‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 134 sur 262 · LYON SOUS CHARLEMAGNE ET SES FILS · texte numérisé non relu

LYON SOUS CHARLEMAGNE ET SES FILS

S I. Eut d« rBaro|>e et du Lyonnais à It fin du builiéme siècle. Cbarlentgne. — S ^- Dislocation de l'empire de Cbarlemagne. Louis -le-Débonna ire; rarche^éque de Ljon, Agobard.

CaaoïouMiB CAttomieiEiat. Pépin d'Hérisuil » maire du due d'Aostrssie , 681-714. — Tbéobald, 714-7iS.>- Cbariet-llartel , 745-744. — Garloman, 741-746. — Pépin avec Çarloman, 741; seul, 746. — Pepin-le- Bref, roi de France, 759-768. — Carloroan , 768-774. — Cbarlemagne, 774-814. — Louîs-le-Débonnaire, 814^0. — Lothake, 840-885. — Leuis-le-GermaDique , 850-876.

$ I. La fin du hnitième siècle fut , pour la ville de Lyon et pour Fempire dégénéré des Francs, une époque de transition; il n'y avait plus ni paix, ni ordre public , ni liberté ; des mains sans intelligence et sans vigueur tenaient les rênes de l'Etat, ou plutôt les laissaient flotter au hasard. Tout était conAision, ignorance et faiblesse ; aucun peuple n'était gouverné; il n'y avait plus d'administration. La force brutale s'emparait du pouvoir, et le perdait bientôt sous le choc d'une semblable force. Tout appartenait aux gens de guerre; ils ne connaissaient d'autre droit public que leur épée. Eglises , monastères , rien n'était respecté ; tous les biens , toutes les dignités ecclésiastiques avaient été mis au pillage. On donnait des évêchés à des gens tonsurés à peine et sans aucune teinture des lettres; on les conférait à des enfants, même à des femmes, et quelquefois un même titulaire en possédait plusieurs. Cette spoliation générale des propriétés de l'Eglise était un grand

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préjudice pour les classes pauvres qu'accablaient déjà tant de calamités : aucune main secourable n'était tendue aux indigents, et l'ouvrier malade ou sans pain ne trouvait plus des secour» dans l'inépuisable charité de l'évêque. Une grande démoralisation , ainsi qu'une ignorance profonde dans tous les rangs de la société, caractérisent cette époque : à quoi auraient servi les académies et les écoles ? où étaient les élèves , et surtout les maîtres? Qui savait lire , et qui se souciait d'apprendre ? on avait bien autre chose à faire : ne fallait-il pas vivre avant tout ? Un seul art, bien imparfait toutefois , avait des partisans : c'était celui de la guerre; il n'y avait plus d'autre profession en honneur.

C'est de ce chaos que Charlemagne fit sortir la France. Ce fils de Pépin et de Bertrade ne parut pas d'abord appelé à la haute fortune qu'il devait si bien soutenir. Roi de Neustrie et d'Aquitaine après la mort de son père, en 768, il partagea d'abord le pouvoir avec son firère; mais Carloman mourut, et l'unité de gouvernement fut rétablie encore une fois. Ce fut un immense avantage pour la France : elle se sentit renaître sous l'habile administration d'un prince qui joignait à la science des hommes et des choses une grande puissance de volonté. C'est un bien imposant personnage historique que ce Charlemagne qu'on a si justement nommé l'homme fort. A ces dons de la nature , une taille élevée , un port noble et majestueux et une grande vigueur d'organisation physique , Charlemagne réunissait à un haut degré les qualités du souverain, du capitaine et de l'homme privé. Né dans un siècle de barbarie, élevé dans les camps, et toujours en guerre durant une vie qui fut un long combat , il connut cependant tout le prix de l'éducation, s'entoura d'hommes de science, et releva les lettres du profond discrédit dans lequel elles étaient tombées. Tandis que les exemples de ses pères, Charles-Martel et Pépin, proclamaient la domination de la force brutale, plus éclairé sur les véritables causes de la grandeur et de la durée des empires, Charlemagne donnait un code à ses peuples et instituait le règne des lois. Il avait trouvé l'Eglise délaissée , pauvre, sans crédit ; à peine établi solidement sur son trône^ l'empereur rendit aux évéques les biens dont les avait dépouillés une politique imprévoyante. Il fit encore plus : considérant avec raison l'influence du clergé comme un moyen de civilisation d'une haute importance,

