‹ Histoire de la Ville de LaonChapitre 9 sur 58 · I-rVRE ClffQVlÊMC · texte numérisé non relu

I-rVRE ClffQVlÊMC

liaat d^un arbre , le sigaal de l'approche de Tennemi.

Givry , devant qui il devait passer d'abord ^ ne sortit de son embuscade^ que quand l'arrièie-garde parut 11 chargea brusquement et repoussa , le long des charriots , la cavalerie dont ehç était composéo. L'infanterie espagno-^ le reçut bien autrement ceux qui tombèrent sur elle. Quoiqu'attaquée en télé et en queue, elle fit Ëice sans se déconcerter ; et ses décharges se succédaient si rapidement , qu'elle fil à son tour reculer la cavalerie royaliste» Biron^ qui perdait beaucoup de monde, prit alors le parti de faire attaquer par les flancs ; et le choc fut si vif, que l'ennemi ayant peine à le soutenir, se réfugia parmi les voitures. Là retranché, comme dans un rempart mobile^ il avançait toujours , faisant un feu soutenu ^ et renversant à coups de pique tout ce qui osait s'approcher. Nul effort semblait ne devoir rompre cette colonne redoutable* L'ardent Biron frémissait de rage : il croyait à chaque instant voir arriver des troupes fraîches, ou de La Fère, ou du camp des alliés;, et dans ce cas il lui faudrait dona lâcher ssc proie. Il se rappelle alors la ma- , nœuvre qui, deux jours auparavant , lui avait si bien réussi. Il fait mettre pied à terre il la jeune noblesse qui l'ficcc^mpagnait : lui*

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même lui en dc^me Texemple , et Faî|îmant par le souvenir de son dernier exploit , il 8*élance avec elle sur les Espagnols , que pressent en même temps sur d^autres points Sancy et les Suisses, Clermont d'^Amboise et Montigny (i8), avec Tinfanterie française^ Thorigny et La Curée (19), à la tête d'une partie de la cavalerie. L'ennemi tient ferma partout. On se mêle sur toute la ligne : on se bat corps à corps. Chaque voiture semble un fort que Ton se dispute avec fureur. Mais le nombre des Espagnols diminuait à vue d'œil ; et bientôt leur infériorité devint telle q\a'il fallut céder. Le voisinage des bois Êivorisa la fuite des gens de pied. La cavalerie reprit à toute bride le chemin de La Fère, poursuivie par Givry qui la poussa jusqu'aux portes de la ville , où les uns furent tués, d'autre^ culbutés dans la rivière. Tout le convoi resta au pouvoir des royalistes,- et ce fut un plaisir de voir avec quelle avidité les soldats, les Suisses surtout, se dédommagèrent d'une longue abstinence. Les vainqueurs achetèrent leuîr succès par la perte de deux cents hommes; et ils eurent , au moins , autant de blessés y parmi lesquels plusieurs Officiers de marque, tels que La Curée, Canisy, gendre de Biron, , de Lisle-iVIarivaut , St- Augel , et l'historien Davila. Du côté de§ vaincus, il périt Ja mpitiét

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des combattans. Ce fait d'armes passe , à juste titre, pour un des plus brillans de la guerre de la Ligue. Il est vraiment digne d'admira-^ lion que des hommes à jeun > depuis vingt-^ quatre heures , aient été capables du long effort dont la victoire a été le prix (20). Cet avantage n'est pas le seul dont Henri ait eu à se féliciter ce jour -là. Cinq à six cents hommes de pied avaient tenté de s'introduire dans Laon , en se glissant à travers les bois; Découverts par une vedette^ ils furent atta-»qués par Je Comte de Soissons qui battait la campagne avec trois cents chevaux. Un boii nombre fut tué ou pris ^ et de ceux qui sa sauvèrent, quarante ou cinquante seulement furent assez heureux pour pénétrer jusques dans la ville.

Les succès du Roi furent annoncés aux i^«*«'a»t« ennemis par une décharge de toute son artil-^ aiUés, lerie. Saint-Luc était alors à conférer avec Mansfeld , son beau- frère , vers qui le Roi Tavait envoyé; et Mansfeld venait de lui dire qu'il avait donné, pour escorte, au convoi, douze cents hommes choisis, et capables de le conduire d'un bout de la France à l'autre. Etonné de ce qu'il entendait, il en demanda la cause : St-Luc jugeant que c'était une salve de réjouissance, mou frère, lui dit-il, cela signifie que votre convoi est défait. Le Général

