V* SIÈCLE. — LITTÉRATURE A LYON
« se trouvaient alors réunis en un même repas. Tandis que le c< roi du festin donne ses ordres pour le premier service , mes « trois convives écrivaient aussi des vers comme moi. Que dis-je? « c'est trop de présomption : ils écrivaient des vers meilleurs que « les miens. La seule chose qui nous retarda , ce fut le temps que » nous mîmes à tirer au sort le mètre qui devait échoir a chacun a de nous. Par égard les uns pour les autres , quoique nous eus- « sions à traiter le même sujet, nous convînmes pourtant de le <i traiter en mètres divers , afin d'épargner à celui dont la pièce « aurait été inférieure à celles des autres, l'humiliation d'abord, <i et ensuite l'envie K » Ces combats littéraires paraissent être dans la destinée des poètes lyonnais, dont aucun ne fiit improvisateur aussi distingué que Sidoine. Dans une circonstance bien différente , l'évêque de Clermont , au moment de monter eu chaire , s'aperçut que le sermon qu'il devait y lire lui avait été dérobé : il ne se déconcerta nullement, prit la parole et parla avec autant d'abondance que de méthode et de clarté. Son talent poétique était fort loué , trop peut-être , par ses contemporains. Tonantius, auquel Sidoine adressait ses vers improvisés , comparait son ami aux plus grands poètes de l'antiquité , et lui accordait même la préférence sur plusieurs d'entre eux. La postérité , malgré sa synipathique bienveillance pour la poésie de Sidoine, n'a pas confirmé un éloge aussi flatteur.
Tous les ouvrages de Sidoine ne sont point parvenus jusqu'à nous : son recueil de lettres n'est qu'un choix parmi grand nombre d'autres ; on n'a aucune de celles qu'il écrivit pendant les six dernières années de sa vie ; beaucoup de pièces de vers ont été perdues. L'évêque de Clermont avait commencé une histoire d'Attila et une relation du siège d'Orléans : il y renonça. Vivement invité par Léon, ministre d'Euric, roi des Visigoths, à écrire les annales de son temps , il s'y refiisa, objectant qu^il ne convenait point à un prélat d'écrire l'histoire.
Sidoine occupe une grande place dans le tableau 4^ la littérature au cinquième siècle : il la résume en quelque sorte, et en est le personnage le plus éminent. Lyon s'honore avec raison d'avoir vu naître un homme qui allia de hautes vertus aux dons les
1. — Sidoine. CEuTreti, trad. de MM. Grégoire el Collombct, lomc II, p. 435.
pins précieox de Tintelligence , et fat non-seulement un écrivain très distingué , mais encore un saint prêtre et une des gloires du christianisme. ^
$ m. Lyon , au cinquième siècle , était redevenu une ville lettrée : un monarque bourguignon , Gondebaud , avait un goût prononcé pour les sciences et pour ceux qui les cultivaient; il était éloquent, et c'est sans doute avec son agrément qu'une école de rhétorique s'établit et prospéra dans la métropole de ses états. Un professeur habile, Viventiole, qu'il ne faut pas confondre avec l'évêque du même temps et du même nom , était à la tête de cet enseignement. Il étudiait avec application les grands écrivains de l'antiquité, dédaignés à cette époque de décadence, et citait souvent les poètes grecs et latins dans ses leçons. Viventiole portait jusqu'au purisme son goût en littérature : il blâma beaucoup l'évêque de Vienne, Avit, qui, dans un sermon prononcé à Lyon, avait fait longue la pénultième du mot potitur qui est brève dans Virgile. Avit ne convint pas de son tort , et prouva au rhéteur que Virgile , en cette occasion , s'était permis une licence poétique 2. Eusèbe, au temps de Sidoine, enseignait avec éclat la philosophie à Lyon , tandis qu'Hoène et Victor professaient la poétique. Héron, célèbre par son talent pour la versification , était leur contemporain. C*est aussi à la même époque que vivait Secundinus , autre poète lyonnais , dont les ouvrages étaient fort recherchés. Il excellait dans les vers satiriques , et à un degré tel que Sidoine a dit de lui : « Ferventis falmen ingenii et eloquii « salsa libertas. » Il avait décrit en beaux vers les chasses royales, et composé beaucoup d'épithalames. Témoin de la prise de Lyon, sa patrie, par les Bourguignons , Secundinus se vengea en poète : il flétrit en beaux vers la cruauté de Gondebaud envers Chilpéric et Gondemar, ses frères. D'autres vers de Secundinus ornèrent la belle église que Patiens avait fait bâtir. Malheureusement, rien
I. — Voyex 8ur SidoÎDc les savaules noies du P. Sirmond, V Histoire littéraire delà France^ la G9lUa ehrêêtiùnaj Cokmîa , la Nuiice de M.'Beachot dans la Biographie universetU , et celle de M. Nrîcaud , dans le l«r vol. des 06«rres de Tétèque de Clermont , éd. donnée par MM. Grégoire et Collonbet.
i. ~- Avit , Lettre LV. Histoire littér. de la France , tome III, p. 21.