi que li'une partie de chasse.
L'armée ennemie , que commandaient A">^^« Mayenne et Mansfeld, déboucha du côté de ennemie. Cessières. Elle était forte de sept à huit mille hommes de pied ^ de mille à douse cents che-
vaax, et de huit, pièces de canon; et elle avançait à grands pas j après avoir culbuté quelque infanterie sur son passage. Déjà même sa cavalerie se déployait dans la plaine^ lorsque celle du Roi , arrivant au galop ^ lui en imposa par sa supériorité. Bientôt Tinfan* terie royale se montra également prête à repousser une attaque. Dès-lors les alliés^ qui s'étaient flattés de surprendre le Roi , Tirent qu'ils avaient manqué leur coup* Il est vrai que dans cette occasion ils furent trahis par Ift fortune. Mais il ne Test pas moins que le hasard , par lequel elle servit Henri ^ était une de ces faveurs qui ne pouvaient profiter qu'à un grand Capitaine.
Autant il désirait d'engager un combat y autant les Espagnols étaient résolus de l'éviter. Ce point leur avait été prescrit par FArchiduc j qui voulait qu'on se bornât à jeter du secours dans la place. Us s'appliquèrent dono# à pi^endre une position , où ils ne pussent être forcés d'en venir aux mains; et dans cette vue ils appuyèrent leur camp contre les coteaux qui s'étendent de Cessières à Bucy , et le fortifièrent par de grands reIranchemeos. A quelque distance delà s'élève , en forme de pyramide tronquée , un mont qu'on nomme la Buttfi de Sauvresia y et duquel on pouvait les canonner jusques dans
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Jeur camp. Sully eut ordre de s'y établir avec un régiment et quelques pièces d*artillerie, Monlouet (i3) fut posté avec quatre compagnies dans un bois voisin ^ à la faveur duquel les ennemis auraient pu s'approcher de la , ville (14). L'armée, à la réserve de ce qui était nécessaire pour garder les tranchées^ fut disposée de manière à observer tous leurs mouvemens ; et le Roi , pour ne point les perdre de vue , continua d'occuper Cerny.
Comme il y avait peu de distance de l'un à Vautre camp, leur voisinage donnait lieu à des escarmouches continuelles.
Mayenne et M ansfeld s'apperçurent bien- Combat, tôt de la faute qu^ils avaient faite , en négligeant d'occuper le bois et la butte. Après avoir tenté vainement d'emporter l'une , ils résolurent du moins d'enlever Fautre; et, le i5 Juin^ deux mille hommes , commandés par La Bourlolte(i 5), en tirèrent brusquement dans le bois. ' Monlouet , trop faible pour leur résister , se retira , tout en disputant le terrain. Le régiment des Gardes qui eut ordre de le aoutenir , n'arriva pas assez tôt pour l'empêcher d'être pris , comme il faisait des merveilles de sa personne à la t4|6 de sa petite troupe. IjCs Gardes chaudement reçus perdirent, au premier choc^ trois-Capitaines et plusieurs Soldats, et ils allaient lâcher
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pied y sans Tapparition de deux régimeos conduits par Devic ( 16 ). Deux régii^ens Espagnols étant venus au secours de La Bourlotte^ il s'engagea^ sur le bord du bois, un combat meurtrier, où périt, du côté des royalistes , La Garde , Officier de réputation. Survinrent alors le Comte de Soissons et Givry d'une part , de Tautre Mayenne et ses chevaux légers. Ceux-ci pour leur début fondirent éur un corps d'Arquebusiers al le taillèrent en pièces.
Déjà la victoire se déclarait pour Mayenne, quand Biron accourut, accompagné d^une brillante jeunesse. Biron voit le danger. Il sent qu a moins d'un effort extraordinaire , Fennemi va rester mmtre du bois. Il saute à bas de son cheval : il en fait faire autant à sa troupe, se précipite avec elle dans la mêlée et rétablit le combat. Sur ces entrefaites arrive le Roi lui-même, dont la présence achève de ranimer les courages chancelans. Cependant les chevaux légers Lorrains continuaient de se signaler. Henri destine au brave Givry rhpnneur de se mesurer avec eux. Givry, malgré Tincommodité du terrain , les charge avec vi^peun Ils soutiennent vaillamment le choc,* et là semble commencer une nouvelle action plus vive encore que tout ce qui s'était fait jusques-là. ,
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lies Espagnols , craignant de se voir arra-* cher un avantage dont ils s'étaient crus assurés^ oublient qu'ils doivent éviter tout engagement. Mansfeld lui-même leur conduit des renforts. Les Royalistes en reçoivent aussi.; et le combat se prolonge, jusqu'au déclin du jour 9 avec une alternative de revers et de succès. Enfin 9 Mansfeld et 'Mayenne considérant que, pour conserver le bois^ où la plus grande partie de leur infanterie s'était avancée, j leur camp dégarni allait rester exposé au risque d'une attaque nocturne, donnèrent l'ordre de la retraite, qui se fit au petit pas et d'une manière insensible. La perte fut égale des deux côtés : mais l'honneur de la journée resta au Roi , avec le champ ide bataille; et les Espagnols ne furent plus •tentés d'outre-passer les ordres de l'Archiducé 'Cette action n'est pas la moins remarquable de ceUeSj où Henri s"'est trouvé en personne. Outre qu'il y eût affaire à d'excellentes troupes 9 commandées par les deux Généraux en chef, on était convaincu que le sort du siège pouvait dépendre de la manière dont elle se déciderait. Mais la renommée des événemens n^est pas moins soumise à la fortune que celle des hommes. L'histoire parle à peine du €X>mbat de Laon , tandis qu'elle célèbre les journées d'Arqués et de Fontaine-Fraoçaise,
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moios dignes, peut-être , de son attention par leurs circonstances et par leurs suites.
