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l'histoire littéraire et ecclésiastique de notre pays. Malgré rafiectation du style et beaucoup de négligences , malgré les défauts de l'ordonnance de l'ouvrage , distribué avec peu de soin et sans égard à la règle des proportions qu'il convient d'établir entre les différentes parties d'un livre , l'Histoire littéraire de Lyon, par le P. Colonia, sera toujours consultée avec plaisir et profit par ceux qui se plaisent aux études fortes et consciencieuses.
Ne traitons pas avec légèreté les ouvrages de ces écrivains; excusons leurs digressions, leurs inexactitudes et la négligence de leur parole, en considération des services qu'ils ont rendus aux annales de la cité. Ils ont défriché péniblement le terrain que nous cultivons aujourd'hui, et c'est grâces à leur inépuisable érudition que nous avons appris à lire sur les débris de quelques vieux monuments l'histoire des temps qui ne sont plus. Ces savants n'improvisaient pas leurs ouvrages; telle charte, tel diplôme, telle inscription leur coûtaient plusieurs années de recherches : nous allons beaucoup plus vite aujourd'hui , mais faisons -nous mieux?
Prolixe , mais rempli d'intelligence , entraîné dans une mauvaise direction par le voltairianisme de son époque, mais doué d'une facilité de conception merveilleuse, Clerjon a droit à une mention particulière. Je rendrai souvent justice à ce jeune historien : esprit plein de sève et d'abondance; épi chargé de grains, à qui il n'a manqué, pour arriver aune maturité brillante, que plus de culture et de plus longs jours.
Aux noms justement vénérés des hommes de science qui ont écrit les annales de Lyon, est venu s'adjomdre, sans mission , mon nom obscur. Historien improvisé ,
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j'ai osé demander une place dans ce cercle où se fait entendre la parole si instructive des Paradin, des Rubys, des Syméoni, des Spon, des Colonia, des Menestrier, des Artaud. Mais, si je n'ai pas leur érudition profonde et variée, j'ai du moins, comme eux, un vif amour pour la gloire de mon pays ; mais Lyon est ma terre maternelle ; le lieu que j'aurais désigné pour y naître, est celui que j'ai choisi pour y mourir; mais c'est que tout m'émeut et me charme dans ma ville aimée, ses temps anciens, son avenir, ses enfants qui sont mes frères et mes sœurs ; ses eaux et ses vertes campagnes, si belles encore à mes souvenirs sous le ciel des contrées étrangères les plus vantées ; mais c'est qu'elle m'a paru bien philosophique, l'histoire de cette cité, si grande dans la prospérité, plus grande encore dans ses revers, et dont les évolutions successives sont le tableau en action des questions les plus élevées de l'ordre social ; mais c'est enfin que, Lyonnais de cœur et identifié avec tous les intérêts lyonnais, j'ai compté, pour faire un portrait ressemblant, sur la fortune de ce pâtre de l'Argolide, qui, sans la moindre notion théorique de l'art de peindre, réussit à reproduire avec vérité les traits de la mère qu'il aimait tant. Voilà pourquoi , écrivain inexpérimenté, j'ai écrit l'histoire de Lyon : bien inférieur à mes devanciers , sous le rapport du talent et de la science, je pouvais cependant être un peintre plus fidèle, et je l'ai essayé.
Les villes s'honorent à juste titre des hommes célèbres qu'elles ont produits; elles aiment à se parer de cette gloire, et on les voit, rivales jalouses, compter avec fierté et s*opposer l'une à l'autre les noms illustres qui ont
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éclos sur leur sol. Lyon a fourni à la France un riche contingent de célébrités : il a donné à l'architecture les deux Delorme, Perrache, Maupin; à la sculpture, Coysevox, les frères Coustou, Chinard, Lemot; à la gravure , les Audran et Pierre Brevet ; aux arts du dessin, Stella, de Boissieu; aux lettres, Menestrier, Brossette, Lemontey; à l'archéologie et aux travaux d'érudition, Symphorien Champier, Spon, Gros de Boze , Mongez, Cochard, Dugas-Montbel, Artaud; à la poésie, Sidoine, Louise Labé, Pernette du Guillet, Vergier, Bordes, Servan de Sugny; à l'imprimerie, Guillaume Leroy, les Gryphe, Roville, Dolet, Jean de Tournes, François Juste, Horace Cardon; aux sciences physiques et chimiques, Bertholon, Christin, Mollet, Jars; aux écoles vétérinaires, Bourgelat, Bredin, Grognier; aux sciences médicales, Pouteau, Petit, Dumas, Sainte-Marie ; aux sciences mathématiques, Fleurieu, Montucla, Ampère; à la botanique, Daléchamp, Gilibert, les Jussieu; à l'art de la guerre, Suchet; à la tribune politique, Camille Jordan; à la jurisprudence, Prost de Royer; à l'industrie. Jacquard; à l'Eglise, plusieurs de ses Pères les plus illustres. De grandes découvertes dans les arts ont été faites à Lyon ; cette ville a vu les premiers essais du thermomètre à mercure, des aérostats et des bateaux à vapeur. Elle a donné le jour à des penseurs profonds, à des philosophes dont les mystiques et rêveuses doctrines ont fait école ; à des magistrats d'un ordre éminent; à Rozier, qui fit de l'agriculture une science, à l'illustre économiste Poivre, et à ce major-général Martin, qui dut à son génie une fortune si singulière, et dont son pays reconnaiSvSant n'oubliera jamais les bienfaits.
