AFFRANCHISSEMENT DE LA COMMUNE DE LYON
$ I. Dissensions entre les bourgeois et le chapitre. — S '• Concile des Grées. — % Z. Intervention des rois de Franee; renoneiation des archevêques de Lyon an pouvoir temporel; traité de fSSO; réunion de Lyon i la couronne de France. — S ^* EtabUssement du gouveroemeni municipal ou consnlûre.
S I. Pendant le long séjour dlnnocent IV à Lyon , les dissensions entre les bourgeois d'une part, et le chapitre uni à l'arche^ yéque de l'autre, ne se manifestèrent par aucun signe extérieur. Souverain spirituel de la chrétienté , le pape imposait aux deux partis et ne leur permettait pas de s'abandonner à leur animosité mutuelle ; il était parfaitement au courant de leurs débats, et s'abstenait de prononcer entre eux. D'ailleurs , de trop grands intérêts le préoccupaient pour qu'il attachât une importance majeure à la forme du gouvernement de la ville qui lui avait donné l'hospitalité. La querelle entre l'archevêque et les bourgeois de Lyon rappelait, dans un cadre resserré, celle de l'empire et du sacerdoce : dans l'une et l'autre , la domination temporelle était en question. Toutes les sympathies dlnnocent IV étaient sans doute pour la cause du chapitre et de l'archevêque ; mais les citoyens de Lyon , riches, unis, et peu endurants, étaient grandement à ménager. Le
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pape les quitta en 125 J , sans prendre souci de leurs affaires. Quelques années de paix apparente s'écoulèrent encore; mais les griefs fles deux partis n'avaient point reçu de solution. Une violente explosion eut lieu : c'était la force des armes qui devait prononcer.
L'archevêque Philippe P', de la maison des comtes de Savoie, le même qui chassa les juifs de Lyon, avait succédé à Aymeric en 1 247 ; il résida rarement dans son diocèse pendant son long pontificat. Appelé au gouverneïnent du comté de Savoie en 4264 , Philippe se démit de ses dignités ecclésiastiques ; mais le chapitre ne se pressa point de lui donner un successeur , et Gérard, évêque d'Autun, eut l'administration de l'Eglise de Lyon pendant deux années et neuf mpis que dura la vacance du siège.
Ce fut un temps orageux : les officiers du chapitre fatiguaient à l'excès les citoyens de Lyon par leurs continuelles exigences ; ils avaient emprisonné arbitrairement Nicolas Amadoris et six autres bourgeois qui revenaient d'une foire. Des misérables aux gages de l'Eglise se jetaient sur les propriétés des citoyens, et, après y avoir commis toutes les extorsions et toutes les déprédations possibles , se retiraient en parfaite sûreté sur les terres de l'Eglise.
« Les soldats sortans hors la ville, dit Paradin, couppoyent « les vignes et arbres firuitiers, ruinoyent les molins de leurs a aduersaires et brusloyent les maisons de plaisance et métairies, « emmenoyent le bestail d'une part et d'autre , et les bonnes « gens des villages prisonniers; pendant laquelle insolence en- « ragée , il en mourut une infinité de malheur et de pauvreté « par bois et montagnes, qui n'osoyent retourner en leurs mai- « sons sous peine de la mort. » Quand les nobles , parents et aUiés des chanoines , rencontraient des habitants de Lyon hors de la ville , ils les faisaient prisonniers et les mettaient à rançon, après leur avoir fait subir les plus mauvais traitements. Il y avait des tribunaux ecclésiastiques pour recevoir les plaintes des citoyens; mais quelle équité pouvaient attendre de simples bourgeois de la part d'honunes enorgueillis de leur haute naissance , et qui étaient juges dans leur propre cause ? On ne les écoutait point; on ne tenait aucun compte de leurs réclamations. C'était toujours entre les mains des employés de l'archevêque et du chapitre que les clefs de la ville étaient portées chaque jour ;
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les citoyens voulaient en avoir le soin et se garder eux-mêmes: en un mot, Lyon ne. voulait plus de la domination temporelle des archevêques , et demandait enfin sa part des libertés dont tant de villes, en France, avaient la jouissance depuis si longtemps.
