XXII DISCOURS PRÉLIMINAIRE
IL II est un écueil contre lequel plusieurs historiens du Lyonnais ont échoué : astreints servilement à l'ordre chronologique , ces écrivains ont enregistré les faits selon leur date. Dans leur livre, à une page sur les finances, succède une page sur une ordonnance rendue par le consulat ; vient ensuite le récit d'une émeute, ou de l'entrée , à Lyon , d'un grand personnage ; puis les détails sur le budget recommencent, et ainsi jusqu'à la fin. Persuadés avec raison qu'il y avait beaucoup à prendre dans le volumineux recueil des Actes consulaires, ils ont cru qu'analyser, année par année, cette collection de procès-verbaux, c'était écrire l'histoire du pays. Mais ces interminables délibérations des échevins, qui pouvaient avoir quelque importance dans leur temps, n'en ont aucime aujourd'hui; mais ces petits faits de localité, et cette exhimiation de noms inconnus, n'ont maintenant aucun intérêt ; mais ces débats oubliés , depuis si longtemps, sur des questions de préséance, ne constituent en aucune façon les annales de la cité. L'historien a plus de liberté ; il lui est permis de suivre, sans digression, tous les développements d'im événement ou d'une idée , et de ne point se soumettre strictement à l'ordre chronologique , quand , sans confondre les temps et les époques , il sait grouper les faits analogues pour en faire mieux connaître le caractère et l'ensemble : procéder autrement, c'est s'interdire tout espoir d'intéresser. La nouvelle Histoire de Lyon suit une autre méthode; chaque époque principale commence par une étude de la situation générale du pays ; viennent ensuite le récit des faits particuliers et l'étude de la
SUR LUISTOIRB DE LTON. XXIIl
civilisation considérée sous ces rapports capitaux : les travaux publics , le commerce , la condition des classes ouvrières , les secours publics , l'enseignement , les beauxarts, les lettres, les sciences, la religion et les mœurs. A la citation d'un nom d'artiste, de littérateur ou de savant, correspond ime note qui indique les principaux ouvrages de ce Lyonnais ; à l'histoire d'un fait important sont réunis les textes originaux , l'indication des autorités, ou de longs extraits de lois, édits et ordonnances. L'auteur de cette Histoire a voulu faire , avant tout , un livre de bonne foi ; il n'a pas demandé à être cru sans contrôle, et s'est efforcé de donner à ses lecteurs les moyens de vérifier l'exactitude de son récit.
Qu'il me soit permis de dire comment j'ai compris l'histoire de Lyon , et de faire connaître la méthode que j'ai suivie dans l'exécution de ce travail : mes paroles, si j'ai failli à l'application de mes propres principes, seront la condamnation de mon livre.
Placé par mes fonctions dans une position heureuse pour m'occuper de recherches historiques; environné de tous les ouvrages qui ont été écrits sur Lyon , et familier avec eux par im commerce de tous les jours ; maître de puiser dans une riche collection de manuscrits, de chartes et de documents de toute nature; aidé, enfin, par des savants connus, depuis trente années, par une étude spéciale de notre histoire politique et littéraire, je me suis mis à l'œuvie rempli du sentiment intime de ma faiblesse, mais aussi de la conviction qu'il me serait possible , avec beaucoup de patience et de travail, de tirer parti des moyens d'exécution dont ma position m'offrait le libre usage. Le bloc de marbre