UN CONCILE GÉNÉRAL A LYON EN 1245. XIU* SIÈCLE
d'Innocent IV, et la sentence qui avait retenti sous les voûtes de la nef de Saint-Jean était le signal d'une guerre longue et cruelle. On se plaît, parmi tant de passions déchaînées , à contempler la noble et calme attitude de notre Louis IX, vraiment saint; il intervint comme l'esprit de paix , et fit de grands efforts^ pour fléchir le pape. Animé d'une piété ardente, et croyant sincère dans lin temps de scepticisme et d'incrédulité, guidé toujours par uh sentiment exquis du devoir, et, malgré son dévouement à la reli^oa^ sachant faire respecter les droits du roi de France, le fils de Blanche de Gastille voyait avec une peine extrême la guerre impie que se faisaient l'empire et la papauté. Une conférence eut lieu à Cluny entre Louis et Innocent IV; mais le pape demeura inflexible , il ne céda sur aucun point. >
L'historien de Lyon ne doit pas continuer plus avant le récit de ce terrible démêlé ; c'est à d'autres annales qu'appartiennent les discordes de l'Allemagne et la lutte du nouvel empereur Henri , landgrave de Thuringe, avec l'excommunié, mais toujours puissant Frédéric. Qu'on nous permette cependant une remarque : le duel à mort qui eut lieu sous le toit de l'église Saint-Jean , entre l'empire et la papauté , fut également fatal à l'un et à l'autre. Témoins de tant de haines dans le cœur de hauts personnages qu'elles avaient été jusque-là habituées à respecter, et profondément émues au spectacle de si grandes violences , les populations perdirent une forte partie de leur vénération pour le pape et pour l'empereur. Il resta dans leur esprit quelque chose
4. — Guillaunoe de Nangit affirme que celte cooférence eut lieu à Lyon ; il décrit avec do grands détails la magnifique entrée du prince : trois compagnies des gardes allaietit â chetal devant le roi -, on eàt dit une petite armée : cent hommes , armés de toutes pièces , portaient â la maki des sabres étincelants , et le roi , magnifiquement couvert d'une armure resplendissante , marchait au milieu de la cour. Cependant cette 0{)inion a été rejelée par les historiens ; la conférence eut lieu h Clunj, et non k Lyon. Voici les paroles de Guillaume de Nangis : « Yir amantissimus rex Francise Ludovicus , flagrans desiderio videndi summum pontificem...» Lugdunomproperavit... Phalanges Irifarie procedentes similitudinem exercilus prsBtendebant... Rex cum incredibîli et gloriosa multitudine niilitum quarto agmine procedens , Lugdumim sic introivit. » ( Gcill. de Nargiaco , Getia S, Ludov. , apud Anoa. Du Cnts?iB.)
Avant d'aller à la croisade , Louis IX vint à Lyon , pendant le long séjour qu'Innocent IV fit dans cette vitlei pour disposer le pape à recevoir Frédéric II en grâce; mais ses instances n'obtinrent aucune concession de l'inflexible pontife.