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V. A tant de célébrités, je voudrais pouvoir ajouter celles qui brillent aujourd'hui d'un si vif éclat. Bien loin d'avoir démérité, Lyon s'est avancé dans la voie du progrès, et en aucun temps plus qu'aujourd'hui il n'a compté des hommes distingués dans tous les genres. Des considérations que je dois respecter m'interdisent d'écrire ici les noms contemporains de savants professeurs de géologie, de physique et de chimie, dont la renommée est européenne ; de membres de l'Académie, connus par des écrits hautement estimés; de poètes que Paris nous envie; de médecins chargés des couronnes de l'Institut; et celui d'un naturaliste qui décrit en poète , dans un ouvrage de premier ordre, les caractères et les mœurs d'une classe d'êtres organisés dont il a fait l'étude de sa vie entière. Si une grande réserve ne m'était imposée, je me plairais à rappeler ici les titres nombreux à l'estime publique d'un administrateur, homme de cœur et de talent, à qui Lyon doit la plupart de ces améliorations matérielles qui le régénèrent. S'il m'était permis de parler des hommes vivants, je n'oublierais ni ce prêtre , que de bons écrits et un éminent talent dans l'enseignement ecclésiastique ont élevé, jeune encore , au rang des princes de l'Eglise ; ni ce puissant orateur que des succès presque sans exemple au barreau, une facilité d'élocution prodigieuse et une rare intelligence ont porté à l'un des premiers postes de l'Etat; ni ce savant professeur, si remarquable par l'esprit de sa parole, par sa science médicale, par la variété de ses connaissances et par les services qu'il a rendus à la cité au temps diffi-
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cile où il en dirigeait radministration. J'aurais trouvé dans le notariat, dans le barreau et dans la magistrature , des érudits , des philologues et des critiques d'un ordre élevé ; j'aurais nommé ces deux hommes de lettres, hés par le sang et bien plus encore par l'amitié : celui-là, non moins distingué par son goût que par la sohdité de son savoir , excellent critique , prodigue de son temps, et toujours disposé à dépenser pour le service des autres des connaissances dont il lui aurait été si facile de tirer parti pour sa gloire; -celui-ci, patient au travail, plein de sagacité dans les travaux d'érudition, exact comme les savants auteurs de l'Art de vérifier les dates, qu'il a imités avec bonheur; tous deux habitués à voir leurs noms unis, comme le sont leurs cœurs, et que j'aurais associés avec tant d'empressement dans l'expression de ma profonde gratitude pour les services littéraires qu'ils m'ont rendus. Combien j'aurais aimé à citer ce grand écrivain, profond penseur et métaphysicien d'élite , dont Paris s'est emparé depuis si longtemps, et ce savant magistrat, si versé dans l'étude des origines des peuples, de même que dans la science des lois, et si compétent pour écrire l'histoire curieuse de son pays! Pourquoi ne puis-je désigner, parmi les artistes contemporains, ce peintre au coloris si chaud et si vrai , qui , après avoir débuté par d'éclatants succès, s'est défié de ses propres triomphes, et est allé recommencer son éducation à Rome , patrie des arts , d'où il a rapporté un talent si correct et si pur ? N'aurait-il donc pas droit aussi à une mention spéciale, cet imprimeur, plein d'amour pour son art , à une époque où la typographie , déchue de la splendeur dont
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elle brillait à Lyon au seizième siècle , ne sera bientôt plus qu'un métier, dessinateur au crayon fin et spirituel, véritable artiste dont les presses renommées ont produit les livres les plus beaux et les plus soignés que cette ville ait vu paraître depuis le temps si regrettable des Sébastien Gryphe, des de Tournes et des Dolet? ]N aurais-je donc pas encore à inscrire au rang des illustrations lyonnaises des peintres de genre et de portraits, des sculpteurs , un graveur et des architectes , dont Lyon s'enorgueillit à juste titre? Ne vois-je point, parmi la jeune génération littéraire, des médecins auteurs d'ouvrages déjà recherchés, des avocats pleins d'avenir, et un savant qui continue par un magnifique travail archéologique la célébrité d'un nom bien cher aux arts? Mais ces hommes sont vivants ; ce sont mes contemporains; plusieurs sont mes amis; ils n'appartiennent pas encore à l'histoire, et je dois céder leur éloge à la plume plus habile de mes successeurs.
