DES ARCHEVÊQUES. — XI® SIÈCLE
de Jubin, qui courut se cacher derrière le maitre-autel, comme dans un asile inviolable. On l'en tira de force ; ses représentations et ses prières ne furent point écoutées , et son sacre eut lieu aussitôt. Jubin se rendit à Rome ; Grégoire VII l'accueillit avec une grande distinction , et confirma la primatie qui appartenait au premier siège des Gaules , sur les quatre provinces de Lyon, Rouen, Tours et Sens K De retour dans son diocèse, Jubin se dévoua aux devoirs de son ministère : on lui attribue l'institution des chanoines de St-Ruf , dans une ancienne recluserie de vierges qui devint, plus tard, une église de Marie. Il fonda l'église de St-Pierre , à Maçon, et consacra l'église du même nom, à Beaujeu. Sa piété , son esprit de douceur et sa charité , rendirent sa mémoire chère aux Lyonnais ; il est le dernier archevêque de Lyon qui ait été reconnu saint publiquement. -
Issu d'une maison illustre et neveu d'un duc de Bourgogne , Hugues succéda , en 1083, à Jubin; il avait été évêque de Die. Ce prélat désirait davantage ; il pensait à la papauté. Déçu de ses espérances par l'élection de Didier, évêque du Mont-Cassin , Hugues montra une irritation très grande. Ce ne fiit point assez pour lui d'écrire à la comtesse Mathilde une lettre d'invectives contre le nouveau pape ; il mit, autant qu'il le put, des obstacles à l'intronisation de Didier et encourut l'excommunication. Cet orage s'apaisa ; Didier ne fît que passer au pontificat. Son successeur, Urbain II, qui n'avait pas les mêmes rancunes , pardonna à l'archevêque, dont l'histoire ecclésiastique n'a plus qu'à raconter beaucoup de bien : elle loue son courage , sa science, sa profonde sagesse et son habileté dans les affaires. Hugues rendit à l'école de Lyon une partie de son ancienne splendeur , augmenta la bibliothèque , et accueiUit avec bienveillance des pro-
1. — La primatie de St-Jean est un point important de l'histoire ecclésiastique du diocèse.
2. — On lit dans un ancien obîtuaire de l'Eglise de Lyon : « Obiil XIV kal. maii Gebuinus, Lugdunensis arcbiepiscopus , vir saoctitate pneclarus , qui dédit Sanclo Stephano unaro dalmaiicam et duas tunicas. »
Voyez, sur Jubin et les faits contemporains , la GalUa christiana , lome IV ; — l'Histoire littéraire de la France, VIII, 104; — -CoLorviA, If, 96; — Lamure , Histoire ecclésiastique de Lyon, io-4<*, et la Notice sur ce saint, par M. A. Péricaud. lyon^ 1826 , in-8**.
Le tombeau de saint Jubin, qu'on a^ait cru détruit par les calvinistes en 1562, a été retrouvé en 1824.
fesseurs dont le talent ramena les étrangers autour de leurs diaires. C'est avant ce temps , et lorsque Hugues était encore évêque de Die , qu'eut lieu le concile qui prononça la déposition de rarchèTêque de Reims , M ahassès. Elle né fiit pas d'abord définitive; mandé pour être entendu dans sa défense à un autre concile qui eut lieu quelques années plus tard, Manassès ne comparut pas et essaya dé corrompre ses juges : sa déchéance fîit enfin prononcée, et l'arrêt reçut la sanction du pape *. L'archevêque Hugues présida au concile de Brioude ; sa piété était grande , elle le porta à faire le voyage des lieux saints. *
Un épisode, très digne d'intérêt, de l'histoire de Lyon pendant le onzième siècle , c'est le séjour que fit dans cette ville Anselme , archevêque de Kenterbury. Hugues avait une vive amitié pour Anselme , qui lui adressait ses ouvrages ; une lettre de rillustre prélat anglais porte cette suscription : « Frère Anselme, « abbé du Bec, à son seigneur et père Hugues, archevêque de « Lyon , pour lequel il est rempli de Tafiection la plus respec- <c tueuse et de la vénération la plus tendre, telles qu'un fils les (c doit à un père chéri. » Guillaume-le-Roux , fils du conquérant , régnait en Angleterre et écrasait les Saxons sous le poids de sa tyrannie ; emporté , sans foi , de mœurs dissolues , et sans égard pour tout ce que les hommes vénèrent, ce prince ne souffirait point de contradiction quand sa volonté avait pailé. Ses barons normands n'étaient point à l'abri de ses violences ; il ne les respectait guère plus que le peuple conquis. L'EgUse , qui n'avait à lui opposer que des armes spirituelles , ne pouvait attendre de Guillaume ni considération ni ménagements; il la firappait de subventions exorbitantes, et nommait aux sièges vacants, de £(a pleine et suprême autorité. Archevêque de la puissante église de Kenterbury , Anselme n'était point cependant assez fort pour tenir tête au roi. Sa conscience ne lui permettait
1. — « Hugo vîr fuit primas nobiliUli», utpolc qui ex Burgundise ducam tlirpe prodienit : prior s. MarcelU GabiloneDsis , iroo , ut TÎdetur , monaduis ; oequd entm , at observât noster MabiUon » veriaimile est tauc teinporis seculares monacborum priores exstitisse. Eom Lagduoensem camerarram Yooat R. P. Pagi , quo fundameoto nescio. Fuit deinde Dieosis epîscopus , Sedis apostolicse legttns , Lagdunensis trchiepiscopos et cardiualis. » ( GaUia ehrkr^ana, IV, 98.)