‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 117 sur 262 · V* SIÈCLE. LES LETTRES A LYON · texte numérisé non relu

V* SIÈCLE. LES LETTRES A LYON

§ IL Le cinquième siècle est une époque de transition* 11 y a encore des sénateurs romains, mais la société antique n'existe

saos lacune jusqu'au cliâleau de Miribel ; mais celte lacune existe , elle est considérable , et, malgré la grande solidité des matériaux , il n'y a aucune trace de raccordement de la galerie au château de Miribel , dans une étendue de trois à quatre mille métrés. Enfin ce chemin militaire n'aurait pas été à Tabri des inondations , non-seulement pendant les grosses eaux , mais encore pendant leur état moyen, dans toute U partie qui environne Neyron. Or, comment supposer une si grande imprévoyance? comment admettre qu'on ait construit pour un service permanent une voie souterraine qui devait être nécessairement interceptée pendant une partie de l'année ?

Je crois que l'argumentation de M. Fournet est sans réplique.

20 Meneslrier, qui a connu le canal latéral du Rb6ne, voit en lui un aqueduc ou coudait de dérivation destiné à conduire les eaux du fleuve de la hauteur de Miribel jusqu'au bas de la colline Saint-Sébastien. Ces eaux n'étaient point destinées à servir de boisson aux Lyonnais, on les employait comme moteur hydraulique pour le service d'usines diverses; elles étaient versées ensuite dans le canal des Terreaux. Ainsi il y aurait eu , à Lyon , deux systèmes d'aqueducs : l'un supérieur pour l'usage de la ville haute , et l'antre inférieur pour le service de certains ateliers dans la plaine. C'était aussi l'opinion de Delorme: scloucet architecte , un aqueduc existait le long du Rhône depuis Lyon jusqu'à Miribel et même jusqu'à Monlluel ; il se terminait à l'angle des rues Puits-GaiUot et du Griffon. Artaud pensait aussi qu'il y avait un aqueduc destiné à conduire les eaux do Rhône dans la naumtchie du Jardindés-Plantes.

Mais les observations et les calculs d'Alexandre Flachépon sont très défavorables à cette opinion. L'aire n'est pas h plus de quatre-vingU centimèti^es au-dessus des basses eaux : un peu plus haut , il est vrai , l'on aperçoit les ruines de quatre murailles qui se dirigent obliquement dans le Rhône ; mais autrefois le fleuve s'éloignait davantage du pied de la montagne qu'il ne le fait aujourd'hui. La hauteur de la chute" aurait été bien peu de chose , et le moteur hydraulique bien impuissant : on aurait construit deux voûtes souterraines de doose kilomètres de longueur pour obtenir des eaux à deux mètres seulement d'élévation. Le système de Meneslrier est insoutenable.

L'opinion que le canal latéral au Rhône , de Miribel à Lyon , était on aquedac destiné à fournir à Lyon des eaux potables , a été reprise et soutenue avec vigueur par M. Fournet ; il appelle cette double galerie l'aqueduc de Neyron. Il était un des rayons de cet immense développement de canaux qui , au temps de la domination romaine , s'étendait autour de Lyon vers le Pilât, vers Sainte-Foy-l'Argentiére , vers le Mont-d'Or et du côté de la Bresse. On ne reconnaît pas dans sa construction le grandiose de Tarchiteclure des Romains ; mais il ne s'agissait point ici d'un édifice monumental , le lieu ne le comportait pas. Quand l'occasion l'exigeait , les ingénieurs romains savaient fort bien faire l'économie de la main-d'ceavre. Rien ne prouve que ce canal n'ait point été bâti au temps de la domination de Rome sur la Gaule : il y a du béton dans l'intervalle des parements des muraiUes ; les tours, s'il y en avait, servaient de logement aux gardiens. Il y avait deux voies ou canaux , pour qu'il n*y eôt pas d'interruption dans le service lorsqu'on travaillait au curage de l'une ou de l'autre. On allègue l'absence d'une pente suffisante ; mais de ce que l'aqueduc de Neyron n'aurait pu alimenter des fontaines monumentales , il ne s'ensuit pas qu'il ne pouvait suffire à des bornesfontaines, à des bouches k eau et èi d'autres usages. Une considération importante doit être placée ici s au temps des Romains , le sol de Lyon était de beaucoup plus bas qu'il ne l'est aujourd'hui ; dès-lors la chute des eaux de l'aqueduc du Rhône était moins feible qu'on ne le suppose.