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espagnol n'en voulait rien croire ; mais la chose ne tarda paf à lui être confirmée. Dans le conseil qu'il tint aussitôt, chacun opina pour la retraite. Mais on ne s'accordait point sur la manière dont elle devait se faire. Les uns voulaient que ce fut de jour et par la route la plus longue et la plus facile : ils étaient appuyés de Mayenne , à qui déplaisait surtout un départ nocturne , qui ressemblait trop à une fuite. Les autres trouvaient trop de danger à décamper le jour , en présence d'un ennemi victorieux et entreprenant; et malgré la nécessité de traverser la forêt , ils préféraient le chemin le plus court. Ce fut Tavis de la majorité , parce que c'était celui de Mansfeld , qui ne voyait rien de contraire à l'honneur dans ce qui était conforme à la prudence. Mayenne , voulant du moins sauver sa gloire personnelle , prit le comman* dément de l'arrière-garde , et ne se mit eu route que le matin. La ileur de la noblesse espagnole l'accompagnait , brûlant de disputer sous ses yeux le prix de la valeur.

Henri apprend toul-à-coup que l'ennemi s'éloigne; St-Luc (21) et Parabere,,qui eu.

donnaient l'avis, demandaient quelques troupes pour inquiéter les derrières. C'est par la tête^ s'écrie Henri , que je veux attaquer; et montant aussitôt à cheval, il vole à la poursuite

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87ectout ce qu'il a. de mondé sous la main. U atteint bientôt i'arrière-garde qu'il trouve mar* chant avec assurance et dans un ordre admirable. II s'avance pour la charger en queue : il est sans cesse arrêté par le feu de plusieurs pelotons qui se succédaient^ à mesure que cha^ cun d'eux avait fait sa décharge. Il avait beau ]a tâter sur différens points, elle faisait face partout, en poursuivant sa route au petit pas. Le chef se Ëûsait remarquer, autant par sa valeur intrépide , que par sa taille avantageuse. II tua de sa propre main Percy^ qui osa fondre sur lui à la tête d'^un gros de chevaux légers. U parvint ainsi^ toujours harcelé, mais jamais entamé, jusqu'à un chemin creux, sur les deux bords duquel La Bourlotte avait placé du canon. A la vue de celte artillerie prête à la foudroyer , la cavalerie royale fut obligée de lâcher prise ; et toute l'armée des alliés continua paisiblement sa marche, par l'endroit où s'était donné le combat de la veille. On dit que Mansfeld jeta un profond soupir , quand il vit la quantité de cadavres qui couvrait le chemin ; et qu'accusant Biron de férocité , il s'écria que c'était une boucherie , plutôt qu'une défaite. II eut au moins la consolation d'achever sa retraite s^ns aucun échec. Mais tout l'honneur en appartient à Mayenne^ dont la destinée à la guerre semble

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avoir été, non de recueillir les faveurs de la fortune^ mais d^en réparer les disgrâces.

Reprise , Somoiepive et son conseil , quoique privés

f!es tra- i u • -ija i- • •

vaux du de J-espou' d être secourus , ne perdirent point *'^se* courage. On fit accroire au peuj^le qu'une lettre, par laquelle Mayenne exhortait la viite à capituler , annonçait au contraire la prochaine arrivée d'une armée puissante, il laquelle il était venu seulement préi>arer les voies. Les travaux furent donc repris db part et d'autre avec une nouvelle activité.jHenri, de retour à S.Vincent, continuait de battre principalement 1^ environs de là tour S. Rémi. Un habitant , nommé Gaillard, s'échappa pour l'avertir que cette partie du rempart venait d'être fortifiée, de manière à faire échouer tous ses efforts. Sur cet avis j le Roi fit, dans la nuit suivante, transporter l'artillerie de S. Vincent sur la pointe de Classon; et ce ne fut pas, pour les assiégés, une médiocre surprise d'y voir au matin une batterie prête à jouer. Dubourg , afin d'en parer les effets , fit ouvrir une tranchée profonde àur la hauteur de Gaiilot 11 fit aussi creuser , dans le champ S, Martin , un long X retranchement; au moyen de quoi lesassiégeans, maîtres du premier rempart , devaient en rencontrer deux autres non moins difficiles à emiKjrter. Le poste de Gaillot était celui de

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11. garde duquel s'étaient 'chargés les Ecclé^ siastiques. Leur intrépidité se démentit à la vue de cette batterie qui les menaçait. Ils . témoignèrent le désir d'être employés à un service moins périlleux ; et Dubourg , àqui il &llait là des hommes plus aguerris , n'eut garde de s'y refuser. Cet échange exposa la légion épiscopale à beaucoup de railleries , qu^elle supporta de bonne grâce. Il valait mieux ^ après tout, essuyer des épigrammes que des boulets. Quelques propos échappés à Gaillard, avant sa désertion, firent soupçonner qu^il avait quelque part aux nouvelles dispositions du Roi. On arrêta plusieurs particuliers avec qui il a^ait eu des entretiens secrets; et Tun d'eux, qui avait de plus le malheur d'être son neveu, fut pendu commo espion.

