UN CONCILE GÉNÉRAL A LYON EN 1245. — XIII* SIÈCLE
terre et d'Aragon avaient refiisé de le recevoir. Serait-ce en France ? Louis ES l'aurait accueilli volontiers , soit de son propre mouvement , soit par déférence pour les supplications d'une députation nombreuse de moines de Cîteaux et d'autres lieux. IVfais il ne voulut pas s'engager sans l'avis de ses grands vassaux, qui ne montrèrent aucune sympathie pour la cause du pape. Innocent IV pensa, dans sa détresse, à la ville de Lyon qui n'appartenait ni au roi de France, ni à l'empereur; à Lyon, ville indépendante , qui n'obéissait qu'à son archevêque , peu éloignée de l'Espagne , et située sur la grande route d'Italie. Innocent IV s'y rendit donc à la fin du mois de décembre de l'année 1244 , et il convoqua aussitôt un concile général. Frédéric accepta une situation qu'il n'avait pu éviter : il envoya auprès de l'assemblée un ambassadeur chargé de défendre et d'exposer ses griefs. Une conférence préparatoire eut lieu dans le cloître Saint-Just : l'orateur impérial fit de grandes promesses au nom de son maître ; Frédéric s'engageait à marcher en personne au secours de la Terre-Sainte , à rétablir le royaume de Jérusalem, à favoriser de tout son pouvoir la réunion des Eglises grecque et latine , enfin à repousser l'invasion des Barbares qui désolaient l'Europe. Mais Innocent IV repoussa avec une grande véhémence des propositions dont la sincérité lui paraissait douteuse*. Le concile s'ouvrit le 16 juin 1245 : cent quarante évêques s'y étaient rendus, mois on y voyait peu de prélats allemands. Innocent IV et les fO^élats, vêtus avec toute la magnificence pontificale, se rendirent en pompe solennelle dans la cathédrale , la veille de la Saint-
I. — « O qoam malta «t quain magna sunt proniissa iiunqdam vel nusquam tamen adimplela vel atlMipleoda ! Sed et hase , ut constat , suni pronrissa , ut securis jam ad ridicem posila , iilo^ concilio et soluto, per dilationem aTerlatur. Pacem nuperin anima sua juralam secuii- (lum formam praesiili sacramenû leoeat, cl acquiesco. Porro
Quo l«n«ain nodo malanlem Prol«a vuUus?'
Et si coucedcrem sibi postulala , et rcsilire vellel ( uec aliud spero), quis pro eocavens Pide jnberet, ut cogeret resilieiitem? El euro duos reges , videlicet FrancoruiD et Anglorum , ThaddsMW ad hoc 8popODdis6el Rdejassores , rcspondU dominus papa : Nolitmus. Quia si pacla ooHUDHtaMet , vel penitus ioflrmasset (oeo aliud crediimis, propter frcqucnliao) )» allquo tempore in posterum oporteret nos aoimadrerlcrc in eosdein : el lune baberet Ecclesia Ires, qaibus non sont in seculari polenlia majores , imo nec pares ,. inimicos. » ( Math. Paris , ffim. major (Anglim); Renric. 111.)
&SU Xlli® SIÈCLE. UN CONCILB GÉNÉRAL A LYON EN 12^5.
Pierre , accompagnés de l'empereur de Gonstantinople et d'un grand nombre de princes et de seigneurs. La majesté du lieu répondait à l'importance de la cause qui devait y être débattue ; jamais l'église de Saint- Jean n'avait brillé de tant de splendeur. Mille cierges allumés , les autels pompeusement parés^ et surtout l'imposante assemblée, inspiraient aux nombreux spectateurs une émotion profonde. Après avoir célébré la messe , le pape alla s'asseoir sur une estrade élevée : il avait au-devant de lui les patriarches de Gonstantinople j d'Ântioche et d'Aquilée y et à ses côtés l'empereur grec Baudoin II ; Raymond , comte de Toulouse ; Raymond Bérenger , comte de Provence; les princes, les seigneurs et les grands officiers de l'Eglise. Toute la nef était remplie par les dignitaires ecclésiastiques; les cardinaux-évêques garnissaient une estrade à droite , tandis que les cardinauxprêtres avaient pris place sur une autre estrade à gauche , tous vêtus de pourpre pour la première fois : une multitude d'abbés, de prêtres , de religieux et de moines remplissaient le reste de l'église , et attendaient avec anxiété la parole des orateurs.
Le cardinal jEgidius ait : Flectamus genua;le cardinal Octavius répondit : Levate, et après les litanies le pape récita YOremus^ Enfin Innocent IV, après avoir rempli les formalités d'usage , se mit à parler d'une voix interrompue par les sanglots. U compara ses cinq grandes douleurs aux cinq plaies du Dieu crucifié : la barbarie des Tartares qui désolaient la chrétienté , le schisme de l'Eglise grecque, le progrès des hérésies nouvelles et les calamités de la Terre-Sainte , telles étaient ses quatre premières douleurs; la cinquième lui venait de l'empereur, qui, loin d'être le premier des intendants séculiers et le protecteur de l'Eglise^ comme il y était tenu, était devenu un ennemi domestique, l'adversaire puissant de l'Eglise du Christ, et le persécuteur manifeste des ministres de Dieu. Le seigneur pape développa ce point sur lequel il croyait convenable d'insister, dit la Chronique de Mathieu Paris, dont j'emprunterai souvent le récit, et il sut émouvoir tous les assistants , au point de leur faire ressentir la douleur qu'il éprouvait lui-même. En ejffet , des ruisseaux de larmes coulaient de ses yeux , et des sanglots interrompaient ses paroles. A la fin de son discours le pape exposa les énormités de l'empereur Frédéric, qu'il accusa d'hérésie et de sacrilège ;