Une insurrection générale éclata. Bouchers, boulangers, tisserands , forgerons, maçons , organisés en corps de métiers, leurs pennons en tête, attaquèrent et repoussèrent les soldats de FEglise. Des barricades s'élevèrent dans les rues principales ; des chaînes tendues empêchèrent la circulation sur d'autres points. De vaillants bourgeois assaillirent les porteô de la ville, dont ils se rendirent maîtres après une courte résistance; d'autres fortifièrent toute la ville basse du côté de Saint-Nizier, au moyen de fossés et de redoutes. Ils se servaient des cloches de Téglise pour convoquer les che& aux assemblées , et réunir leurs troupes en face des lieux qu'ils se proposaient d'attaquer. Douze bourgeois nota* blés tenaient un conseil permanent dans la chapelle deSaint-Jac' ques : c'est de ce point central que partaient les ordres et la direction du mouvement II faut de l'argent, et beaucoup, dans toutes les révolutions : les citoyens se cotisèrent , nul ne fiit exempt de la taxe, et peut-être y eut-il quelques excès commis chez les partisans de l'Eglise. Cependant les bourgeois soulevés ne se bornèrent point à la défensive ; ils attaquèrent le doitre fortifié de St-Jean , et y pénétrèrent après de nombreux efforts. Mais les chanoines avaient eu le temps de se réfugier dans le cloitre de Saint-Just; ils s'y renfermèrent en grande hâte, et restèrent maîtres de leurs communications avec la campagne : leurs maisons de la ville et celles des habitants furent prises et pillées par les vainqueurs. Après cette première victoire, les bourgeois de Lyon délivrèrent leurs concitoyens prisonniers du chapitre , se saisirent du fort de Béchevelin, à la Guillotière , et coururent au siège de Saint-Just, amenant avec eux les machines de guerre en usage à cette époque , et de grands amas de projectiles de toutes sortes. Us n'eurent garde d'oublier de s'emparer du cours de la Saône ; grand nombre de leurs barques sillonnèrent la rivière , et en interdirent le passage : Pierre-Scise fut étroitement bloqué.
Ainsi donc, l'issue de cette lutte sanglante dépendait de la
GUBEAE DE l'iNDËPENBANCE. — XIII® SIÈCLE. 397
résistance qu'opposerait le cloitre de Saint-Justaux attaques obstinées des assaillants; mais Saint-Just n'était pas &cile à prendre : vingt-deux tours, dont les murailles avaient quatre pieds de large et six toises de hauteur , flanquaient , de quinze pas en quinze pas, sa vaste enceinte, que défendait un fossé; elle renfermait Fabbaje et une vaste église. Saint-Just , au treizième siècle , formait une ville à part , entièrement indépendante de Lyon ; cette baronnie comprenait alors dans son enclave le faubourg de St-Irénée et la porte de Trion. Si les assaillants étaient intrépides et bien commandés , les soldats du chapitre étaient nombreux, bien payés et aguerris; ils pouvaient non-seulement se défendre , mais encore attaquer Tennemi avec avantage. Pour les contenir, les bourgeois firent une forteresse de la recluserie de Sainte-Magdeleine à la montée du Gourguillon , au lieu qu'occupe aujourd'hui la maison du Verbe-Incarné ; Fourvière leur appartenait, ils s'y retranchèrent : des tours en bois, bâties sur les points qui dominaient le cloitre, leur donnaient la possibilité d'atteindre de leurs flèches et à coups de pierres la garnison de Saint-Just. Le point important, c'était de forcer les chanoines dans leurs retranchements. Plusieurs assauts furent donnés aux remparts du cloître ; ils échouèrent, et la bannière de l'Eglise demeura debout. Un concile provincial, tenu àBelleville, s'efforça de rétablir la concorde entre les citoyens et le chapitre : l'évêque d'Autun, l'archevêque de Vienne, les évéques du Puy et de Mâcons'y rendirent; mais sa médiation ne réussit point, elle était beaucoup trop à l'avantage de l'EgUse. Mécontente de l'inutilité de ses tentatives, cette assemblée fulmina contre les bourgeois rebelles une sentence d'interdit; mais l'emploi intempestif du glaive spirituel demeura sans effet. Les citoyens n'oubliaient point de se ménager des alliés et des protecteurs; ils s'adressèrent au comte de Savoie, qui les prit sous sa garde pendant trois années , et ils recommencèrent leurs attaques contre le chapitre et le cloître de Saint-Just.
