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époque : douce , éclairée et d'un haut mérite, elle ne se servit de son influence sur Childebert , son époux , que dans Tintérêt des maUieureùx. Les actes de Bathilde disent de la bonne reine : qu'elle était la mère des orphelins , la consolation des pupilles , le soutien des pauvres et la protectrice des serviteurs de Dieu *. Sa renommée de piété était si grande , que les populations, dans leur foi naïve, lui attribuèrent des miracles. Ultrogothe était allée au tombeau de saint Martin , à l'exemple de Bathilde ; elle passa la nuit à veiller, à prier et à J)leurer , et trois aveugles recouvrèrent subitement la vue. Cette légende prouve du moins
cxceptio peregriiiornin , secundum iodilam inslilulioneni , iu^îolabili semper stabilitate permaoeat. Quod si quis quolibet tempore , cajasiibet potestatis vel ordinis persona , contra liane coDStitulionem nostram venire teolaverit, aut aliquid de consuetudine vel facultate xenodochii iptius abstulerit , ut xenodochium , quod avertat Deus , esse desioat , ut necator pauperum îrrevocabili anathemate feriatur. » (CoHciLioauM tomus undecioins. ParisHs , 1644, p. 539.)
Le concile d'Orléans eut lieu en 549, sous le pontificat de Vigile. Justinien régnait en Orient, et Childebert était roi des Francs.
On a remarqué rauathème solennel prononcé par les Pères du concile contre quiconque oeerait envahir ou détoumer le bien des pauvres. L'H6tel-Dieu de Lyon , au sixième siècle , ressemblait fort peu sans doute à celui qui existe aujourd'hui ; il n*avait pas autant de reasources, et ne soulageait pas, à beaucoup près , autant de misères. Aussi ne dispensa-t-il pas de la fondation d'un nombre assez grand d'hôpitaux spéciaux, tels que ceux des Deux-Amants, de Sainte-Catherine , de Saint-Alban , du port Cbalamont , de Saint-Irénée. Chacun avait sa destination particulière : celui-là recevait les vieillards infirmes , celui-ci les pèlerins sans ressource ; plusieurs étaient consacrés au traitement de la lèpre , maladie terrible , alors fort commune , et qui n'existe plus depuis longtemps. Ainsi, dés le sixième siècle , Lyon présente cette profusion d*œuvres de charité qu'on y admire aujourd'hui.
1. — « Nutrix orphanorum, consolatrix pupillorum, susteutatrix pauperum etDeiservorom, atque adjotrix fidelium monachorum. » (Fragmenta de rébus pie gestU ; ( duChesne, I, 668.)
L'Administration des hôpitaux de Lyon a fait ériger eu 1819 deux statues colossales , l'une ^ la reine Ultrogothe , l'autre au roi Childebert ; elles décorent la façade de l'Hôtel- Dieu sur le Rhône : celle du roi est de M. Prost , celle de la reine est une œuvre de beaucoup de talent due à Charles , jeune sculpteur, qui a peu produit. Ces deux statues furent données à i'Uôtel-Dieu par un ancien administrateur, M. Godinot; elles remplacent avec avantage celles qui existaient sur la même façade avant 1793 , et que le vandalisme révolu^ tionnatre avait renversées.
Une médaille de Childebert parait avoir été frappée h Lyon ; elle est citée dans le Traité des Moimoies de Leblanc (page 31). La légende porte : Lvgdvmo fit.
Des vers de Veoantius Fortunatus et l'Histoire de Grégoire de Tours prouvent que ta. femme de Childebert s'appelait Ultrogothe , et non Ultrolhe, comme on Ta prétendu :.
Possideas felix hae , Ultrogolho, p«r œvoB » Cum geminis natif tertia mater oTans.
(PotTVRATi Carmina hUtoriea , de Horto Ultrogothonit JvgiiiK.).
combien les malheureux espéraient dans les vertus dont Ultrogothe donnait l'exemple. L'érêque de Lyon, comme on l'a vu plus haut, ne s'adressa point en vain à la piété de la reine ; il en obtint la fondation d'un des plus magnifiques établissements de charité qui aient existé jamais.
