VIE PRIVÉE DES LYONNAIS. — V* SIÈCLE
dés fêtes et des orgies de leurs vainqueurs , grossiers dans leurs goûts , grands mangeurs , grands buveurs , et se livrant sans retenue aux écarts de leur joie bruyante.
On apprend encore autre chose dans la lettre de Sidoine, déjà évéque de Glermont lorsqu'il récrivit. Deux races , Fune conquérante et l'autre conquise^ étaient en présence; il y avait, pour quelques-uns des vaincus , un moyen de relever leur position : c'était de parvenir aux dignités de l'Eglise. « De grands seigneurs, « chrétiens à peine, d'anciens préfets des Gaules, des hommes c( du monde et de plaisir devenaient souvent évéques ; ils finisce saient même par y être obligés , s'ils voulaient prendre part «< au mouvement moral de l'époque , conserver quelque impor- « tance réelle, et exercer quelque influence aciive. Mais, en dece venant évéques, ces hommes ne dépouillaient pas complètece ment leurs habitudes, leurs goûts : le rhéteur, le grammairien, « le bel esprit , l'homme du monde et de plaisir ne disparaisc< saient pas toujours sous le manteau épiscopal, et les deux Ci genres de moeurs se trouvaient quelquefois bizarrement rapcc proches. » •
La dépendance des colons et des esclaves était grande à cette époque : on en trouve la preuve dans les écrits du temps, et surtout dans une lettre de Sidoine à son ami Pudens. « Le fils « de ta nourrice , lui écrit-il , a enlevé la fille de ma nourrice.... ce Tu demandes l'impunité pour cette faute criante : je te l'accc corde , à condition que , devenant patron de maître que tu « étais , tu afiranchiras le coupable de son esclavage originel. ce Quant à cette femme , elle était déjà libre; elle ne paraîtra pas «c alors victime de la passion , mais épouse légitime, si toutefois c< le ravisseur , pour lequel tu supplies , devenu client de tribu- « taire qu'il était, commence à jouer le rôle de plébéien plutôt « que de colon *. » La religion chrétienne avait proclamé le principe de la liberté politique ; mais dans la pratique il y avait encore des esclaves et des maîtres, et bien des siècles devaient s'écouler avant que l'unité de condition devînt la base de Fétat social.