Entrerue Henri crut le moment favorable , pour
du Roi ...
et de essayer s'il n'arriverait pas plutôt à son but,^ ' Jeannin. p^^, j^ ^^j^ j^ j^ négociation , que par celle
des armes. Il fit en conséquence proposer une entrevue à Mayenne et à Jeannin. Celui^^ ci s'y trouva seul. Mayenne n'osa s'y rendre, de peur de devenir suspect aux Espagnols.
Xe Roi n'oublia rien , pour engager Jeannin à faire ensorte que la ville se souijnit; et le trouvant inébranlable, il alla jusqu'à lui dire que son opiniâtreté lui pourrait causer bien des regrets, a Sire ^ répliqua Jeannin ^ 7e p çomprendis à merveille ce que signifie ce n discours. Mais que V. M. n'espère pas me •D réduire au point qu'elle imagine. Je saurai D mourir sur la brècfae en homme d'hon^ » neur. » Cette noble hardiesse, loin de déplaire au Roi j ne fit que fortifier en Itû cette estime qui le porta, dans la suite, àfai're * de Jeannin un de ses principaux Ministres*
Il ne songea plus , au reste , qu'à emporter par la force ce qu'il ne pouvait obtenir par la persuasion.
Enlève* Tandis que Tarmée ennemie luttait avec
ment d'un ^ -t ^
•premier désavantage contre les difficultés de sa pôsiconvoi, f jQjj ^ ^j^ événement , qui se passait asslez
loin d'elle , lui préparait de plus fâcheux
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«mbarras. Toute la campagne environnante était tellement battue par les partis Royalistes, qu'elle ne pouvait s'y procurer des vivres :
elle était réduite à les attendre de contrées dont les ligueurs fussent les maîtres. Un oonvcn de cent vingt charriots s'était formé dans le voisinage de Guise ^ et il s'était dirigé du côté de Noyon , pour y prendre une escorte* Cluseau , Gouverneur de Noyon , et Colas y Commandant de La Fère (17) j 5'étaieiit concertés pour la fournir ; et le convoi s'était mis en marche , sous la garde de quatre cents hommes de pied et de quatre cents chevaux , à la télé desquels étaient ces deux Officiers. Le Duc de Longue ville en -ayant eu avis , rassembla, à la hâte un corps d'une force à - peu - près égale ; il dressa une embuscade à une petite lieue de Ham , .et il réussit à enlever le convoi , après une actîoa fort chaude où Cluseau avait été fait prisonnier, et Colas bl^sé et mis en fuite« Cette affaire ayait eu lieu la veille du combat de Laoo.
La perte qu'elle fit éprouver aux alliés les ï^^f^«^« incommoda beaucoup. Leur armée manqua convoi, de p^in pendant près de trois jours ; et le soldat a'était contenu que par l'espérance de voir^ d'un moment à l'autre, arriver de La Fère un autre convoi plus considérable. On y
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«n avait effectivement rassemblé un de iroit cents voitures^ et Mansfeld avait détaché^ pour son escorte^ une troupe d'élite composée de mille hommes de pied et de troii cents chevaux. Henri qui en eut avis pai ses espions, résolut d'enlever encore cetU ressource à Tennemi , persuadé que c'étai le plus sûr moyen de s'en délivrer. Biron .
qu'il chargea de cette expédition , partit dan: la soirée du i6 Juin^ à la tête de trois i quatre cents chevaux , de six cent cinquante ^ Suisses^ et d'un pareil nombre de fahtàsisin: Français. La même jeunesse qui s'était trouvée avec lui au combat du bois , voulut auss l'accompagner.
Biron s'étant avancé jusqu^'à une Heue de La Fère^ q^cha dans les blés toute son infan^ terie , ainsi qu'une paHie de sa cavalerie. Lej chevaux légers, commandés par Givry, allèrent, un peu plus loin , s'embusquer dans k bois à droite et à gauche du chemin. La nuil entière, qui fut fort froide , et une grande partie du jour s'écoulèrent dans une vaim attente. Le soldat n'avait pris aucune nôUrrit<ire depuis son départ ; et son impatienceiqui croissait avec la faim, devenant difficile^à réprimer, Biron avait consenti à lever l'embuscade; etdéjàil se retirait, lorsque, vers les cinq heures du soir ^ une vedette donna, du
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