. Il vint dans l'esprit à un Capitaiûe de la . ^^«

, . . inutile

Bourgeoisie, nommé De la Marlière , qu'il d*unOf!îpourrait^ aussi bien que Gaillard, trouver ^^ ^' ^^ créance auprès du Roi. Il imagina , d'après sie. cette idée , un stratagème dont l'exécution ne demandait pas moins d'audace que de ruse. Il était alors de garde à une porte^ et il y conversait quelquefois avec l'Officier du poste ennemi. Il sort une nuit ^ accompagné de son Sergent , aboi*de l'Officier royaliste , et se fait conduire au Roi, à qui il promet do

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le rendre maître de là ville, sans qu'il lui en coule un seul homme. Cette proposition inspira d'abord peu de confiance. Mais De la Màrlière articulait des moyens si spécieux*, il mettait dans ses explications une telie apparence de franchise, qu'il finit par persuader. 11 se fit même compter une somme de mille écus, dont il avait , disait-il, beisoin, pour convaincre de son intelligence avec le Roi ceux qui devaient entrer dans le complot. Cependant Henri , moins facile à risquer des hommes que de Fargent , crut quelques préj^ cautions nécessaires avant d'aller plus loin. Dans la journée qui précédait la nuit^marquée pour l'entreprise, il fk entrer un espion dans la ville# Cet homme rapporta qu'il avait vu conduire du canon à l'endroit par où les royalistes devaient être introduit^. Vers le soir un\l)fficier, travesti en paysan , s'avança jusqu'^à la contrescarpe, faisant semblant de faire paître un cheval; et il apperçut beaucoup de mouvement au même lieu. Le Roi ne laissa pas d'envoyer du monde à l'heure convenue, maïs avec ordre de ne pas s'exposer. Quelques soldats , s'étant glissés le long de la muraille, reconnurent lels préparatifs d'une réception hostile; en conséquence, le détachement se retira sans bruit; et le jour acheva de mettre en évidence le péril auquel

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il avait échappé. Quand la ville fut rendue, le Roi fit en vain chercher De la Marlière , pour lui demander compté de ses mille écus :

le i*usé ligueur s'était esquivé à la faveur d'un dégtiisement.

Quelque temps que prissent les détails du ActîTîté siège , le gouvernement de Tétat n'en souffrait Henri, point. Henri réglait tout dans son camp »

comme il Teût fait au Louvre en pleine paix (22). Le zèle et la sagesse de Sully le secondaient merveilleusement. Tout-à - la - fois guerrier , politique et administrateur, comme Je Prince dont il était Tami , Sully allait et revenait sans cesse ; et après avoir payé de sa personne 3 tel qu'un simple volontaire , à l'affaire du grand convoi, il courait à Paris traiter les matières les plus délicates. I^ics intérêts du cœur c'étaient pas non plus oubliés par le galant Henri; mais ils ne Toccu* paient qu'à la dérobée, et sans rien prendre du temps dû à des soins plus graves. Lorsque le siège de Laon commença , Gabrielle d'Estrées, alors Madame de Liancourt, était sur le point de lui donner un premier fruit de leurs amours. 11 la fk venir à Coucy4e-Château où elle accoucha ^ le 7 Juin , du Duc de Vendôme. Maisil n'alla l'y visiter ^ que huit jours après la retraite de l'armée ennemie , et dans un moment où une absence de vingt-quatre

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heures ét^t sans inconvénient pour le^ opé^ cations du siège. Peut-être n'était - elle pas sans danger pour sa personne ^ puisque nous le verrons juger un passeport nécessaire pour la sûreté de Gabrielle, quand il voulut la faire venir à son camp. Ce ne serait pas la seule imprudence de ce genre, qu'on aurait à lui reprocher.

On peut au reste juger, par le trait suivant ^ de son extrême activité. Sully arrivait de JParis au camp, un jour qu'il était encore couché, quoiqu'il fût trois heures après-midj Le lit de Henri n'annonçait rien moin^qu'u Prince efféminé. C'était tout simplement une paillasse et deux matelas étendus par terre* » Soyez le bien-venu , dit - il à Sully , en » L'embrassant. N'êtes-vous pas surpris, vous D qui me connaissez de longue main , de me » voir au lit à l'heure qu'il est ? Car ce n'est » pas ma coutume lie faire l'accouchée, lorsx> qu'il faut user de. diligence. Mais je me suis » tant fatigué la nuit dernière, que je ne peux D plus me soutenir, et afin que vous ne me » soupçonniez pas de faire le douillet, je veux » vous montrer n^es pieds. » Et là-dessus il les lui fait voir tout couverts d'ampoules et d'écorchures qu'il s'était faites, en courant sur le penchant de la montagne , à travers les vignes et les broussailles. Il ne se contentait

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