plus : un ordre de choses nouveau a commencé , et ne s^est pas constitué encore. Des Gotlis, des Francs, des Bourguignons sont mêlés aux descendants des familles patriciennes de Tancienne Italie, et la propriété divisée reconnaît deux ordres de maîtres , les concjuérants et les vaincus. De vives sympathies ont accueilli le christianisme; il s'est répandu dans toutes les classes, et , persécuté longtemps , il est devenu la religion de llStat. Cependant le paganisme vit encore dans le cœur de partisans nombreux; et lui aussi est partout, à Farmée, dans les campagnes, dans les villes, et même dans les plus hauts rangs de cette société mélangée. Auprès des mœurs grossières des Barbares , devenus les maîtres de l'Europe , vit un reste de Turbanité de la vieille civilisation. Même indécision , mêmes incertitudes dans

Mais ropînioii de M. Fouroet peat être combattae par des objections qoi sont d'on grand poids. Que le sol de Lyon se soit exhaussé de trois ou quatre mètres depuis le temps des Romains , on ne saurait le nier; mais celte augmentation dans l'élévation des eaux du prétendu aqueduc de Neyron, est bien peu de chose. On ne peut pas supposer qu'on ait bâti une galerie à double voie de douze kilomètres de parcours , pour n'obtenir qu'un si mince résultat : jamais les Romains n'auraient entrepris un travail aussi considérable pour le service de quelques bornes-fontaines ou de quelques bouches à eau. Il n'y a aucune identité de construction entre le canal latéral du Rh6ne et les conduits analogues qui sont véritablement romains ; un oeil quelque peu exercé ne saurait s'y tromper. Biais d'autres arguments plus puissants encore se présentent. A quelle époque la galerie a-t-elle été faite? Est-ce au temps des Romains du premier siècle? Mais à quoi aurait servi alors l'aqueduc du Rhône? II n'y avait pas de ville basse au pied de la colline Saint-Sébastien , et ce n'est pas pour le service de quelques maisons et de cabanes éparses entre les deii^ fleuves qu'on aurait construit un canal couvert de douze kilomètres. C'est à partir de la domination bourguignonne , c'est-à-dire du cinquième au sixième siècle, que la ville descendit du plateau et du versant de Fourvière dans la plaine. A^ant cette époque, il n'y avait pas lieu d'établir des bornes-fontaines et des bouches à eau sur un sol à peu près inhabité.

Cependant cette galerie souterraine a été bien certainement faite pour servir à quelque chose : la grandeur du travail démontre l'utilité qu'on attendait de lui. S'il faut absolument choisir entre les deux systèmes du chemin couvert, comme défense militaire , et d'un aqueduc de dérivation , je me décide pour le second , avec cette observation que le canal latéral an Rh6oe a été construit , non sous les Romains et par les Romains , mais postérieurement au sixième siècle.

On peut eoiualter, sur ce problème historique, les ourrtges suivants :

MiBwnin. Hbt. eonsulaire de Ljtod.

DiLOtai. Recherches sur les aqueducs.

CocBstD (F.). Notiee sur les voles souterraines , improprement appelées Aqueducs du Rhàne. {Archive* héstoriques dm Mène (1835), tome I, p. 941.

Fucaiaos (Al.). D'une double voie souterraine qui longe les bords du Rhône entre Saint-Clair et Hiribel. (Bévue du lyonnaie (1840), tome XII , p. 137.

LAOtsiT {Théod,). Essai historique sur Miribel. Lyon, Louis Perrin, 1834, in-8^, p. 1-10.

FocutT {A.), S«fr le lit du Rhène i Lyon. {Revue du lyonnais (1843), tome XVI , p. 194.

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