NIZIER. VI* SIÈCLE
élevé avec lui ; ils furent nourris ensemble , et couchèrent quelque temps dans le même lit. Florent, père de Nizier, était sénateur : il fit donner à son fils une excellente éducation , composée non-seulement de profi)ndes études , mais encore de travaux manuels. Elevé jeune encore à l'épiscopat de Lyon, Nizier se montra digne de ce haut emploi par ses lumières , par la pureté de ses mœurs , et par son inépuisable charité pour les pauvres *. n ne recherchait pas la faveur des hommes puissants , mais il ne les heurtait point , et savait concilier , dans ses relations avec eux , la prudence et la modération avec ce qu'il devait à sa dignité. Nizier mourut en 573 , pleuré par les pauvres , dont il avait tant de fois consolé les douleurs. *
Quelques années plus tard, la malheureuse ville de Lyon ftit assaillie par un fléau terrible , le débordement de ses fleuves porté à un degré sans exemple. Le mois de septembre de l'année 580 avait été extrêmement pluvieux : on eùjt dit , racontent les chroniqueurs, qu'un nouveau déluge allait survenir. Toutes les cataractes du ciel s'étaient ouvertes , et d'énormes masses d'eau, tombant sans cesse, avaient transformé en une mer les vastes plaines de la rive droite de la Saône et de la rive gauche du Rhône. Lyon entier fut submergé : la population eflfrayée se
toujours disposé k pardonner les offenses et à éviter les occasions du désordre ; c'est ce que proQTa sa conduite prudente avec Armentarius , comte et gouverneur de Lyon. L'acte le plus important de son épiscopat est le concile de Lyon , qu'il présida. La vie de Nizier a été écrite plusieurs fois ; la plus exacte et la plus complète est celle qu'on doit h M. A. Péricaud : Notice sur saint Nizier, évèquede Lyon au sixième siècle. Lyon, J,-M, Barret^ 1830 , in-8®.
1. — « S. Nicetîus , LugdoQeiisis epÎBCopus , vir fuit , ut ait Gregoriua Turonensis, tolius sanctilatis, conversa tionis caslissim», caritalia eximise. » (GoUia chrUtiana, Vf, 38.)
2. — On fit en 1308 la recherche solennelle du corps de Nfzier, sous la présidence de Hugues, archevêque de Tibériade : il fut découvert derrière le mattre-autel , renfermé dans nue tombe sur laquelle étaient gravés vingt-quatre vers d'une latinité barbare. Voici les six premiers :
Eece Saeerdotif teauit qui jara Saeerdas ,
Qno reeabat tumalo nomme Nicetias.
Urbt Lugdnne, tamB mit per terapora el«niB ,
Beeleiiavque Dei eordia anaore tolMt, Qaiqne Saeerdotia tanctui bis proximus hères ,
Sanguine eonjanelus , ealmioe , sede simul.
La basilique des Apôtres prit le nom d'église de Saint-Nizier dès la fin du sixième siècle.
