‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 9 sur 262 · K DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

K DISCOURS PRÉLIMINAIRE

et s'il ne j)ossède le talent d'exprimer sa j)ensée dans un style élégant, souple, varié et chaudement coloré quand l'occasion l'exige. Pourrait-on écrire aujourd'hui les annales de Lyon , comme on l'a fait plus d'une fois , en rajeunissant seulement par la forme des pages empruntées à Rubys ou à Menestrier? non, sans doute. L'historien de Lyon doit maintenant prendre les faits à leur point de départ, vérifier tous les textes, citer et discuter toutes les autorités. S'il veut parler pertinemment des produits agricoles , il faut qu'il étudie la structure intime et les révolutions géologiques du sol lyonnais. Les Romains ont laissé de toutes parts, sur notre terre , l'empreinte de leurs pas gigantesques : ce sont, ici, des restes d'aqueducs; là, des inscriptions; ailleurs, des fragments de vases ou de statues, des monnaies, des bijoux. Que de saine érudition ne faut-il pas pour reconstituer les temps passés avec quelques fragments de pierres mutilées ! que de sagacité pour faire dire à ces contemporains de nos pères cequi existait de leur temps, et combien de difficultés pour suivre les migrations continuelles des populations se succédant, sur un même sol , comme la vague à la vague , et pour retrouver , au travers de la nuit des âges de barbarie , l'organisation de la vieille famille gauloise de Lugdunum modifiée par la loi romaine!

Il existe, entre l'histoire générale d'une nation et l'histoire particulière d'une ville , des points de contact nombreux ; elles s'expliquent l'une par l'autre, et ne sauraient être séparées dans un sens absolu. C'est au talent de l'écrivain qu'il appartient de les allier dans une juste ])roportion ; les isoler , c'est s'exposer à manquer son

SUR l'histoire de LYON. XXI

but. Ce qu'on demande aux annales d'une cité, c'est avant tout la couleur locale , ce sont les faits particuliers mis en relief et considérés sous tous leurs points de vue ; mais ces faits spéciaux , mais cette couleur locale reçoivent continuellement l'empreinte du mouvement général de la nation. Beaucoup d'événements, si des emprunts à l'histoire du pays ne viennent les expliquer , sont des énigmes complètement privées d'intérêt. L'histoire de Lyon n'est certainement pas celle de la France ; mais il est impossible de la comprendre si on la borne au tableau de ce qui s'est passé dans la cité : grand nombre de ces faits particuliers à la province , sont des effets dont la cause est à Paris. Ainsi donc , l'histoire de France ne doit pas être perdue de vue un seul instant quand on écrit celle de Lyon ; c'est ce que n'ont pas compris, peut-être, quelques écrivains modernes. Qu'importe, aujourd'hui, le fastidieux récit des innombrables embarras financiers que la ville a éprouvés , si l'on ne sait quelles circonstances ont amené le gouvernement à s'emparer d'un octroi ou à exiger un don gratuit? Comment lire avec quelque intérêt les détails, si dramatiques cependant , de la mort de Cinq-Mars et de son ami , sous la hache du bourreau , si on ignore les motifs de leur condamnation ? Qu'il y ait convenance à n'user qu'avec beaucoup de discrétion de ces appels à l'histoire générale, c'est ce qu'on ne saurait nier ; mais leur nécessité n'en est pas moins évidente. Quand un règne présente rarement l'intervention directe du pouvoir dans les affaires de la cité, il peut suffire, pour expliquer la marche générale des faits, d'esquisser le portrait d'un roi de France. Sous la monarchie absolue , le prince c'était l'Etat.

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