Dira-t-on encore que Lyon, ville de commerce, est un sol hostile aux sciences et aux arts? On lui accorde quelque supériorité dans la carrière de l'industrie, mais on lui refiise le sentiment du beau et le goût des hautes études : c'est, a-t-on dit quelquefois, la Béotie de la France. Cette grande cité n'est peuplée , pour quelques écrivains , que d'ouvriers et de boutiquiers : on n'y sait qu'une chose, selon eux, le prix de l'or; on n'y recherche que le gain , et la soif de la richesse résume tous les instincts de cette ruche de marchands. Dans un temps voisin du nôtre, un ministre envoyait à Lyon un professeur de beaucoup de mérite : ce J'aurais ce désiré pour vous un autre théâtre, lui dit-il en le congé-
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« diant; vous n'aurez pour auditeurs que des épiciers. » Lyon a protesté avec éclat contre des imputations si ridicules; nulle part, même à Paris, un auditoire plus distingué et surtout plus nombreux ne s'est condensé autour d'une chaire. Des cours scientifiques, arides en apparence, ont été suivis par la population lyonnaise avec l'empressement le plus soutenu. Bientôt les amphithéâtres sont devenus trop étroits ; la salle immense de l'Hôtel-de- Ville n'a pu recevoir qu'une partie de l'auditoire d'un orateur éloquent qui a vu se renouveler pour lui, à Lyon, les triomphes de cet Abailard dont les églises les plus vastes ne pouvaient contenir les trop nombreux . disciples. Nulle part les facultés des sciences et des lettres n'ont eu un succès si beau, nulle partie haut enseignement n'a vu germer avec plus d'abondance les idées qu'il avait semées. Et ce ne sont pas seulement les jeunes hommes des écoles qui se montrent si avides d'instruction ; une grande aflfluence de Lyonnais de tous les âges , comme de toutes les conditions, compose le brillant auditoire des professeurs. Retenu dans la semaine par son travail , l'ouvrier ne peut suivre les cours pubhcs et fréquenter les bibUothèques ; mais, le dimanche, il encombre les musées. La ville de Lyon est-elle donc insouciante pour les lettres, et affirmera-t-on toujours que les sciences et les arts y languissent, délaissés par une population ignorante et apathique ? Signaler l'ardeur de ses habitants pour tout ce qui peut enrichir et agrandir leur inteUigence, n'est-ce pas ajouter un trait nécessaire à l'esquisse des mœurs lyonnaises au dix -neuvième siècle?
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VI. Puis-je maintenant parler de vous sans manquer aux convenances, ô mes concitoyennes! Conduit par mon sujet à des recherches d'érudition assez souvent d'un intérêt médiocre , j'ai eu toute liberté pour discuter un texte ou pour commenter un fragment d'inscription, et peut-être ai-je abusé de mon droit. Une latitude indéfinie m'a été donnée pour des éludes peu attrayantes d'archéologie, et il me serait interdit, à moi qui voudrais peindre les mœurs encore plus que les monuments^ de vous accorder quelques lignes? O belles Lyonnaises, un grand écrivain l'a dit : l'histoire des mœurs est surtout celle de la femme; n'êtes -vous pas l'expression la plus fidèle comme la plus gracieuse de la civilisation de notre cité, dont le tableau est un de mes premiers devoirs? L'histoire de Lyon n'est-elle donc pas un vaste champ émaillé de femmes jolies et spirituelles, dont plusieurs ont obtenu les honneurs de la célébrité? N'avez -vous pas été vantées par d'anciens écrivains dont la parole fait autorité, et n'y a-t-il pas eu dans tous les temps , sous la Monarchie , sous l'Empire , sous la Restauration et depuis, des Lyonnaises qui sont devenues par leur exquise beauté des personnages historiques? Mais que j'aime bien mieux louer en vous un mérite qui ne passe jamais et qui vous caractérise plus fidèlement encore, la bonté du cœur! N'êtes-vous pas les amies du pauvre, l'espoir des malheureux, et n'est-ce pas à vous que Lyon doit la renommée d'être la ville qui sait le mieux pratiquer la bienfaisance? N'est-ce donc pas vous, bonnes et pieuses Lyonnaises, que la Providence a placées dans cette cité de douleurs et de