réfugia sur les collines de Saint-Just , de Fourrière et de Saint- Sébastien, disent quelques historiens modernes. Grand nombre de maisons furent renversées , et la force du courant abattit toute la partie de la grande muraille d'enceinte qui toucliait aux deux fleuves. On allait en bateau dans toutes les rues de la ville basse, et c'est par les portes et les fenêtres que les bateliers pénétraient dans Tintérieur des maisons. Lorsque les eaux se retirèrent, elles laissèrent une vase épaisse sur tous les lieux qu'elles avaient occupés. *
1. — La grande inondation qui eut lien en France , dans les dernières années du siiième siècle, a été racontée par trois chroniqueurs , Grégoire de Tours, Marins, é?éque d*Aveaches, et le moine Âimoin ; elle a été rapportée à des dates diverses , 580 , 590 et 592. Selon les autorités les plus dignes de foi , c'est en 580 qu'elle a eu lieu , pendant la cinquième année du régne de Cbildebert II. H. l'abbé Greppo a réuni les passages des anciens historiens qui sont relatifs à ce grand débordement des fleuves (1) : « Anno quinto Childeberli régis (qui fuit nonus decimus Chilperici atque Guntranni), tantae lues aquarum per universas regiones factae sunt Galliarum , ut flumina terroinos , quos nuiiquam anlea ezcesserant , prstergressa , pecora quidem ezilio , aedificia vero quorumque locorum gravi afficerent ruina. » (âimonii de Gest, Franc, , III, 33). — Grégoire de Tours est entré dans beaucoup de détails sur cette inondation : « Anno quinto Childeberti régis, Arvernorum regionem diluvia magna presserunt , ita ut per dies duodecim non cessaret a pluvia : tantaque inundatione Limane est infusum , ut multos ne scmentem jacerent prohiberel. m (Histor. Francor.^ Y, 34). Il dit ailleurs : m Flumina quoqueLiger Flavarisque quem Elacrem vocitant , vel reliqui torrentes percurrentes in eum , ita intumuerunt , ut terminos , quos nunquam excesserant , praeterirent. Qux grande de pecoribus ezcidium , de culturis detrimentum , de asdificiis fecere naufragium. » C'est dans Grégoire de Tours seulement qu'il est question du débordement du Rh6ne et de la Saône : « Pari modo , Rbodanus cum Arari conjunctus , ripas ezcedens , grave damnum populis intulit, muros Lugdunensis civitatis aliqua ex parte subvertit. • (L. V, 33). Il ne dit rien de plus. Tous les détails que j'ai donnés d'après Paradin et Rubjt sont possibles et probables , mais ils n'ont aucune authenticité historique et ne peuvent être considérés que comme des conjectures plausibles. L'évèque d'Avenches, Marins, n'a parlé que du débordement des fleuves dans le Valais et en Italie : « Eo anno , mense octobre , ita in Vallensi territorio Rbodanus exundavit ut copias messium denegaret ; et intra Italiam ita fluvii exundaverunt , ut damna agricoix paterentur. » (Chron, de D. Bouquet , II, p. 19). Grégoire de Tours place l'inondation au mois de septembre : « Erat enim mensis scptember ; » elle eut lieu , selon Marins , au mois d'octobre : « Eo anno , mense octobre. »
Malgré l'insuffisance des renseignements fournis par les chroniqueurs , on peut établir quelques hilB généraux : l'inondation fut précédée par douze jours de pluies continuelles; nonseulement les fleuves débordèrent , mais encore leurs affluents ; les troupeaux furent entraînés , les terres dévastées , et il y eut beaucoup de maisons renversées. Grégoire de Tours ajoute une circonstance remarquable : après l'inondation , les arbres fleurirent de nouveau : « Quiescentibus vero pluviis , arbores denuo floruerunt. » On peut suivre la crue du Rbôoe
(I) Gurro {H.). Détails hittoriqoet tar les inondt- siècle. ( Revue du LyomncUs ( 1841 ) , lomc XIII , lions qui défolèrent Lyon et les Gtales au sixième p. 50.)
A peine échappé à celte inondation extraordinaire , Lyon eut à souffirir d'une épidémie qui désola l'Europe : elle aurait perdu, à cette occasion , les deux tiers de ses habitants , s'il faut ajouter foi à Rubys, qui ne cite pas ses autorités. Aucun de nos vieux chroniqueurs n'a fait mention du Lyonnais , en racontant cette peste ; elle n'est rappelée dans aucun des écrits des successeurs de Nizier. *
S 111. L'histoire littéraire et politique de Lyon, pendant le septième siècle et pendant le premier quart du siècle suivant , présente peu d'intérêt ; elle ne se compose que de quelques faits d'une médiocre importance. Ces écoles, si florissantes au cinquième siècle, n'existaient plus ; ces écrivains si distingués, qui formaient une éclatante pléiade autour de Sidoine , n'avaient pas eu d'héritiers de leur renommée , et aux temps si amèrement déplorés de l'invasion des Bourguignons dans le Midi de la Gaule devaient succéder des temps plus désastreux encore *. Depuis
depuis le Haut- Valais jusqu'au delà de Lyon , en combinant le récit de Grégoire de Tours avec celui de l'éTéque d'Ayencbes.
