V* SIÈCLE. LES BEAUX-ARTS A LYON
VU , n'habitaient pas Lyon d'une manière permanente : Gondebaud résidait, tantôt dans cette ville , tantôt à Savigny qui en est voisin y et quelquefois à Ambérieux ; Sigismond tenait sa cour à Châlon. Gondemar n'eut pas le temps de choisir définitivement le lieu de son séjour.
C'est pendant les temps de paix , de commerce et de prospérité y que les grands monuments s'élèvent : au cinquième siècle il n'y avait plus d'industrie , on se battait beaucoup, et la propriété était sans cesse en question. Lyon avait besoin, non de palais , mais de fortifications , et il s'agissait encore plus de le défendre que de l'embellir. C'est la nécessité de mettre cette ville à l'abri d'un coup de main qui fit imaginer aux rois de Bourgogne le système de l'enceinte continue. La plus grande partie de la ville occupait encore le plateau de Fourvière et de Saint- Just; elle était défendue à l'Est par la Saône, au Nord par le rocher de Pierre-rScise et par quelques débris de fortifications romaines : les Bourguignons fermèrent la ville par une muraille. La partie basse de la cité , entre le Rhône et la Saône , pouvait être attaquée par la colline de la Croix-Rousse : ils la protégèrent par une ligne de fortifications qui s'étendait de l'une des rivières à l'autre. Une inondation énorme, à la fin du sixième siècle, renversa la muraille sur les points les plus rapprochés du Rhône et de la Saône : ces constructions n'étaient pas sans doute des moyens de défense bien puissants, mais elles étaient appropriées à -la science militaire de l'époque.
Est-ce au temps des Bourguignons , dans la première moitié du sixième siècle, que fut construite la double galerie souterraine de la rive droite du Rhône? Ce canal, qui s'étend de Lyon jusqu'à la hauteur de Miribel , a-t-il été un chemin couvert destiné à mettre la ville en communication avec un château fortifié, placé comme une sentinelle avancée à douze kilomètres de distance .^^ A-t-il été construit comme un moyen de défense de la cité romaine , ou comme une ligne de communication entre deux forteresses qui défendaient les points extrêmes du vaste domaine d'un seigneur féodal ? Cette que.stion n'a point été décidée. Si des considérations péremptoires paraissent démontrer que cette galerie n'a pu être un aqueduc construit du temps des Romains , d'autres paraissent prouver qu'elle n'a pas été davantage un che-
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min couvert destiné à relier aux murs de Lyon le château de Miribel. Sa destination véritable est encore un problème. *
1 . — Le débat tar ta destination de ce canal latéral au Rhône a pris quelque importance » «t l'historien de Lyon ne saurait l'éviler. Il faut d*abord poser les faits :
Lorsqu'on sort de Lyon par la barrière de Saint-Clair , on voit, contre le lalus de la grande route, au point de sou embranchement avec le chemin de Cuire au Rhône , et pendant une longueur de trente mètres, un pied droit qui soutenait la voûte d*une double maçonnerie. A cent mètres environ au-dessus du four ë chauic de Vassieuz , on aperçoit au pied de l'escarpement une galerie couverte à double voôte : son ouverture est à cinquante-six mètres au nord du port de Crépieuz. Ce conduit disparaît sur quelques points, et se montre do nouveau au port de Vassieux ; au-dessous du village de Neyroii , cette galerie se termine par quatre murailles parallèles qui entrent obliquement dans le fleuve. Dans ce trajet , depuis Lyon jusqu'auprès de Miribel , eUe se compose de deux voûtes superposées Tune sur l'autre , larges d'un mètre quatre-vingt-dix centimètres , et hautes chacune de deux métrés quatre-vingt-cinq centimètres; les deux canaux ou voies sont séparés par un mur d'environ quarante centimètres d'épaisseur. Ces ruines sont parfaitement visibles quand les eaux sont basses ; lorsque le Rhône est gros, le courant va battre contre le pied de la galerie. Rien ne rappelle les constructions romaines dans celte galerie i double voûte ; le travail est lourd , grossier , et diffère peu de nos maçonneries communes. On n'a remarqué à l'intérieur ni ciment ni dépôts calcaires, mais on reconnak du béton dans les parements dont les murs sont revêtus. Il y a de distance en distance des renforcements latéraux , et , selon les probabilités , il y avait des tours au-dessus. Ou reste» cette galerie, de douze kilomètres de parcours, ne montre nulle part ni moulures ni ornements quelconques qu'on puisse rattacher à un style d'architecture uu à une date. Quelle était la destination de ce double canal latéral au Rhône , dont l'exécution , quoique extrêmement inférieure à celle des aqueducs du Mont-d'Or ou de Pilât , a dû cependant exiger une grande dépense de temps et d'argent? Après avoir préalablement rejeté les conjectures qui attribuent la construction de cette galerie soit à César, soit aux Sarrasins , on arrive à ces deux systèmes : f* la galerie était un comluit de dérivation pour amener jusqu'à Lyon les eaux de Miribel ou du Rhône ; 2<* c'était une voie miUtaire éuUie entre le château fortifié de Miribel et la ville de Lyon.
1^ Cette galerie n'a pu être un aqueduc; elle n'a point le genre de construction particulier à ces canaux. Au treizième siècle , le sire de Beaujeu avait de grands domaines ; ils s'étendaient jusqu'au sol de la place actuelle des Terreaux ; ce puissant seigneur possédait une forteresse très considérable à Miribel : n*a-t-it pas pu en faire construire une autre au pied de la colline de Saint -Sébastien , et lier par une communication souterraine les deux cliAleauxforts? Telle est l'opinion de Cochard. Flachéron , qui la partage en ce qui concerne la galerie, ne fait remonter qu'au sixième siècle, sous la domination bourguignonne, la construction de la double voie souterraine. Des deux galeries , l'une servait pour l'aller , l'autre pour te retour ; la cavalerie pouvait très bien y passer. Ces deux voies recevaient la lumière de distance en distance , et étaient gardées par des tours. Au sixième siècle , le château-lbrt de Miribel était on poste avancé destiné à couvrir Lyon , et il fallait préalablement l'assiéger et le prendre pour parvenir jusqu'à la ville.
Cette opinion, que le canal latéral du Rhône n'était qu'un chemin couvert entre deux postes militaires, a été renversée par M. Fournet, qui l'a battue en brèche avec des arguments sans réplique. Une telle destination n'a ni probabilités ni vraisemblance, et, pour dire le mot, elle aurait été d'une absurdité palpable. D'abord, la galerie n'étant pas masquée ( il eût été bieu facile de la cacher) , l'ennemi pouvait aisément la découvrir et la détruire. I^our qu'elle eût été ce qu'on entend , une voie militaire , il aurait nécessairement fallu qu'elle se continuât