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il la releva et la servit de tout son pouvoir. Bon fils , bon père , sincèrement pieux , assez heureux pour avoir des amis , malgré Félévation de son rang ; plus avancé que son siècle , dont il fiit cependant la personnification; habile capitaine et politique meilleur encore : tel fut ce prince , qui rétablit durant quelque temps les splendeurs de l'empire romain. Mais , quelque grand que fin le génie de Gharlemagne , il n'était pourtant pas à la hauteur de la tâche qu'il avait entreprise , e1 il dut fléchir plus d'une fois sous d'insurmontables obstacles. Fondre en un seul empire les états du Nord et du Midi de TEurope ; faire adopter les mêmes lois civiles et religieuses à des peuples qui n'étaient point parvenus au même degré de civilisation, et qui ne comprenaient pas ces lois; assujettir à un même joug, sans moyens de répression suffisants , des nations éparses sur d'immenses territoires et profondément hostiles, c'est ce que tenta Gharlemagne; mais un succès durable ne couronna pas ses efforts. Il avait écrasé les Lombards , contenu les formidables Sarrasins , et soumis à sa puissance les Francs d'Austrasie ; il avait acculé les Saxons , de tous ses ennemis les plus terribles , jusqu'à la Vistule et à la mer Baltique, et cependant les différentes parties de son empire n'étaient unies par aucune homogénéité et manquaient de co-hésion. Ce fiit un bien douloureux spectacle pour la grande âme de Gharlemagne que celui de ces barques Scandinaves qui apportèrent les premiers pirates normands dans les ports de la Graule Narbonnaise , sous les yeux mêmes du vieil empereur ! C'était donc en vain qu'il avait fortifié la barrière du Bhin , et soUdement protégé les limites de l'empire du côté du Nord ; il n'y avait plus de grande invasion à craindre par terre , mais voilà que la mer devenait hostile! C'étaient les côtes, cette fois, qui étaient menacées : voilà que d'innombrables embarcations sarrasines , grecques ou Scandinaves , remontant les fleuves , vomissaient sur leurs rivages des myriades de Barbares encore plus terribles que les Huns et les Vandales ! Qui donc sauvera l'empire ? comment défendre tant de points attaqués en même temps, et de quelle manière se soustraire à un péril contre lequel il est impossible de se mettre en garde? U s'est affaissé sous le poids des années et des affaires, ce Gharlemagne si grand lorsqu'un pape déposait sur son front la couronne impériale , dans la pre-

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mière année du siècle! Ces mains , qui ont écrasé sans pitié tant de nations belliqueuses, savent qu'elles n'ont plus la même énergie, soit pour repousser un ennemi , soit pour retenir ce qu'elles ont saisi. Un seul homme ne saurait suffire à la défense de tant d'états: Gharlemagne pense à les partager entre ses fils , et voilà que les deux aines meurent et lui manquent au moment même où il lui importerait si fort de les faire concourir à l'exécution de ses desseins!

Mais les temps de la dislocatio^ de l'empire ne sont pas arrivés; ils ne viendront que trop tôt : Gharlemagne règne encore; hâtons-nous d'ajouter quelques traits à l'ébauche de cette mâle physionomie. Ce prince fiit non-seulement un conquérant , mais aussi un législateur : à défaut de ses batailles , ses Gapitulaires recommanderaient sa mémoire jusqu'à une postérité reculée. On y remarque une grande intelligence de l'administration civile et religieuse , un esprit d'équité et une louable tendance à mettre de l'unité dans la législation , en même temps qu'un caractère de pédanterie bysantine , qu'il faut moins reprocher sans doute au prince lui-même qu'à son temps. Gharlemagne avait à cœur de connaître exactement les intérêts et les besoins de ses peuples : il les étudiait par lui-même dans ses continuels voyages ; mais conmie il n'aurait pu suffire à une telle investigation , des commissaires impériaux lui venaient en aide , sous le titre de missi dominicL Ges hauts fonctionnaires parcouraient les provinces , interrogeaient les évêques et les gouverneurs , et écoutaient les plaintes des populations : ils faisaient droit aux griefs de médiocre importance; mais s'il s'agissait d'un fait grave, l'empereur prononçait. Un comte et un évêque étaient associés d'ordinaire pour ces missions. ^