Je n*ai point à parler d*un tremblemeul de terre et d'autres phénoméues météorologiques qui furent observés vers la même époque (la Gn du sixième siècle); ils sont étrangers à rhistoire de Lyon.
1 . — On ne peut point affirmer , en raisonnant par analogie , que Lyon , comme d'autres villes des Gaules, a dû nécessairement être attaqué par la peste. On se rappelle qu'une maladie épidcmiqiie bien autrement meurtrière, le choléra, l'épargna en 1834.
Cependant , comme il n'y a pas plus de raison pour affirmer que Lyon échappa à la peste du sixième siècle , je citerai la description de cette maladie , faite par Grégoire de Tours : « Erat enim his qui patiebantur valida cum vomitu febris , renumque nimius dolor , caput grave vel cervix. £a vero quœ ex ore projiciebantur, colore croceo , aut cerle yiridia eraut : a muUis autem adserebatur yenenum occultum ^saq ; rusticiores yero corales hoc pusulas nominabant : quod non est incredibile , quia missae in scapulis , sive cruribus ventoss , procedentibus eruropentibusque veàicîs , decursa sanie multi liberabanlur ; sed et herbae quae vcneuis medentur polui sumpts, plerisque praesidia contulerunt... Sed h»c prodigia gravissima lues est subsecuta : nam , discordan tibus regibus , et iterum bellum civile parnntibus,dysenlericus morbus pêne Gallias totas praeoccupavit... Et quidem primum haec infirmitas a mense Augusto initiata , parvulos , adolescentes adripuit , lelhoque subegit. Perdidimus dulces et caros nobis infantulos , quos aut gremiis fovimus , aut ulnis bajulavimus , aut propria manu ministratis cibisipsos studio sagaciore nutrijimus ; sed abstersis lacrymis cum beatoJob diximus : « Dominus dédit , Dominus abstulit ; quomodo Domino placuit , ita factum est : sit nomen ejus benedictum in secula. » (Hi5<. Franc. V, 35.)
2. •» Lyon était, au cinquième et au sixième siècle, divisé en deux parties par la Saône ; le côté où est aujourd'hui l'église de Saint-Nizier était peu considérable : on n'y trouvait que
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Dagobert jusqu'à Charlemagne , on ne trouve en France aucune grande célébrité littéraire ; trois ou quatre noms à peine peuvent être cités dans la France entière ; aucun d'eux n'appartient au Lyonnais. On ne construit à Lyon aucun édifice remarquable, et les anciens, depuis longtemps, ne sont que des ruines; les beaux-arts sont entièrement abandonnés; il n'y a ni peintres , ni sculpteurs, ni architectes, ni même des ouvriers habiles. L'EgUse de Lyon s'honore encore d'évêques pieux , zélés pour la discipUne ecclésiastique, et bienfaiteurs des pauvres ; mais, si ces prêtres ont les vertus de leurs prédécesseurs , ils n'en possèdent pas le talent du style ou de la parole. Un d'eux cependant parait feirc exception , jusqu'à un certain point : d'abord comte ou gouverneur de Lyon , ^Ethérius , comme tant de persoiinages distingués, pendant le sixième et le septième siècle, renonça au monde et embrassa l'état ecclésiastique. Le pape Grégoire-le-Grand , qui l'aimait et Testimait beaucoup, a vanté la noblesse de ses sentiments , la dignité de sa parole , son courage pour le maintien de la discipline ecclésiastique. ^Ethérius attacha au service de son église Austrégisille ; il l'ordonna prêtre, et lui conféra le titre d'abbé de Saint-Nizier. Austrégisille habita Lyon pendant vingt années, et devint archevêque de Bourges; il occupe un rang distingué dans ITiistoire de l'Eglise.