Cette guerre se prolongea plus d'une année avec des chances diverses , mais sans résultats décisifs ; le fort du Gourguillon fut pris et repris plusieurs fois : il y eut de part et d'autre beaucoup de sang versé. On traita d'une trêve par la médiation de l'administrateur du diocèse, Gérard, évêque d'Autun, sur cette base
que citoyens et bourgeois pourraient se retirer dans leurs maisons et s'y occuper de leurs affaires ; mais cette trèye dura trois mois à peine : ni Tun ni l'autre des deux partis ne la voulait. Enfin citoyens et chanoines acceptèrent la médiation de Louis IX et celle du légat ; trois députés , Yves , abbé de Gluny, délégué par le légat, Jean de Traves et Henri Gandouiller, bailli de Berri , désignés par le roi de France , se rendirent à Lyon pour rétablir la paix dans cette ville ; ils se firent délivrer un compromis qui liait à leur décision les deux parties : aucune ne désarma , mais il y eut suspension des hostilités. Ces commissaires décidèrent que, jusqu'au moment où il serait statué sur les prétentions respectives des citoyens et du chapitre , les choses seraient remises en l'état où elles étaient avant la démission de l'archevêque Pierre de Savoie. Us réservèrent au roi de France la justice temporelle, et déférèrent au bailli de Mâcou, l'officier le plus voisin de la couronne , l'appel des jugements que les tribunaux de l'Eglise auraient rendus. Ils ordonnèrent enfin la levée des sentences d'interdit et d'excommunication que le concile provincial avait lancées sur la ville de Lyon à l'occasion des troubles. Après avoir rétabli la paix , les trois députés portèrent au roi le compromis qu'avaient accepté et signé les deux parties : cet acte important remettait au roi de France la justice temporelle. La guerre civile qui l'avait précédé et les discussions auxquelles il donna lieu remplirent une grande partie de l'année 1269. «
I . — Ce documeol a élé publié pour la première fois en français par M. Bréghol : il e»t digne d'attention , comme monument de la langue au treizième siècle ; il l'est aussi comme pièce historique , quoiqu'il ne soit que la traduction littérale d'un acte écrit en latin , déjà publié , et qui se trouve à la suite de VHist, consul, du P. Ilenestrier, dans le ThicUUui de hellis et indnciis qtiœ fuertmt inter canonicos S, Joannis Lugduni et canonicos S. Jusii ex nna parie , et cives Lugdunenses ex altéra , extrait de la bibliothèque de l'abbaye d'Ainay par Claude de Bellièvre. Il parait que cette traduction , restée inédite jusqu'à ce jour et inconnue à nos historiens , est du temps même où l'acte fut passé , et il est à présumer qu'elle fut faite pour mettre à la portée du vulgaire le contenu de cet acte. C'est un compromis daté du 92 janvier 1269 (vieux style), entre les chapitres de Saint-Jean et de Saint-Just d'une part , et les citoyens de Lyon de l'autre , par lequel ils soumettent leurs différends au cardinal légat , Raoul ou Rodolphe de Chcvriers , et au roi de France saint Louis (f ). Il est écrit sur uo grand
(1) Voyei lUi&DiH , Mém. d« l'hist. de Ljon, p«g«t «Mni» , Hitt. eonsul. , p. S72 et tniv. ;— Pocu» »> U7-9; — RriTi , Hbt. vérit. , p. 981-3;— k P. Ut- Lomiita, Abrégé ehronolog., p. 90-8, eie.
Mais Loais IX partît pour sa malheureuse expédition d'Afrique, ayant d'avoir prononcé sur le fond même de la question; il
feuillet de parchemin dont il couvre toat le recto ; la lecture en est très difficile : il u'cst d'ailleurs accompagné d*aucnne signature , ni revêtu d'aucun sceau.