Sacerdos s'était rendu à Paris pour solliciter auprès de Ghildebert une grâce qu'il avait à cœur : il y tomba malade; informé de son état , le roi aUa le voir et reçut sa demande avec bonté. L'évéque désirait que son siège épiscopal fôt substitué à son neveu Nizier : il obtint cette grâce; rentré à Lyon, il continua sa vie de bonnes œuvres et de dévouement aux pauvres. On croit que Sacerdos a bâti l'église St-Paul, et deux autres temples, ceux de St-George et de Ste-Eulalie. *
Clotaire hérita de ses trois filles, mortes sans enfants mâles , et réunit toute la monarchie des Francs ; mais un nouveau partage eut lieu entre ses quatre fils (562). Ces princes mérovingiens ne démentirent pas le sang dont ils étaient descendus : turbulents , vindicatif , rusés , sans fgi , et d'une barbarie impitoyable quand ils étaient les plus forts , ils n'eurent pas d'autre pensée que cdfe de s*entre-détruire. Tous les états de Clotaire , composés de la Gaule et d'une grande partie de la Germanie, furent partagés en quatre lots et tirés au sort : ces parts de territoire portaient les noms de Neustrie, d'Austrasie, de royaume de Paris et de royaume d'Orléans. Chilpéric eut, au tirage,Soissons et le royaume dit d'Occident, borné au Nord par l'Escaut, et au Sud par le cours de la Loire; Sigebert obtint l'Auvergne, tout le Nord-Est de la Gaule et la Germanie , jusqu'aux frontières des Saxons et
I. — Sacerdos ne fit point la consécration de son église de Saint-Paul ; appelé à Paris par le roi Childebert , il y tomba malade et j roourot. Quincarnon s'ei^prime ainsi sur la foodalioo de celle basilique : « Sainl Sacerdos ou Sacerdus , que l'on peut traduire et expliquer on notre langue saint Sacerde , n'ajant voulu occuper le siège vacant de Ljon ou de la priouice des Gaules , l'année 526, que par Tordre du roi Childebert I du nom ; pour être reconnu le 50 ou le 31* primat de France, ajant présidé sous ce titre k un concile convoqué dansOrléaos le 28 du règne de ce souverain , en l'an 649, et qui mourut en iSO ou bien 553, dans Paris, le 11 ou 12 de septembre, est tenu d'une voix commune fondateur de cette retraite, choisie singulièrement parles fidèles à la prière. » (La Fondation et U$ antiqnitètde la basilique collégiale , canoniale et cmriale dé Saint-Paul de Lyon (sans date), in-12 , p. 1). — Voyez aussi Le Febvre , Nombre des églises de Lyon , etc. , ch. xv ; Lyon ancien et moderne , Il , 409,
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des I^T6s; Gharibert régna à Paris : ses états , tout en longueur, s'étendaient du Nord au Sud, depuis Paris et Senlis jusqu'aux villes des Pyrénées; enfin, Gontran eut pour lot, avec le royaume d'Orléans , le Lyonnais et tout Tancien royaume de Bourgogne , depuis la Saône et les Vosges jusqu'aux Alpes et à la mer de Provence. Cette division du territoire n'avait point de délimitations géographiques précises ; on y trouve une foule d'enclaves dont il est impossible de se rendre compte : Rouen et Nantes sont du royaume de Ghilpéric, et Âvranches du royaume de Gharibert ; ce dernier possède Marseille, et Contran Âix et Avignon ; enfin Soissons , capitale de la Neustrie , est conmie bloquée entre quatre villes, Senlis et Meaux, Laon et Reims, qui appartiennent aux deux royaumes de Paris et d'Austrasie.
Je ne raconterai pas les querelles sanglantes de ces quatre frères, et n'emprunterai point à Grégoire de Tours le récit des scènes de perfidie et de meurtre dont ils donnèrent à l'Eglise et au monde le continuel spectacle. L'histoire du Lyonnais doit choisir parmi ces princes francs celui qui eut Lyon dans ses domaines : Gontran seul doit occuper son attention. Qu'on me permette cependant quelques mots sur deux femmes dont la rivalité terrible enfanta un grand nombre des crimes et des guerres qui donnèrent une couleur si lugubre à cette époque. Issue du sang royal des Goths d'Espagne , Brunehaut joignait à l'avantage de la naissance celui d'une grande beauté ; elle avait un esprit élevé et cultivé , un langage persuasif et insinuant , et dans ses discours, comme en toute sa personne, une grâce irrésistible. Bien digne d'être de son temps , elle ne reculait jamais devant le meurtre quand il pouvait lui être utile , et s'inquiétait fort peu des moyens, pourvu qu'elle atteignit son but ; pieuse , au reste , à sa manière , bienveillante pour les évêques et bienfaitrice des monastères *, cette épouse du roi de Neustrie Sigebert eut beau-
1. — Cliossée d'Ausirame par Théodebert, Brunehaul se réfogia vers son frère Théodoric, roi de Bourgogne : c'est à cotte époque, Tert i'auoée 612, que cette retoe refera de ses mines le monastère d'Âinay, k b sollicitation d'Arîdias , évéque de L>on, et lui fit don des reliques de saint Pierre et de saiot Paul qu'elle arait reç«es du f»ape Grégoire. Le monastère d'Ainay existait depuis cinq siècles; mais il était paurre , peu considérable , et était tombé dans une plewe décadence. On dit que Brunehaut le dota avec une muniBcence rojale ; c'est ce qu'il est dilficile de croire , du moins si l'on se reporte aux dates. Très Agée, exilée , et dépouillée de
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coup d'iûiluence sur les affaires du temps : déterminée à perdre Ghilpéric et sa rivale , elle provoqua de nouveau Finvasion du Midi de l'Europe par les hordes germaniques. Rien ne lui coûtait pour se venger. Après d'étranges vicissitudes , Brunehaut finit d'une mort tragique, à jamais chargée de la haine des peuples dont elle avait tant aggravé les misères.
