Lettres, I. V, 16 ; trad. de MM. Grégoire et CoUombet
2. — Il parait, disent les Bénédictins, aateurs de VHiatoire littér. de fa Fiance , qu'il conserva beaucoup d'union et de familiarité avec sa femme ; mais on ne peut pas douter qu'elle ne fût devenue sa sœur, selon l'ordre des canons. (Tome II, p. 555.)
lités du genre épistolaire , Fabandon et le naturel. Sidoine court après l'esprit, et ne le rencontre pas toujours; il est parfois afiecté, forcé, prétentieux : sa langue est dure, obscure; c'est une latinité déjà barbare. Et cependant la lecture des lettres de Sidoine plaît, instruit et intéresse : il y a , dans ces entretiens du savant évêcjue avec ses amis, de l'imagination , du trait, et quelquefois des mots qui échappent de son cœur. Je l'ai dit déjà , ses défauts sont bien moins à lui qu'à son siècle : né sous Auguste , il aurait été un des hommes de lettres les plus éminents de cet âge. Ce qui lui manque , ce n'est pas le génie , c'est le goût : il a quelque chose de Sénèque; comme cet écrivain, Sidoine est parfois déclamateur , et il recherche les antithèses et les jeux de mots ; il ne faut lui demander ni la correction , ni le fini. Mais il réussit souvent à rendre des pensées originales dans un style qui n'est pas toujours dépourvu de grâce , et à mettre en relief des images tantôt douces, tantôt énergiques. Sidoine parle de lui, de ses voyages, des afiaires du temps. Une de ses lettres les plus remarquables est celle dans laquelle il raconte le procès et la condamnation de son ami Arvandus , déféré à la justice oublieuse de Rome pour les concussions qu'il avait commises : elle fait honneur au cœur et à l'esprit de l'évêque de Glermont ; c'est Gibbon qui fait cette remarque. « Le malheur d' Arvandus m'afflige . dit « Sidoine, et je ne dissimule pas le sujet de mon affliction; ce t( qui met le comble à la gloire de l'empereur , c'est qu'on peut « aimer ouvertement ceux qui ont été condamnés à la peine ca- « pitale. » Sidoine avoue là légèreté et la faiblesse du caractère de son ami , dont il avait prévu depuis longtemps la ruine. Après avoir géré sa première préfecture avec honneur , au milieu de l'aftection publique, Arvandus , accablé de dettes , se livra , pendant la seconde , aux exactions les plus criantes. A ce crime , excusé par les habitudes du temps , il ajouta la trahison : son secrétaire adressa par son ordre une lettre au roi des Goths pour dissuader ce chef barbare de faire la paix avec l'empereur d'Orient , et pour le convaincre que , selon le droit des gens , les Gaules devaient être partagées entre les Goths et les Bourguignons. Cet écrit fut intercepté , et l'imprudent préfet accusé par sa province devant le sénat. La gravité de sa situation ne diminua point son orgueil : Arvandus , élégamment paré , brava ses accu-
sateurs en deuil , et décida lui-même de son sort par l'imprudence de ses aveux. On le condamna au dernier supplice ; mais les sollicitations de Sidoine et d'autres amis puissants obtinrent de la clémence de l'empereur que la peine capitale serait commuée en celle de l'exil. On a cité plus souvent encore la lettre dans laquelle Sidoine fait la description de la personne et des habitudes de Théodoric : c'est un monument historique et un modèle de narration. Elle est fort longue, et abonde en détails mi* nutieux peut-être , mais curieux , sur la cour à demi-barbare d'un de nos premiers rois, un demi-siècle après l'invasion de la Gaule par les hordes des Visigoths. Sidoine n'excite pas moins d'intérêt lorsqu'il raconte le mariage du patrice Ricimer , et quand il fait la description de sa terre d'Avitacum.
Ses poésies furent publiées avant ses lettres : il les réunit en
un recueil , à la. prière de Félix , fils de Magnus. On y remarque
trois morceaux capitaux : ses panégyriques des empereurs Avitus,
Majorianus et Anthémius ; son excuse au consulaire Félix , et
grand nombre de pièces diverses ; aucune n'a beaucoup d'étendue.
Sidoine porté jusqu'à l'abus l'emploi de la mythologie païenne :
il met tout l'Olympe à contribution pour célébrer ses héros. Ses
panégyriques se recommandent peu par l'invention : ce sont des
notices biographiques en style déclamatoire, mais quelquefois
brillant d'images et de pensées. Us se ressemblent beaucoup tous
les trois. Cependant Sidoine avait beaucoup d'imagination : il y
a de la grâce et du trait dans plusieurs de ses épigrammes ; sa
versification a un défaut opposé à celui de sa prose, elle est trop
négligée. Sidoine était un véritable improvisateur ; il faisait des
vers sans travail , sans préparation , sur le premier sujet qui se
présentait, et s'applaudissait de cette facilité qui. est si rarement
heureuse : « Puisqu'il est question de festins , écrit Sidoine à son
« ami Tonantius , et que tu me demandes avec tant d'empresse-
« ment des vers composés sur quelque sujet que ce soit et pour
« une personne quelconque , je ne peux hésiter plus longtemps
« à satisfaire ton désir. Reçois donc ceux que j'improvisai du
« temps de Majorianus Auguste , à l'occasion du livre de Pétrus,
« grand-maître des lettres. Un de mes amis m'avait invité a sou-
« per avec Domnitius, Sévérianus et Lampridius, que l'empe-
« reur avait appelés de différents lieux en une même ville , et qui