Transcriptum primi camprotnissi.
« Nos frère Yues , por la grâce de Deu abbes de Clunj , et nos luhanz de Crenes (1) , chevalierd le roi de France , et nos Henrjs de Gandouuiller , chevaliers , baylliz de Borges , a loz cez qui verront ces preseutes lelres saluz an noslre seignour, nos vos façons a sauoir que noz denant diz frère Yues, abbes de Clunj, de part honorable père Raoul, par la grâce de Deu eaesque d'Albane, légat de présent liglise de Rome et de la senteroent mon seigneur Lojs roi de France, et nosdeuantdiz luhanz de Crenes et Henrys de Gandouuiller , baylliz de Borges , de par le deuant diz roi de France anuoie es parties de Lion , por treilier et por melre pais et accorde ou contens (9) qui est entre le deien et le chapitre de sen lehan et le chapitre de sen lust de Lion , dune part , et le cislîens et le puple de Lion , d'autre , nos sûmes entremis de melre pais et acorde antre les parties deuant dites , et a la parfin nos auons mis antre le dites parties tel acort : cest a sauoir que li diens et li chapitres de sen lanhan et li chapitre de sein Inst , et li ciliens et li poplez de Lion deuant diz ont faite mise (3) de totez lor quereles et de toz lor decort (4) sor le légat et sor le roi de France , haut iet bas , a lor volante , ou por acort de la sentement de parties ou por droit , sanquetant (5) que li deuant dit doiens et li chapitres de seînt lehan vuelent et requirent que le noueletez que li citien et li pople de Lion ont feites , si con (6) li doiens et li chapitres de saint lehan dient , soient oslees auant tote oure , le ques noueletez sont teus (7) : qui! sont deseisi de lor cloître, de lor meisons, de la iuridiciou de la villa de Lion , qui appartient a liglise de seînt lanhan , et ponz , fossez , barres , torz , chelfauz , portes , chejnes et autr.es choses feites de novel , le ques choses si co li deiens et li chapitres de seint lanhan dient , sont manifestes a loil , et sont manifestes por les sentences que sont donees de leuesque dostun , ordinare de Lion, le siège vacant, et por la confirmation feite de lautorite dou diz légat et por les sentences donees dou concile prouincial, par quoi dient li deuant diz deiens et lî diapitres de seint lanhan , que cetes choses de sus dites ne doiuent venir en mise (8) ne en nule dote , eins doiuenl estre ostees deuant tote oure, meiroement , con il ont offert plusors foiz et offrent au dit cUiens et au pople de Lion , qui sont iustisiabte à lîglise de seint lanhan , si con ils dient qu'il lor dorrent cort sen suspicion (9) de lotes quereles , ne quêtant (f 0) si au légal ne. au roi est aoisqud ils doiuoient plus faire, il sont aperelie (il) dou faire a lor consoil et a lor volunte , les reisons oies : et li deuant diz ciliens ei tî poples de Lion onl offert a croire le légal et le roi de toz contens et de totes choses qui sont por reison del conlenz : et sil voient quil doiuent fera , il sont aparalie de faire a lor consoil et lor voHinle , lor reisons oies, et de ces elioses de sus dites attendre , porsegre (12), acomplir et garder se lont la forme de sus mise, li dit deiens et li chapitres de seinl lehan et li chapitres de seint lust , cest a sauoir Miles dia
(I) Ptradln el Itabys, le P. Menettcîer, PouIIin de (6) Comme.
Lumioa, etc., onl lu dans l'original lalin Traves (7) Telles.
•a lieu de Crânes, (8) En compromrs.
(%) Au différend. (9) Qu'ils leur donneraicnl une eour non suspecte.
(3) Ont eompromit, ont soumis toutes leurs que- (UY) Néanmoins. reflet à Tarbitrage du légal et du roi de France. (li) Pr6(9.
(4) Diaeords, débats, difBeultés. (12) Poursuivre. (H) Sans qu'étant, exeepté qjav , si ce n*est qae.
