‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 122 sur 262 · S54 V® SIÈCLE. VIE PRIVÉE DES LYONNAIS · texte numérisé non relu

S54 V® SIÈCLE. VIE PRIVÉE DES LYONNAIS

ne nous est resté de ses nombreuses poésies , et son talent ne vit plus que dans les lettres de Sidoine, son ami.

Vers la fin du cinquième siècle, Lyon était considéré comme l'école publique des sciences en deçà des mers ( publicum citramarini gymnasium) : il fallait y avoir étudié pour obtenir le droit de professer ailleurs '. Claudien Mamert, et son frère l'archevêque devienne , appartiennent à cette époque brillante de notre histoire Uttéraire : l'hymne célèbre Pange lingua gloriosi est de Claudien.

Un avocat profond en jurisprudence, Flavius Nicetius, ne doit point être oubhé dans cette liste de célébrités : son mérite était extraordinaire , et il a été considéré comme un des hommes les plus judicieux et les plus éloquents de ce siècle. Était-il lyonnais ? le P. Sirmond l'afl&rme, et les savants auteurs de l'Histoire httéraire de la France paraissent le croire. Nicet parlait en public avec une élocution brillante ; il fut avocat et préfet du prétoire : Sidoine lui donne les titres de clarissime et d'illustre. Lorsque Austère fut promu au consulat, en ù49, les avocats désignèrent à l'unanimité Nicet pour être l'orateur qui devait prononcer, dans une séance solennelle , le panégyrique du nouveau dignitaire. Ce fiit un triomphe oratoire pour l'éloquent assesseur: jamais il n'avait été mieux inspiré.

Les sciences étaient cultivées avec quelque succès au cinquième siècle : Aristote et Phne représentaient toujours les sciences na« turelles, qui ne pouvaient faire de progrès dans un siècle entièrement étranger à l'art d'observer. Galien et ses doctrines régnaient en médecine ; il n'y avait point de chimie , et l'astronomie était demeurée au point où les anciens l'avaient laissée. Gondebaud , roi de Bourgogne , demanda à Théodoric , roi des Ostrogoths en Italie , une clepsydre , ou horloge à eau y, qu'on ne connaissait point encore à Lyon. Théodoric la lui envoya,^ avec une autre machine du même genre , qui marquait tous les mouvements des

1. '^ « ... Ea lempestate LugdaneDSÎuiu civitai prima ac prsecipoa Galliaroin , profeasione quoque tcientiœ, artiamquc disciplina , inter omnes extulcrat caput. » (Hiiuciis Aot. , tU FUa S. Get^ant), Noo-sealemont Lyon était renommé comme l'école des leltrea et det beauxarts , il passait encore pour le séjour de la sagesse t « Sapientia Lugduoi sibi aliqaaodîu (amiliare cousisloriiun collocavit. >•

cieux. 11 les fit accompagner par les ouvriers qui les avaient construites , afin qu'ils enseignassent la manière de s'en servir.

$ rV. Le tableau des mœurs et de la vie privée des Lyonnais, au cinquième siècle, peut être retracé avec fidélité , d'après quelques monuments contemporains , au premier rang desquels il faut placer les ouvrages de Sidoine. Rien n'était plus étrange que l'aspect de la société à cette époque ; elle se composait d'éléments très disparates: d'une part, les anciens propriétaires du sol, en grande partie dépossédés par la conquête , et réduits à la condition de colons; des paysans sans droits politiques et en grande partie esclaves , et quelques familles riches d'anciens sénateurs pour représenter l'empire romain; d'autre part, des Barbares à demi-civilisés , grossiers , gourmands , grands parleurs , point trop oppresseurs , et comme étonnés de leur puissance. Ce qui reste de l'antique civilisation se prosterne devant la force personnifiée dans les Goths et les Bourguignons. C'est la religion du Christ qui gouverne la majorité de ces populations mélangées ; mais le paganisme est honoré en secret et regretté par beaucoup. Une lettre de Sidoine peut être citée conmoie l'expression d'une scène de la vie intérieure des chrétiens de Lyon , dans ces temps. On avait, avant le jour , fait la procession annuelle au milieu d'une immense population des deux sexes , que ne pouvaient contenir la basilique et la crypte , quoique entourées d'immenses portiques, Après que les moines et les clercs eurent, en chantant alternativement les psaumes, célébré Matines, chacun se retira de divers côtés , pas très loin cependant , afin d'être tout prêts pour Tierce , lorsque les prêtres diraient le service divin. Les étroites dimensions du lieu , la foule qui se pressait , et la grande quantité des lumières , suffoquaient les fidèles ; la pesante vapeur d'une nuit encore voisine de l'été, quoique attiédie par la première fraîcheur d'une aurore d'automne , avait encore échauffé cette enceinte. Tandis que les diverses classes de la société se dispersaient de tous côtés , les principaux citoyens allèrent se rassembler autour du tombeau du consul Syagrius , qui n'était pas éloigné de la portée d'une flèche. Quelques-uns s'étaient assis sous l'ombrage d'une treille formée de pieux qu'avaient recouverts les pampres verdoyants de la vigne : « Nous nous étions étendus sur ui\

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