Gharlemagne est venu plusieurs fois à Lyon, pendant ses courses rapides de l'une des extrémités de son empire à l'autre : il est probable surtout qu'il traversa cette ville au temps de son

t. — « Missi enim dominici majores dicebanlur Icgali a lalcre probatae lîdci , quos princ«t>9 OKira ordiocm adjiiaiiiias faciendas (sic loquebanlor) cam amplissima pot«8lale dirigebal in diversas rcgiones Iraclusque previnciarum. Eorum eral bnprimis opprcssi* popuJis opem fenc, et in corailum ac judicum rapinaa el violcniias ioqiiirere ac deccrncre, alque eiiam nobiles ac sapientcr judices qui Deum limci-eril conslilucrc. »•" ( GalUa chrUtiana , IV, 33.)

expédition contre Didier et les Lombards. Mais s*est-il arrêté dans l'ancienne capitale du royaume de Bourgogne ? aucun témoignage contemporain ne Tatteste. Tout ce qu'on a dit de son séjour au monastère de TIle-Barbe est de pure invention : de tels récits peuvent être possibles à la rigueur , mais on ne peut les placer parmi les faits historiques. Un point de contact plus important de Gharlemagne avec notre histoire est la nomination , faite par l'empereur , de Leidrade à l'archevêché de Lyon. Ce n'était plus le suffirage du peuple , ce n'était pas encore le chapitre qui pour^ voyait à la vacance des sièges épiscopaux : il y avait encore élection, mais ce n'était qu'un simulacre , et c'est la volonté impé* riale qui prononçait ^ Leidrade était un de ces savants que Gharlemagne avait appelés dans ses états : il fut chargé d'abord de la garde des manuscrits du prince , sous le titre de bibUothécaire. Un emploi plus important lui ftit conféré bientôt : l'empereur le nomma un de ses missi dominici , dignité dont Leidrade remplit les fonctions y accompagné de son ami Théodulphe qui se loua beaucoup , en vers éloquents , de la prudence et de la piété de son collègue. Chargé de gloire et d'années , Gharlemagne fit le partage non-seulement de ses états , mais encore de son domaine privé: il divisa en vingt-une parts son or, ses pierreries, ses objets précieux, et les légua aux égUses métropoles de son empire; Lyon eut son lot. Le testament de Gharlemagne fut signé par quinze comtes , quatre abbés et onze évêques , parmi lesquels on remarque l'archevêque de Lyon , Leidrade.

% II. Ge fut un prince pieux , mais peu éclairé et d'un caractère &ible , qui hérita du nouvel empire d'Occident, fardeau beaucoup trop lourd pour sa capacité. Louis, très bien surnommé le Débonnaire, succéda, en 81& , à Gharlemagne , son père : élevé par des prêtres, il le devint en quelque sorte lui-même, et porta l'abnégation religieuse au-delà du degré qui est permis à un souverain. Juge intègre , plein d'amour pour ses sujets, animé des intentions les meilleures , et d'une grande pureté de mœurs , il

1. -— Leidrade dul surtoat Ba nomiiialîon à la toute-puissaDle inlerreulioD de Charlenagoe ; il le recoDDatt daos ce passage d'une de ses lettres : Olim me exiguisiimum famnlorum vestrorttm ad regimen ecclesiœ Lugd%mensis destin are voJnistU , cum ego hnic offieio impar ejisterem et indigmte.

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