V® SIÈCLE. — VIE PRIVÉE DES LYONNAIS
« vert gazon embaumé du parfiim des fleurs, dit Sidoine; la « conversation était douce, enjouée, plaisante: en outre, ce qui <c était le plus agréable , il n'était question ni des puissances , ni c< de tributs ; nulle parole qui pût compromettre , et personne « qui put être compromis. Quiconque pouvait raconter en bons <c termes une histoire intéressante , était sûr d'être écouté avec « empressement; toutefois on ne faisait point de narration suic( vie , car la gaîté interrompait souvent le discours. Fatigués <t enfin de ce long repos , nous voulûmes faire quelque chose : « bientôt nous nous séparâmes en deux bandes selon l|^s âges , « et nous demandâmes , les uns une paume et les autres des dés. « Pour moi, je fus le premier à donner le signal du jeu de « paume, car je l'aime autant que les livres. D'un autre c6té, « mon frère Domnitius, homme rempli de grâce et d'enjouement, « s^était emparé des dés , les agitait et les frappait de son cornet, « comme .s'il eût sonné de la trompette , pour appeler à lui les « joueurs. Philimathius , fatigué , s'était assis , et la sueur l'avait « forcé à demander de l'eau pour se laverie visage; on lui en « présenta , et en même temps une serviette chaînée de poils, « qui , nettoyée de la saleté de la veille , était par hasard sus- <i pendue sur une corde tendue par une poulie devant la porte à « deux battants de la petite maison du portier. Philimathius dec( manda à Sidoine des vers improvisés sur l'étoffe qui lui ren- « dait cet office , et la verve du poète ne lui fit pas défaut. » *
Cette lettre apprend beaucoup sur l'état de la société gauloise au cinquième siècle : on sent percer je ne sais quelle inquiétude au travers de la joie qui anime ces amis. Il est tacitement convenu entre eux qu'on ne parlera pas des puissances; on se taira sur les impôts, dont le peuple était accablé , et chacun aura soin de ne rien dire qui puisse le comproijaettre. Ainsi, il y avait des précautions à prendre même dans l'intimité : si les conquérants du Lyonnais n'abusaient pas toujours de la force brutale, ils pouvaient le faire d'un moment à l'autre , et à la moindre occasion; les vaincus ne se livraient à quelque plaisir que sous le bon vouloir des vainqueurs. Au récit des jeux qui délassent quelques Lyonnais , il faudrait joindre , pour caractériser l'époque , celui
1 Livre V, I. xvii, éd. ciléc , lome II , p. 59. [