400 XIU® SIÈCLE. — GUERRE DE l'iNDÉPBNBANCE.
mourut bientôt après. Délivrés de la crainte de son intervention , les chanoines jugèrent Foccasion favorable; ils avaient des trou-
dciens , Ferres (1) doste , archidiacres , Guillaume de la Poype, preceolres (S) , CluUar U chantres , Huges de Toriion , secrestaîns , Guiliiaume li custode , Tiauz , Guis de Tiert , Dur* geux , Guillaume Boche , Guichar de Farnay, Girins et Guichars de seiot Simphorien , Eslieueuz (3) de Chandeu , Perres Blarechauz , Hugues de seint GermeÎB et Hugues de Piseiz, chanoine de seint Janhan de Lion , et Boes de Langes, Estieueuz Carras , Raous Berthet (4) Tardis, Denis de Saconins , Esteoauz Carras li junes et Guillaume de Riou , chanoine de seint Iiist , ont iure sor seint euangile et ont oblige loz lor biens et le biens de lor chapitres, mobles et non mobles , quelque part qu'il soient , et en ont balies letres seellees des seelz de dit chapitres et de seint lanhan et de seint lust. Ânsimeut (5) li cistien et li poples de Lioo ont iurc sor seint euangile attendre , porsegre , acomplir et garder le choses de sus dites se Ion la forme de sus deuisee , et ont oblige toz lor biens , mobles et non mobles , quelque part quil soient. Poruu tôt ce (6), le dites parties ont donc apeisement (7) H uns as autres lieux et de lor ajdeors , nomeement dou comte de Foirois (8), deuers le deiens et de Ters le chapitres, et nomeement de Hugon de la Tor , senechal de Lion , et de Huber de la Tor son frère de vers le citiens et le pople , iusqua quareme entrant le Teil (9). Et cest apaissement li deiens et li chanoine de seint lanhan et de seint lust de sor nome , ont iure sor seîot euangile a tenir et garder bonement et leaument , et en ont done plege (10) le conte de Foirois, li ques est entrez por aus (11) en ladite plegerie, et a iure sor seint euangile lapeissement garder bonement et lealment por soi et por les sucns. Et ansiment li cilien et H poples de Lioii ont iurc sor seint euangile a tenir et garder bonement et leaument le dit apeissemcnt , et ont done ploges de cetes choses Hugon , senechauz de Lion , Humbertde la Tor son frère, Humbert, seigneur de Montluel, Matet (12) de Fuer de la Panelerie, Bernart de Chaponajr, lehan de Chaponaj , lahan de Varcy , Hateu de Lamure , Thomas de Varej, Raoulet de Varcy , Humbert de Varey, Durah de Fuer, Bartholome de Fuer, Perres de seint Valer, Rcymuoz Filiastraz , Eslieuent del Curtil , Poinz (13) d*Albon , Hugues de Fuer, lehan de seiot Cher, Esteuent Dauzie , Perres Danzie , Perres de Chalens , Guillaume Boniaars , Perres Boniuars , Estienes Eudin , Estienes de seint Michiel , Perres Rayroonz , lahan de Lion , Estiners li Reidos , Guillaume Blans , Perres Blans , Andrees Rafins , Berlholome de la Porte , Hugues de Rochitalhie , Perronet de Chaponay , Giuonet de Lamure , laquemet Àlemant , Perronez de la Cluse , Thomas Dodeu , Perres et Guillaume Boiers , Humbert Angleis , Perres Chamosins , lahan Farsiz , Perres de Varey bedel (14), Aymes de Vienne , lohan Gais , Aymes Coroauins , Perres de Meon, Nicolas de Conches, Guillaume del Pont, lahan de Durchi, Le nies (15) lahan de Fuer , Bernar Blaleuis , Girar Alemant , Nicolas Bo , lahan Vendrant , Perres de Niures , Falconet del Puis , Perres Do , Humbert li deuins , Perres de Vauz , Guillaume Grioeo,
(I) Pierr«, earème Im quatre jovra préeAdents , afia d« portera
(3) Préoenleur. quarante le sombre des jours de jeàne qui ne a'éWTaU
(3) Etienne. auparavant qu'à trente-eix , en ne eomptani point les
(4) Barthélemi. dimanches , où l'on ne jeàne pat. Le dimanche de la (K) Semblablement. Qninquagéeime prit alors le nom de cormisprhUm
(6) En outre. novum.
