LES SARRASINS A LYON. VIII® SIÈCLE
encore debout : elles tombèrent à leur tour; coupés en tronçons et démolis , les aqueducs devinrent pour toujours des ruines. Cependant le forum de Trajan échappa. *
Quand les Sarrasins eurent achevé , autant qn'il était en eux de le faire , leur œuvre de destruction à Lyon , ils remontèrent la Saône , détruisirent Màcon et Tournus; puis , toujours pillant et saccageant, ils arrivèrent jusqu'à la ville de Sens, qui se défendit- L'historien de Lyon peut se dispenser de les suivre dans leur rapide incursion. Enfin, Charles-Martel arrêta les Barbares et les repoussa : après avoir remporté sur eux une grande victoire , il marcha sur Lyon et s'empara delà cité désolée. Ses braves Francs s'étaient signalés ; leurs chefe demandaient des récompenses : Charles-Martel les satisfit aux dépens de l'Eglise ; il s'empara des biens de l'évéché de Lyon , et les répartit entre ses oflBciers. *
Cependant l'ennemi n'était pas tellement vaincu qu'il n'eût encore les moyens de nuire. Quelques années après le sac de Lyon, les troupes de l'émir de Narbonne, loussouf, remontèrent le Rhône , et en occupèrent la rive gauche jusqu'au point de sa jonction avec la rivière. Quelques troupes qui gardaient la ville se retirèrent, et les Sarrasins fiirent de nouveau maîtres de la cité. Ce ne fut pas pour longtemps : une armée firanque, conduite par Childebrand, frère de Charles-Martel, les délogea définitivement ; ils se replièrent sur Avignon (737). ^'
1.— Les écrivains arabes ne s'expriment pas clairement sur l'époque à laquelle il faut placer l'iuTasion des Sarrasins en Dauphiné , à Lyon et dans la Bourgogne. Un écrÎTain mahométan s'exprime ainsi : « Dieu avait jelé la terreur dans le cœur des inGdèles. Si quelqu'un d'eux se présentait , c'était pour demander merci. Les Musulmans prirent du pays , accordèrent des sauvegardes , s'enfoncèrent , s'élevèrent jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à la vallée du RhÀne. Là, s'éloignant des côtes , ils s'enfoncèrent dans Tintéricur des terres. »
Maccart, n^ 704, fol. 72. — Rbknaud, Invasions des Sarrasins en France , p. 50.
2. — « Pendant ce temps» Charles-Martel était occupé à faire reconnaître son autorité en « Bourgogne et dans le Lyonnais , deux provinces qui ne se trouvaient que tout nouvellement « comprises dans la dépendance du royaume d'Austrasie , et où d'ailleurs l'invasion récente « des Sarrasins avait introduit les plus grands désordres. Il confia les postes les plus impor- « tants du pays à ses leudes ou fidèles , et se fit rendre hommage par toutes les personnes « notables. Ensuite il marcha contre les Frisons... » ( Reinaud, Invasions des Sarrasins ^ p. 53)
5. — Adon fait dans sa Chronique un tableau animé des ravages commis par les Sarrasins : « Sarraceni pêne totam Aquitaniam vaslanies , et late alias provincias igné ferroque supe-
Francs et Sarrasins quittèrent Lyon , mais Lyon resta saccagé et ruiné. Ni l'industrie , ni le roi de France ne vinrent en aide à sa misère ; elle n'avait point de commerce d'exportation , point de transit , et, ville à demi-indépendante , elle n'était plus la capitale d'un grand état ou le séjour de la cour d'un prince. Ses évêques eux-mêmes ne pouvaient plus rien pour les pauvres nombreux qui s'étaient réfugiés dans son enceinte ; ils avaient perdu les biens immenses de l'Eglise. Comment ces propriétés territoriales leur étaient-elles venues ? nos annales se taisent sur ce point ; mais elles devaient être bien considérables, puisqu'elles excitèrent la convoitise des chefs militaires aux ordres de Charles- Martel. Beaucoup moins puissants que les évêques de Reims et de Tours , ceux de Lyon avaient cependant largement profité de l'ascendant du clergé : de nombreuses donations les avaient enri* chis , trop peut-être. Une autre cause , inhérente aux mœurs de ce siècle , contribuait à rendre plus fâcheuse encore la situation du Lyonnais : il n'y avait plus de bras pour cultiver ses campagnes ; grand nombre de serfs, ou avaient péri sous l'épée des Sarrasins, ou, lassés de la vie précaire qu'ils étaient condamnés^ à mener, s'étaient réfugiés dans l'état ecclésiastique comme dans l'unique asile qui leur était ouvert. Il y avait encombrement dans les monastères d'Ainay et de l'Ile-Barbe : esclaves et hommes libres, descendants des Romains, des Gaulois ou des Burgundes, se plaçaient sous la protection toute-puissante de l'évêque de Lyon; mais il n'y avait plus ni soldats pour défendre la ville, ni laboureurs pour la nourrir. L'épée des Sarrasins associa le clergé à la misère commune , et réduisit toutes les conditions sociales à un même niveau ; il n'y eut plus d'évêque pendant un certain temps. Dépouillée et dévastée , la ville de Lyon ne pouvait échapper à sa destruction définitive , si un bras puissant he venait la relever de sa chute : Charlemagne apparut.
rnntes , Burguiuliaro dirissima infestatiooe (lepr.'edftnliir , pêne omtiia flammit eniorenlefl , nionasleria quoque ac loca sacra fœdanles ; iniiumerum poptilttia abignnt , alqiie in Hispalûns (ranspoounl... Vaslala el dissipala Vieimeusis el Lugduuensb provinoia, aliquot aimis sine episcopis ulraque ecclesia fuit , laicis sacrilège et barbare res sacras ecclesiariun obtiffenlibus. » {Breviarinm Chronicorum , xtas sexln. Basiieœ j 1568, in-12, p. 201.)