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de ces invectiyes terribles qu'échangeaient, dans leur longue colère, Innocent IV et Frédéric II. Songeant moins à se défendre qu'à blesser au cœur leur ennemi, la papauté et Tempire s'attaquaient avec Aireur, et chacun de leurs coups portait. De leur côté, les rois se demandaient avec anxiété où s'arrêterait la domination du pontife : ils sentaient vaciller sur leur tète une couronne qu'un sou£Ele du Vatican pouvait renverser. C'est la nécessité de pourvoir à la conservation de leur autorité qui porta les rois d'Angleterre et les princes du Nord à chercher un moyen d'échapper à la dangereuse suprématie de la cour de Rome. Ce sont les abus de pouvoir de Grégoire IX et d'Innocent IV qui préparèrent l'émancipation religieuse des Iles-Britanniques sous Henri VIII , et les progrès du luthéranisme en Allemagne. La papauté ne se releva jamais de. la blessure qu'elle-même s'était faite au concile de Lyon; elle fut ébranlée, jusque dans ses fondements, par la violence du coup dont sa main impitoyable avait firappé son adversaire. Quelles imposantes figures historiques que celles d'un Innocent III , d'un Grégoire IX et d'un Innocent IV, et comlnen la puissance de volonté et la grandeur du génie de ces pontifes donnent une haute idée de ce Frédéric II, qui réduisit plus d'une fois aux extrémités les plus cruelles trois des plus illustres papes dont l'Eglise se soit jamais honorée I >
Innocent IV habitait le cloître de Saint-Just,qtti avait une grande importance au treizième siècle ; c'était la résidence d'un chapitre et en même temps une forteresse. On y recevait les rois de France quand ils venaient à Lyon : Louis VIII , fils de Philippe-Auguste, marchant avec les Croisés contre les Albigeois , s'y était arrêté
i. — Oa peut consulter y sur ThUtoire du concile de Lyoo ^ en 1S45, les ouvrages
SUlYADtS t
Concilioram tomus Tigesinus oclavus. Parigiis , 1644, 413 s — Pams {Maih,). HUloria major (Anglia). Londirti, Meame , 16S4« in-fol. ; — Fliurt, Hist. de l'Eglise; — Ronai- CHUi, Histoire universelle de l'Eglise catholique ^ — Pbtrm db Vmtis , Epiai. H; — GoiiAAOMB DB NahciSi CoUect. Du Chesoe » — Colonu , II, 255 ; — CucoiiiDa ; — PriSTBB . Histoire d'Allemagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à uos jours , Urad. par Paquis , in-S®, IV; ^Mabbt {Alain), Premier concile général, tenu à Lyon en 1245 {Revue duLyêmn,, VI, 417.)
Tout ce qu'on sait de ce ooocile est , en très grande partie , extrait de la ChpoiMqiie de Mathieu PAris.
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pendant quelques jours. On fermait exactement chaque soir les portes de Trion et de Saint-Irénée , dont les clefs étaient portées chez un chanoine délé^é par le chapitre pour cet office. Ainsi, le pape était en sûreté et n'avait à redouter, dans cet asile, aucune surprise contre sa personne. Une conspiration fut cependant organisée contre sa vie , mais un bourgeois qui se mourait la révéla. La présence du pape à Lyon avait de droit suspendu la domi^ nation du chapitre et de l'archevêque Aymeric, qui accueillirent peut-être d'abord Innocent IV avec quelque froideur. Néanmoins, quoique l'autorité pontificale fût prépondérante, elle n'était pas absolue , et rencontrait quelquefois des obstacles. Des prébendes, dans l'Eglise de Lyon, étaient venues à vaquer, et Innocent ÏV voulait en disposer sans l'aveu du chapitre : nonseulement les chanoines résistèrent , mais ils déclarèrent encore avec serment que si ces intrus osaient se montrer à Lyon, ils les feraient jeter dans le Rhône *. Vers le même temps, un huissier du pape repoussa avec rudesse un bourgeois qui demandait honnêtement à entrer : celui-ci tira sa dague, et d'un coup violent trancha la main du valet papal. Innocent IV n'eut pas le pouvoir de venger son serviteur -. Au reste , le pape se fit aimer des Lyonnais ; il respecta leurs privilèges , et maintint dans la ville l'ordre et la paix : jamais cette grande cité n'avait été si tranquille. L'adroit pontife se garda bien d'appuyer de son influence les prétentions du chapitre et de Tarchevêque ; il parut , au contraire , incliner vers celles des citoyens. Lyon lui dut un de ses plus utiles monuments.
i. — « Eodem lempore cum Tellel dominas papa quibusdam pnebendis Lugdunensis eccle- 9m ^acMlibus quosdam aliemgenas consanguiDcos vel afBn<î8 suos inconsulto capilulo inlrudere, nslilerant et in facie canomet Logdtinenses , commiaantea et cum juramento obtettan te» , qaod , si taies apud Lugdmmai apparereni , non posset eos \el archiepiscopus Tel canoiMci protegere , qtrin in Rbodonum mergerentur. » (Math. Paris, HUioria major (Aogliae); Uenric III.)