Non moins belle, plus artificieuse encore, et aussi richement dotée de tous les dons de la nature et de l'esprit , Frédégonde avait une énergie plus sauvage et une puissance de séduction non moins redoutable. U y avait en elle un talent de fascination qui Tentourait de séides toujours disposés à se faire les exécuteurs de ses sanglantes volontés. Née d'un sang vulgaire , Frédégonde sut plaire à Ghilpéric dont elle devint la femme , après avoir fait étrangler la reine légitime, Galswinthe, sœur de Brunehaut. Ghilpéric ne lui refusa pas le sang de ses enfants : ils périrent égorgés par l'ordre de leur marâtre. Même encore aujourd'hui ,
tout 80n pouvoir , Brunehaut , en 612 , n'était guère eo position de faire de riches dotations aux monastères : il 8*agit sans doute d'un temps antérieur.
L'archeTèque de Lyon , Aridius , possédait un grand crédit sur Tesprit de Brunehaut ; il s*en servit utilement pour ie bien de son église et de ses concitoyens. Eut-il part à la catastrophe de TarchcTèque de Vienne? Ce point historique n*a pas été suffisamment éclairci. Emporté par un zèle que la prudence ne réglait point assez , Didier avait reproché avec violence à Brunehaut le scandale de sa vie et de ses crimes ; la reine ne pardonnait pas de telles offenses. Une assemblée d'évèques eut lieu par son ordre à Chàlon-sur-Saône, et Tarchevéque devienne, accusé de crimes imaginaires devant ce tribunal, fut déposé et envoyé en exil. Il passa quatre années dans sa retraite : on l'en rappela, et on lui intima l'ordre de rentrer dans son église ; mais, tandis qu'il était eu route, des assassins embusqués le massacrèrent prés de la petite rivière de Chalarone : Tn ierrtiorio Lngduneniif super fluviitm Calaronamperimitwr, a dit Âdon. Frédégaire accuse positivement l'archevêque de Lyon , Aridius , d'avoir provoqué la déposition et la mort du malheureux Didier : Synodus CaHHone colHgiiur , Desiderium VUnnensem episcopum dejiciunt , instante Aridio Lugdunensi episcopo et Braneckilde. » (FaiDCG, tn Chron, , c. xxiv.)
Ces paroles sont formelles. Aimoin , dans sa Chronique , fait d'Aridius un portrait très peu flatté; cependant cet archevêque a trouvé d'ardents défenseurs, Colonia entre autres, qui traite avec beaucoup de dédain le témoignage de Frédégaire. Il a fait observer qu'aucun historien contemporain n'a imputé à l'archevêque de Lyon la mort de Didier. Le moine Jonas accuse de ce meurtre Brunehaut et le roi Théodoric , mais il ne nomme point Aridius. Adon , qui raconte avec beaucoup de détails la mort de Didier, ne fait aucune mention de la part que l'archevêque de Lyon aurait prise à ce crime. L'assertion de Frédégaire est donc très peu probable. Quant à Brunehaut , aucun historien ne la défend , et plusieurs lui reprochent cet assassinat : cette femme dotait les monastères et protégeait l'Eglise , mais elle n'en faisait pas moins tuer les évêques dont elle croyait avoir à se plaindre. Vindicative au plus haut point , elle ne pardonna jamais une offense.
