V® SIÈCLE. — PREMIER ROYAUME DE ROURGOGNE
Pavie , accepta la mission d'aller traiter de rechange des captifs ; il s'adjoignit Victor, évêque de Turin, et partit chargé d'or el des yœux des habitants de la Ligurie. Inyité par le pape Gélase à seconder Ëpiphane de tout son pouvoir , Rustique , éy êque de Lyon, alla au-devant de Tévêque de Pavie jusqu'au-delà du Rhône '. Le roi Gondebaud accueillit avec bonté la prière du saint prêtre ; il lui accorda , sans rançon , la hberté de six mille prisonniers , et ne demanda qu'une faible indemnité, en faveur de ses soldats , pour déUyrer de leurs fers quelques chefs liguriens qui s'étaient signalés par leur résistance à ses armes ^.
1. — L'érêque de Lyon, Rustique , ayait iurormé Ëpiphane du caractère, artificieux de Gondebaud, et l'avait engagé à prendre ses précautions. (GaUia christ., IV, 28. S. Rusticos). L*avis élait bon, et Ëpiphane le suivit.
Ennodius , alors âgé de vingt ans, accompagna Ëpiphane; voici un vers de ce poète, que les historiens de Lyon ont cité. souvent :
S«d natos Rhodaai niz probitiUt habei.
2. — M Hoc ordine mira celeritate Lugdunum ingressus est ubi Rusticius tuoc episcopalen cathedram possidebat, homo qui et in saecularis tituli prxfiguratione sacerdotem semper ezhibnit , et sub praetexta fori gubematorem gcssit Ecclesi» : qui trans Rhodanum fluvium adveotui ipsius spiritalis laetitix copia repletus occurrit , causam commeationis inquirit , qun essent astutia: régis edocuit... Quero postquam Gundobadus tcrrs illius dominus venisse oognovit: m Ile , inquît, ad tuos , el videte hominem quem et roeritis et vullu semper ego Laurentii « roarlyris persona conjunxi : qui quando nos velit videre înquirile , et cum jusserit invi- « laie. » (ExNOD., Fita B. Epiphanii. i. Sirmoodi Opéra , 1, 168t.)
Voici quelques fragments du discours d'Epi phane au roi de Bourgogne : « Agricolarum laboriosx stirpes , et duris exercitata ligonibus soboles , quos per terram « suam pascit infabricata simplicitas , cum loris colla necterenlur , et palmas vinciret arcta M connexio , nihil pro defensione sua aliud clamitabant : « Scimus, et evidenter agnotcimus ; M nonne vos estia Burgundiones nostri ?... Redde ergo residuos patri» , redde origini , redde M gloris tu». Ântiquus dominus provinciam diligit , quam et modernus amplectitur ; remitie M quamvis ad alienam dilionem, qui se et ibi posili tuos esse cognoscant. .Parum enim grati» « impendimus illius imperio , cujus misericordiae nihil debemus. Vacua sentibus illam, quam M bene nosli Liguriam , et rcplé culturis.... » Haec cum dixisset, commonito sancto collega Victore, surrexit, et usque ad pectus regium lacrymantes, et cum omnibus propter adstantibns capita submisernnt. » {Viia B, Epiph., 1684.)
Ennodius dit du roi des Bourguignons ; » Rex probatissimus , ut erat bindo locuples , eC eloquentisB dives opibus, et facundus asserlor. » {FitaB, Epiph,, 1684). Voici quelques-unes des paroles de la réponse de Gondebaud : « Liceat Italis omnibus , quoscumque Burgunm dionum nostrorum metus captivilalis fecit captives ; quos famis nécessitas , quos periculorum •• timor advexit ; postremo quoscumque concessit aut addixit consensus prindpis sui , noster M absolvat : at paucos, quos quasi ardore prsliandi tune ab adversariorum suorum domina- « tione rapuerunt , pro illis pretii quanlulumcumque percipiant ; ne detettabiles apud illos « fiant certaminum casus , quorum cum discrimina suslinuerint , lucra non sentiant. » Post
GONDEBAUD. — V® SliCLE. 225
Beaucoup dltaliens étaient dispersés dans les contrées voisines; Epiphane alla à leur recherche , et en réunit un grand nombre : Godégisèle lui renvoya tous ceux qui habitaient ses états de Genève ; plusieurs centaines de ces Italiens furent mis en liberté à Lyon , et tous rentrèrent dans leur pays sous la conduite d'Ëpiphane et de Victor.
Gondebaud se montra généreux dans cette circonstance ; il y avait en lui de grands défauts et des qualités recqmmandables. Ce prince parlait avec une grande facilité ; il était éloquent , et savait écouter. Son conseil d'état fiit témoin souvent de sa pénétration, et de sa docihté pour des avis qui lui paraissaient bons. Ennode, dont le témoignage n'est pas suspect, rend honmiage à la richesse et à la facilité de son élocution. Attaché d'une foi équivoque à l'arianisme, Gondebaud aimait à s'occuper de questions théologiques ; il demanda plusieurs fois des explications, sur certains passages de l'Ecriture, à l'évêque de Vienne, Âvit, pour lequel il professait une vénération singulière; il aimait et estimait beaucoup l'évêque de Lyon , Patiens.
Une occasion solennelle de montrer ses opinions théologiques se présenta pendant la première année du sixième siècle; de savants docteurs et évoques se réunirent à Lyon pour conférer sur l'arianisme. On vit parmi eux Avit de Vienne , Apollinaire, son frère de Valence, Conius d'Arles, Etienne de Lyon, et beaucoup d'autres. Avit obtint une audience du roi de Bourgogne, qui habitait Savigny , près de Lyon : « Si votre « croyance est la véritable, lui dit Gondebaud, pourquoi les « évoques de votre communion n'empêchent-ils pas le roi des « Francs de se liguer avec mes ennemis et de me faire la guerre
praeceplum venerandi régis impiger ille verborum sallibus indulgeotia species aat formas exposuit , et charlas ad insignem Antislilem delulit ; quas ille cum expeclatissima devotione tuscepit , et portitorem tanti doni ambienter ampleius est. Qui postquam rumor innotait , tanta istius jam libère roaltitudiiiis frequentia subito adstitit , ut desolata crederes esse etiam incolis rura Gallorum ; nam teslis bujus rei ego sum , per cujos roanus piclacia ad clusuras jussio sacerdotis elicuit, quadringentos bomines die una de sola Lugdunensi civitate rediturot ad Italiam fuisse dimissos. Ideultdem per singutas urbes Sabaudia , Tel aliarum provinciamm factum iodubitanter agnovimus. lia ut istorum , quos sois prcces beatissimi viri liberarunt , plus quam sex millia animarum terris propriis reddercutur. Eorum vero , qui redempti auro suut , numerum ad liquidum agnovisse non potui : quia inter eos etiam mullos fuga eripuit. » (EiiMOD., Fita B, Epiphan.f éd. Sirm., 1, 1686.)