‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 127 sur 262 · V^ SIÈCLE. — EGLISE DE LVON · texte numérisé non relu

V^ SIÈCLE. — EGLISE DE LVON

philosophie du siècle '. Ces évêques de Lyon étaient de grands moralistes ; ils avaient vu la chute de Tantique société, et assisté aux plus grandes catastrophes dont l'histoire ait conservé le souvenir : un tel spectacle éveillait en eux de grandes pensées, et donnait beaucoup de puissance à leur parole. Eucher connaissait beaucoup le monde , il en parle avec parfaite connaissance de cause ; sa piété n'est ni mystique ni trop austère ; elle s'exprime dans un langage simple et cependant élégant, qui fait aimer la religion. La véritable philosophie a rarement eu un interprète plus agréable et plus sensé.

Patiens succéda à Eucher sur le siège épiscopal de Lyon : à quelle époque ? on ne le sait point d une manière positive ; mais il était bien certainement évêque vers 470. Ce saint prêtre avait une charité qui fut remarquée d^ns un temps où cette vertu n'était pas rare ; il se dévoua sans réserve aux pauvres et leur rendit d'immenses services, ainsi qu'aux Bourguignons euxmêmes , pendant une année de famine et de misère. Sa fortune , très considérable, lui permettait une libéralité de prince; il en fit le plus noble usage. On vit de toutes parts les chemins couverts de chariots chargés de pain , et des greniers se remplir de blés qui étaient bientôt distribués gratuitement aux indigents de la part de l'évêque. Son zèle pour la conversion des Ariens était vif, et tempéré par une grande prudence. On cite un exemple remarquable de sa fermeté dans la discipUue ecclésiastique : il alla consacrer Jean, évêque de Chalon-sur- Saône, et maintint cette nomination, malgré les intrigues de trois indignes rivaux. C'est par déférence pour les instances de Patiens , qu'un savant prêtre de Lyon , Constantius , écrivit la vie dç Germain , un des monuments littéraires de ce

I . — La première de cet lettres porte ce titre : « De Laude erenii , seu de Vita tolitaria ; • et la seconde celui-ci : «• De Contemptu mundi et secularis philosopbiae. » Erasme a fait un grand éloge de ce dernier écrit ; il le préférait k tous les autres ouvrages des saints Pères s m Instat argumeotis , mire pungit epiphoneroatibus , détectât et movct scntcntiis... Isocralis schematibus modulata , structa picturataque est oratîo, ut nusquam frigeat. » (L. UI , contra Grœc.) -

Je reoToie à VHiUoire littéraire de la France , tome II , p. 275 , riiidication des autres ouvrages d'Eucher.

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temps. Germain avait habité Lyon quelque temps , et s'y était distingué par des prédications éloquentes ; son nom y était en grand honneur. Ce prêtre se rendait à Arles , et allait demander au préfet du prétoire , Âuxiliaris , une réduction des impôts qui accablaient le peuple d'Auxerre. Lorsque Germain quitta Lyon et s'embarqua sur le Rhône , il trouva sur son passage une double haie de malades qui espéraient de lui leur guérison. Sidoine adressa une de ses lettres à Patiens; il l'appelle pape, titre qui était donné alors à tous les évéques. Il parle de lui en termes très honorables dans sa lettre à Hespérius * : « On vient de bâtir, « dit-il, à Lyon, une église magnifique; elle est due à la soUi- « citude du pape Patiens, homme pieux , austère , compatissant, « dont l'inépuisable munificence et l'humanité pour les pauvres « annoncent la haute vertu. Â la demande du pieux évéque , « j'ai fait graver , à l'extrémité de cet édifice , des vers à triple « trochée , écrits à la hâte , genre qui m'est encore familier et « dans lequel tu excelles. Les hexamètres de deux poètes illus- « très , Constantius et Secundinus , embellissent les côtés de la « basilique voisins de l'autel. » Sidoine fait une description brillante de ce temple : « Il n'est tourné ni vers la droite ni vers « la gauche, et sa face regarde l'Orient équinoxial. La lumière » étincelle au dedans ; le soleil est attiré par des lambris resplen- « dissants, et reflète sur le jaunâtre métal ses rayons dorés. Des « marbres d'espèce variée ornent la voûte, les fenêtres et le « pavéjfCt, sous des figures peintes, un enduit d'un vert prince tanier fait briller des saphirs sur "des vitraux verdoyants. c< De superbes colonnes en marbre d'Aquitaine supportent un « triple portique qui forme l'entrée du temple : au fond du beau « vestibule, sont d'autres portiques semblables au premier; et « une forêt de colonnes qui se déroulent au loin, environne la « grande nef. D'un côté est la voie publique; TArar coule devant « l'autel. C'est vers le temple que se retournent le piéton , le « cavalier, et celui qui dirige un char bruyant; c'est vers le »< temple que le choeur des matelots inclinés élève la voix en €t saluant le Christ : les rives, cependant, répètent de joyeux « Alléluia. Chantez, chantez ainsi, matelots et passants : voici

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