2. — « Eisdem diebus , dura quidam ostiarius donûai papat pro4ev«ius eiiidMi cstîm» Lugduiiensium , iotroitom civililer et humiliter pastulantl , iocÎTiiiu» et frontosÎM , c|«i«ni dticeret , deoegaret , idem civis, iodignatus et iralus, m«iiram praedicti otiUrii pem4«s anfcrta* TÎt. Uode item roaaeas , cum coram domino papa gravera reponeret queriroooiftm,- brachium suura osteadeus mutilalum domino papae , secundum iegem cUitatis viudielai» sibi postula?it cihiberi.-Quam Philippus de Sabaudia , castos pacis ecdesiastiMS , procururit lyiliqnali modo, ut hoiMr papalis sallera superficialiter salvaretur. » (BIath. Pakis, Histor, major.)
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On ne voyait sur le Rhône, jusqu'au douzième siècle, qu'un seul pont assez mal construit, bâti en bois et peu solide. Quand Philippe-Auguste et Richard d'Angleterre allèrent à la croisade en 1190, il y eut un passage considérable de troupes et de convois: trop faible et trop vieux pour résister à cette épreuve, le pont rompit. Cependant aucune yoie de communication n'était plus fréquentée et plus importante ; c'est par elle que le Nord communiquait avec le Midi , et son rétablissement était une question capitale, non-seulement pour Lyon , mais encore pour les voyageurs et les troupes de toutes les nations qui avaient à suivre cette route. Le roi d'Angleterre écrivit au clergé de ses états pour en obtenir un subside destiné à la reconstruction du pont sur le Rhône , et un comte du Forez , Gui lY , fit dans son testament un legs considérable affecté à la même destination. Cependant ces sommes d'argent étaient bien insuffisantes pour la grandeur de la dépense ; Innocent IV ouvrit libéralement ses trésors , et un pont en pierre fut commencé : il était très long et très étroit ; une tour flanquait chacune de ses extrémités ; celle de l'Est porta longtemps une inscription latine en l'honneur d'Innocent IV. *
Le pape canonisa , vers le même temps, saint Edmond, archevêque de Kenterbury, et saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc. Ses affaires s'étaient rétablies en Italie ; il quitta Lyon^ après y
i« — Voici quciques-uus des vers latins qui composaieDl celte inscription :
Virtatom papa , Titioram framaa papa , Progenie magnus, férus ut leo , mitii ut agnui, Innoeuui vere dietoi , de nolle nœere , Possrt ut hie fieri Pons , sumptus fecit haberi.
Le pont en bois écrasé, en 1190, sous le poids des lourdes voitures qui portaient les bagages des Croisés, était placé , non au lieu qu'occupe aujourd'hui le pont de la Guillotière, mais un peu plus bas , à peu près au niveau de la rue Saiote-Hélèse. Quand il fut question de le reconstruire , on le rapprocha davantage de la ville pour la plus grande commodité des voyageurs et des bourgeois. II ne fut pas question d'abord de le faire entièrement en pierre, arches et piles; ce grand travail ne devait être exécuté que successivement et pendant un înterralle de plusieurs siècles : on bâtit les premières piles et deux arches en pierre, le reste était on bois. Les papes Urbain lY, Clément VU , Alexandre V, Eugène IV et Léon X encouragèrent de toute TinOuence de l'Eglise l'achèvement du pont du Rhône. Au temps de François I» et de Henri II, il j avait encore trois arches en bois du côté de la Guillotière ; elles furent remplacées par des constructions en pierre, en 1572, par les soins du consulat. Complètement terminé , le pont avait vingt arches , qu'on réduisit à dix-sept , dans l'intérêt de la navigation , en supprimant trois piles. (Lyon ancien et moderne ^ tome II, p. 4*9.)