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une sorte de terreur environne le nom de Frédégonde : elle se montre à Thistoire comme un génie barbare qui est la personnification de la férocité des moeurs pendant la dernière moitié du sixième siècle. Des remords cependant parlaient quelquefois à ce cœur sans pitié, qui reconnut la vengeance divine ; cette tardive et passagère contrition chrétienne est l'expression des mœurs du temps. Chilpéric était tombé grièvement malade; bientôt après , les deux fils de Frédégonde furent , à leur tour, en danger de mort. Ainsi atteinte par l'invisible main de la Providence , Frédégonde dit au roi Chilpéric : c< Voilà bien longtemps que la « miséricorde divine supporte nos mauvaises actions ; elle nous « a frappés souvent de fièvres et d autres maux, et nous ne nous « sommes point amendés. Voilà que nous avons déjà perdu des « fils; les larmes des pauvres , les gémissements des veuves, les « soupirs des orphelins vont causer la mort de ceux-ci , et il ne « nous reste plus l'espérance d'amasser pour personne ; nous «< thésaurisons , et nous ne savons plus pour qui. Nos trésors <* demeiureront sans possesseur , amassés par la rapine et cou- « verts de malédictions. Nos celliers ne regorgeaient-ils pas de « vin , et le firoment ne rempUssait-il pas nos greniers ? Nos tré- « sors n'étaient-ils pas combles d'or*, d'argent , de pierres prête cieuses, de colliers et d'autres ornements impériaux? et voilà
c< que nous perdons ce que nous avons de plus précieux »
Les vœux et le repentir de Frédégonde ne furent point entendus; elle perdit ses enfants, et ne tarda pas à faire égorger le faible et barbare Chilpéric.
Ces grandes et sinistres figures de Brunehaut et de Frédégonde dominent l'histoire de ces temps ; elles apparaissent dans tous les événements. Les princes fi^ancs , en leur présence, n'occupent plus qu'un rang secondaire; Chilpéric et Sigebert s'effacent, soit devant leurs femmes, soit devant les ministres qu'ils se sont donnés. En Bourgogne, comme en Neustrie et en Austrasie, la civilisation fait chaque jour des progrès sur la barbarie : presque tous les hauts fonctionnaires sont gallo-romains , et gouvernent selon les anciennes traditions. Leur premier soin , c'est de rétablir la fiscalité; mais les populations sont peu dociles, et résistent de tout leur pouvoir. Le roi du Lyonnais, Contran, éleva au patriciat Celsus, que Grégoire de Tours représente
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comme un homme de taille élevée , robuste , d'une grande force physique , plein d'emphase dans ses paroles et d'à-propos dans ses répliques, profond dans la science du droit, mais si avide qu'il ne se faisait aucun scrupule de dépouiller les églises. Les rois mérovingiens devenaient de plus en plus incapables ^e gouverner par eux-mêmes; ils ne savaient pas administrer, et avaient oublié l'art des batailles. Moins cruel et moins farouche que ses frères , Gontran avait des mœurs douces et un caractère réservé ; on eût dit un homme d'égUse. On cite cependant de lui plusieurs actes d'une grande violence : un jour il entra dans une si grande fureur à la nouvelle de la perte d'un cor de chasse , qu'il fit mettre à la torture plusieurs hommes libres; une autre fois il fit mettre à mort un seigneur franc , soupçonné d'avoir tué un buffle sur le domaine royal. C'est lui qui institua les comtes ou gouverneurs de Lyon: Ârmentarius, un des nobles hommes de sa maison, posséda le premier cette dignité , dont il étendit les attributions jusque sur les prérogatives de l'évêque. *
$ II. Après la mort de Chilpéric, Gontran se déclara le protecteur de Frédégonde et de son neveu Clotaire II. Il y avait en lui une sorte de bonhomie qui jeta quelquefois sur sa personne une teinte de ridicule. Fra{J5)é de la mort tragique de ses frères , il redoutait le même sort. Ce prince était pieux : il dota des monastères. Ce fut par ses soins que le quatrième concile de Lyon eut lieu (566) : quatorze évêques s'y rendirent; ils appartenaient aux provinces de Lyon et de Vienne. On régla, dans cette assemblée , divers points de discipline ecclésiastique. *
Nicet , ou Nizier , présida le concile : il avait été désigné au choix de Childebert par Sacerdos son oncle , qui n'eut égard , en le proposant pour son successeur, qu'aux vertus du jeune prêtre ^. Fils d'une nièce de Nizier, Grégoire de Tours avait été
1. ^ ÂriDentarios cornes urbem Lugduoeasem judiiiiaria poteciale gnbernabat. (GatcoR. ToRon.)
2. — Le premier concile de Ljoo eut lieu à la fia du second siècle , sous Ircnéei le second, en 475, sous l'éTéque Paliens, et le troisième, eo 517, sous Vivenliole»
5. — Fils de Florentius et d*Artémia , Nicet, dont nous avons fait Nizier, était bourguignon, et non lyonnais : né en 513 , il fut ordonné prêtre en 5t3 , par Agricole , évéque de ChAlonsufrSa^ne , et occupa le siège épiseopal de Lyon le 16 février 552. Il élaK homme de paîi ,