Un autre évêque y figure par ses vertus et par son malheur. Au temps de Clovis II , roi de Neustrie et de Bourgogne , un homme d'un mérite éminent , Sigonius , devint comte et gouverneur de Lyon ; il avait deux fils : l'un d'eux succéda à la dignité de son père ; l'autre , Ennemond , devint évêque de Lyon et posséda toute la faveur de Dagobert, dont il tint sur les fonts baptismaux le fils aîné qui fut Clotaîre IIL Son crédit augmenta beaucoup, lorsque le jeune Glotaire fut devenu roi : rien ne se faisait qu'avec le concours d'Ennemond, et quiconque désirait
quelques rues ( U rue Loague et ia nie Mercière). Menettricr ne s'exprime point avec clarté sur l'autre partie ; Toici ses paroles : « Tout le reste étoit hors des murs de la ▼itle , que Ton transporta , quelque temps après, au lieu où est l'abbaye de Saint-Pierre , et le long des Terreaux y qui étoient les fossés de la ville du côté du Nord. La rue de la Grenette occupe à présent les autres fossés , depuis le port ChalamoiU jusqu'au Rhône, devant l'église des Cordelicrs de Saint-Bonaventure , el le côté méridional de In ville se tcrminoit en cet endroit. >» (Histoire consulaire , 204.)
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une grâce du prince , devait s'adresser d'abord à Févéque. Tant d'influence excita la jalousie d'Ebroin, qui gouvernait sous Taulorité nominale du faible prince. Tandis que Tévêque cherchait à maintenir Tautorité du roi, le maire du palais s'efforçait d'étendre et de consolider la sienne. Ebroin mit dans ses intérêts la reine Bathilde, et, fort de Tappui de cette princesse, il réussit à persuader au roi que les deux fils de Sigonius , l'un évêque et l'autre comte de Lyon , conspiraient contre son pouvoir. Cette accusation réussit : saisi par les émissaires du maire du palais , le gouverneur de Lyon eut la tête tranchée , après un simulacre de jugement , et bientôt après Ennemond eut le même sort.
Les enfants de Clovis dégénéraient de plus en plus de la sauvage énergie de leurs ancêtres : tous ces princes mérovingiens , énervés par le suprême pouvoir et par la civilisation , mouraient Jeunes et presque toujours sans postérité. Ils ne savaient pas régner ; leur main débile tenait mal les rênes de l'administration, et les provinces se séparaient d'elles-mêmes et impunément d'un pouvoir qui ne les protégeait plus. Le Lyonnais paraît avoir cessé d'appartenir aux rois de Neustrie vers la fin du septième siècle *. Quelles circonstances amenèrent ce démembrement ? on l'ignore. Un des chefs les plus dévoués, sous les ordres d'Ebroin, marchait sur Lyon avec un corps d'armée : organisés en miUces, les Lyonnais sortirent de leur enceinte et en défendirent Tentrée^aux troupes neustriennes. La ville devint un état franc ; elle fiit déclarée libre d'impôts et de servitudes militaires. Il ne faut pas entendre , sans doute, son indépendance dans un sens trop absolu; elle n'avait pas d'organisation militaire, et aurait été hors d'état de résister aux puissants voisins qui l'entouraient. L'empire touchait à ses portes d'un côté , et de l'autre elle était en contact immédiat avec les domaines de puissants seigneurs féodaux. Un seul fait parait probable : c'est que Lyon , à la fin du septième siècle , se démembra de l'empire des Francs pendant quelque temps.
S rV. Ses désastres n'étaient point terminés. Le fait dominant de l'histoire de la première moitié du huitième siècle , c'est
I. — En 674; mais on n'a pas des reDscignements suffisamment aulhcnliqucs sur ce point de notre histoire.