DES ARCHEVÊQUES. — XI® SIÈCLE. 3Û
pas d'accepter la déchéance d^ ses droits , et toilte résistance aurait mis ses jours en danger. Ânfeelme vint en Fraiice, accônipagné d'un moine de Kenterbury , et de cet Eadmer qui devait être son biographe. L'amitié qui Punissait à Tarchevêque Hugues l'attirait à Lyon ; elle devait être pour lui une consolation et un refiige assuré contre la tempête. Son entrée dans la ville de Pothin et d'Irénée fut un véritable triomphe; toute la population et le clergé se portèrent au-devant de l'illustre prélat , martyr de la cause de l'Eglise. Fatigué par son voyage , Anselme tomba malade ; lorsque sa santé fut assez rétablie pour lui permettre de continuer son voyage , il se rendit en Italie , mais revint bientôt à Lyon, dont il aurait voulu ne s'éloigner jamais. Il y demeura deux ans , honoré de tous et heureux de l'amitié de Hugues. L'Eglise n'avait jamais eu , peut-être , d'exemple d'une telle fraternité; rarchevêque de Kenterbury partageait les fonctions épiscopales de l'archevêque de Lyon , qui lui déférait toujours le premier rang. Anselme présida un concile à Anse ; quatre archevêques et huit évêques se trotivèrent dans cette assemblée, et fulminèrent une excommunication contre les barons et autres seigneurs qui, ayant promis d'aller à la croisade, n'accomplissaient pas leur promesse et ne respectaient point la trêve de Dieu. Malgré ses nombreuses affaires, Anselme trouvait du temps pour composer des ouvrages ascétiques qui eurent beaucoup de célébrité. Rappelé en Angleterre vers l'an 1100, l'archevêque de Kenterbury rentra dans son diocèse, mais il n'y demeura que trois années. Successeur de Guillaume-le-Roux , Henri n'entendait pas renoncer aux investitures des évêchés et des abbayes; Anselme se hâta de revenir dans cette ville de Lyon, ^lont il avait fait sa patrie : il y resta seize mois. Le roi d'Angleterre ayant enfin paru se désister de ses prétentions, Anselme retourna à Kenterbury et y mourut en 1106. Son ami Hugues lui survécut trois années; la mort le surprit à Suse, pendant qu'il se rendait en ItaUe. ^
1. — On peut consulter, sur Anselme de Kenterbury : Lamdrc, Sbve»t , Poolli» dk Lo- Mim , Eaoxcr , U Chnmiea hisior. , THistoire littéraire de la France , Jean de Salisburt , les Acta Sanctortmif Colonia , et surtout Pouvragc suivant de Mgr Pavy, érêque d'Alger : Anselme et Thomas de Cantorbéry, primats d'Angleterre, à Lyon {Revue du lyonnais, IV, 457).
3liU XI® SIÈCLE. — DOMINATION TEMPORELLE
Anselme avait enseigné dans un de ses ouvrages qu'une vierge, choisie pour être la mère du Verbe , devait avoir une pureté et une sainteté telles qu'on n'en peut imaginer de plus grandes après celles de Dieu. C'était là le germe de la doctrine de l'immaculée conception, qui devait faire des prosélytes nombreux dans une ville dont les croyances religieuses eurent toujours une teinte prononcée de mysticisme. On ne rendit d'abord que des hommages privés à la Vierge ; mais ce culte de vénération et d'amour s'introduisit publiquement dans l'église primatiale de St-Jean , et s'établit à Ainay. On vit s'élever dans cette abbaye un autel devant lequel était célébrée ia fête mystérieuse qui , un demisiècle plus tard, devait exciter les reproches de Bernard, abbé de Clairvaux. '
Les orages qui tourmentaient l'Eglise d'Angleterre ne s'étaient point apaisés , et ils devaient une fois encore conduire à Lyon un des prélats les plus éminents de Kenterbury. Henri régnait toujours ; il n'avait nullement intention de céder sur la question des investitures, et il entendait bien faire peser sur l'Eglise le joug de fer dont il accablait le pays conquis. Jamais la
i. — Bernard , dans la lellre célèbre qu'il adressa sur ce sujet aux chanoines de Ljoo , leur témoigne sa surprise de ce qu'une église si ennemie des nouveautés a pu démentir son caractère en adoptant une fêle jusqu'alors inconnue aux Hdèles , et qui n'avait nul foudement dans la tradition : « Sommes-nous donc , dit-il , plus savants ou plus pieux que nos pères , « et n'est-ce pas une présomption dangereuse que de prétendre être plus prudents et plus « éclairés qu'eux? La nouveauté est la mère de la témérité , la sœur de la superstition, et la « fille de la légèreté. » Après ce préambule . le véhément abbé de Clairvaux entre en matière et discute à fond la question du dogme. Il fait dans cette lettre un brillant éloge de l'Eglise de Lyon ; voici ses paroles : « Inter ecclesias Galliae constat profecto Lugdunensem ecdesiam hactenus prseminnisse , sicut dignitate sedis sic honestis studiis et laudabilibus insritutis. Ubi etenim asquc viguit disciplinae censura , morum gravitas , maturitas consiliorum , auctoritatis pondus , antiquitatis insigne? Prssertim in ofBciis ecclesiasticis haud facile unquam repentinis visa est novitatibus acquiescere , ucc se aliquando juvenili passa est decolorari levilate ecclctia plena judicii. Unde miramur satis , quid visum fuerit hoc tempore quibosdam restrum voluisse mutare colorem optimum , novam inducendo celebritatem , quam ritus Ecclesim nescit , non probat ratio , non commendat antiqua traditio. Numquid Palribus doctiores ant devoliores sumus ? Periculose pracsumimus quicquid ipsorum in talibus prudeiitia prcterivit. Nec vero id taie est , quod , nisi praetereuodum fuerit , Patnim quiverit omnino diligentiam pr«terii8se. » (S. Bernaroi Epittoh CLXXIV, Opéra. Poiitiis , 171» , 1 , 169.)
La réponse des chanoines de Lyon à l'abbé de Clairvaux n'a point été publiée ; des motifs de prudence n'eu permirent pas la publication. Elle existe encore aux archives de la métropole.