S26 V® SIÈCLE. — FREMIEH ROYAUME DE BOURGOGNE
u pour me perdre P Comment concevez-vous la vraie religion « avec Tinsatiable ambition qui le dévore? » A ces paroles embarrassantes y Avit répondit au nom de ses frères : « Nous ignore rons les moti& et les intentions du roi des Francs; mais nous « savons par TEcriture que les royaumes qui abandonnent la loi a divine sont fréquemment renversés , et que des ennemis c< s'élèveront de tous côtés contre ceux qui feront de Dieu leur « ennemi. Retourne, ainsi que ton peuple, à la loi de Dieu, et w il accordera la paix et la sécurité à tes domaines. » *
La conférence eut lieu, à Lyon, en présence du roi Gondebaud : Boniface parla pour les ariens,- Avit pour les catholiques. Les écrivains chrétiens , dont le témoignage peut être soupçonné de quelque partialité, aflirment que l'évêque de Vienne terrassa son adversaire sous le poids de ses arguments, en faveur de la triple divinité du Père , du Fils et du Saint-Esprit ; il y eut de part et d'autre beaucoup de chaleur et d'obstination, et, comme toujours , aucune des deux opinions aux prises ne se déclara vaincue. Gondebaud prit la parole plusieurs fois; il faisait tou-
1. ^ L'apostrophe de Gondebaad était pressante, la réponse d'Atit fut digne :
« Post salutationem factam , Domnas Avitus, caî , Ucet non esset senior nec dignitate , nec setate , tamen plurimum deferehatur, dixit ad regem z « Si excellentia véstra ?ellet procarare pacem Ecclesi», parati suinus fidem nostrain tam clare demonstrare esse secundum Evangelium et Apostolos , quod nulli dubium erit illam quam retinelis non esse seoandum Deam et Ecdesiam. Habetis bic de vestris qui sunt instrucli in omnibus scienliis, jubealis ut iiobiscum colloquantur , et videant si possint respondere rationibus nostris , ut parati sumus respondere nitionibus eorum. » Ad qu« rex respondit z « Si vestra fides est tera, quare epîsoopi testri non impediunt regem Francorum, qui mihi bellum indixit , et se cam iniroicis meis socîaTtt ut me destruerenl ? nam non est fidet ubi est appeteutia alieni , et sitis sanguinis populorum : ottendal 6dem per opéra sua. »
« Tune bumiliter respondit Domnus Avitus , faciem habens augelicam ut et sermonem : « Ignoramus, o rex, quo consilio et qua de causa rex Francorum facitquod dicilis; sedScrip- Cura nos docet, qood propter derelictionem legis Dei saepe subverluntur régna, et suscitantur inimici omni ex parte ilKs qui se inimicos adversus Deum constitnunt. Sed redite euro populo iresiro ad legem Dei , et ipse dabit p.icem iu finibus vestris : nam si habetis pacem cum illo f habebitis et cum caeteris , et non praevalebunt inimici restri. »
« Gui rex : « Nonne legem Dei proBteor ? Sed quia noio très Deos , dicitis quia non profiteor legen Dei. In Scriptura sancta non legi plures esse Deos , sed unum. *•
Avît riposta comme un évoque devait le faire.
Atm (S.) Collatio episeopomm , pnoserUin Avili Viennensis episeopi, eoram rege Guodebaldo advenus Ariaoofl.
SiiM. (iac). Op. II, 268.
Cette eélébrc eonférenee eat liea le 9 septembre 499. D. Bouquet la reporte à l'année SOI. ( Rtcuëit d«* hist. dës Gaules, t. Il , p. 68. )
GONDEBAUl). — V® SIÈCLE. 227
jours observer aux évéqaes chrétiens que Gloyis, leur prosélyte et leur ami, lui £siisait une guerre déloyale , et s'efforçait d'armer contre lui jusqu'à son frère Godégisèle. Ces plaintes et ces reproches du roi de Bourgogne étaient fondés; c'était un étrange catholique que le prince des Francs : jamais cette religion, dont il s'était Êdt le champion zélé , ne l'empêcha de conmiettre un acte de barbarie; mais Gondebaud lui-même n'ayait eu ni moins de duplicité, ni une cruauté moins grande.
Lorsque Clovis crut avoir assez bien pris ses mesures, il éclata, et envahit le royaume de Bourgogne. Attaqué par ce redoutable ennemi, Gondebaud appela auprès de lui son frère Godégisèle, et marcha contre les Francs. Les deux armées se rencontrèrent auprès de la rivière d'Ouche, entre Langres et Dijon, et bientôt la bataille s'engagea. Les Bourguignons combattaient sans désavantage, lorsque Godégisèle et ses troupes , vendus d'avance aux Francs , se retirèrent du champ de bataille , et , faisant un mouvement de conversion, tombèrent sur les derrières de Tarmée de Gondebaud dont la déroute fut complète ^ Hors d'état de prolonger la lutte, le roi de Bourgogne abandonna Lyon et Vienne aux Francs, et alla demander un refrige aux remparts d'Avignon. Clovis l'y suivit, et fit aussitôt le siège de la ville; mais la place était bien fortifiée, et la garnison nombreuse et résolue : après d'inutiles attaques» les Francs se lassèrent, et Clovis accorda la paix , soit aux prières , soit à l'or du roi de Bourgogne.
Délivré d'un ennemi si redoutable , Gondebaud n'oublia pas son frère : il courut aussitôt à sa poursuite; Godégisèle se hâta de se renfermer dans Vienne avec cinq mille Francs. Il se défendit avec vigueur contre les Bourguignons; mais la ville n'était point pourvue de vivres pour un long siège, et elle souffrit bientôt beaucoup de la famine. Un ordre du prince en fit sortir les
i. — La couduite déloyale de Godégisèle envers son frère est manifeste dans le récit de Grégoire de Tours : «r Audiens Godegiselus Clodotecki régis fictorias , misil ad eum legalionem occulte , dicens : « Si milii ad persequendum fratrem meum pnebueris solatium, ut eum bello interficere, aut de regno ejicere possim « tributum tibi , quale tu ipse relis injungere , annîs sîngalis dissolvam. Quod ille libenier accipiens , auxilium ei ubicumque nécessitas posceret repromisil . Et statato tempore contra Gundobadum exercitum commovit. » {Historia Franconinèf II , iïxii.)