(7) Paix, trêve. (\o) Caution.
(8) Fore». (M) Pour eui.
(9) C'fst-à-dire jusqu'au dimanche de la Quadra- (13) Matthieu, gésime, qui était le jour où commençait autrefois le (18) Pons ou Ponoe. carême : on appelait en latin ce jour-là earnispri- (14) Bedeau.
vium Vf tus. Dans le neuvième siècle , on ajouta au (15) Le neven.
GCEAU CIVILB A LYON. XIIl^ SIÈCLE.. ftOl
pes nombreiKes, et comptaient sur un succès certain. Profitant d'un moment où les citoyens n'étaient pas sur leurs gardes, toute la garnison du cloitre de Saint- Just fit une sortie^ culbuta les postes qui se trouvaient sur son passage et se précipita sur la grosse tour du Gourguillon, dont elle ne réussit cependant pas à s'emparer : nombre de citoyens périrent dans cette attaque. Irrités par cette agression inattendue , les bourgeois assaillirent de nuit et à Timproviste les portes du monastère , tuèrent beaucoup de soldats, blessèrent deâ ecclésiastiques et firent des prisonniers, mais sans pouvoir s^emparer du clottre.
Déterminés à s'en rendre maîtres à tout prix , les citoyens résolurent une attaque générale. Un officier habile, le seigneur de la Tour-du-Pin , se mit à la tète de leurs bataillons et conduisit l'assaut avec plus d'ordre. Il partagea les bourgeois en trois corps , qui s'efforcèrent d'escalader les remparts du cloître sur trois points différents. Ce vif combat se prolongea depuis trois heures jusqu'à la nuit ; mais la défense était vigoureuse : le signal de la retraite fut donné. Un nouvel assaut, tenté quelques jours après avec plus d^obstination encore , ne réussit pas mieux. Cependant l'attaque , à force ouverte , du cloître de Saint-Just n'oc^ cupait pas en entier les troupes des assaillants ; elles faisaient firéquemment des incursions sur les domaines de l'Eglise. La veille de la Saint- André, ^9 novembre 1270, un parti de bourgeois armés se présenta sur le territoire d'EcuDy, qui dépendait du
Perrede Vidooe ,*lahau de LoMOoe , Hainborl de Durchî , Hucgues Peleter, Guiilaome Peleter, Selfrex (1) Girout , Lorent de Lalben , Perre Bermont , Humbert Ghapel , Nisies de Ulbeo , Martins Euraz , Martin Lumbart , Perres Ros , Aymea Varissaiis , Perres Acharie , Poinx de Ploriea , Humbert Puliers , lahan de Foirois et laban Liautarz , cîtîen de Lion , liquel sont entre en bdite plogerie et ont iare sor seioi enao^ile le dit apeisiemeot garder bonement et leiaomeiit por auz et por les lour. Poruu toi ce , li dit cilien et H poples ont doue letres teel- Ices dou seel leuesque de Clermoot et del seel le bally de Mascon de garder lapeiisemeut ansi con il est de sus deaiscz et est acorde antre les parties de sus dites que li prisons (S) qui soat pris duoe part et dautre seront mis en la mein le légat et le roi por deliurer on por Csîre lor Tolunle. En teslmoin de celés choses , nos frère Vues abbes de Clouy, laban de Crenes et Henrys de Gandouuiler de sus nomme , qui auons este présent a cest acorl , auons mis nos seels de la volunte et par la requeste de dites parties en ces letres.
« Ce lu fait et done a Lion le ior de fesle seinl Vincent an Un de nostre Seignor f S69. » ( BaâcBOT {€,), Nouveaux mélanges liitéraireê , p. 261.)
(l)G«»ffroi. (ï) Le* priionnieri.
k02 XIH® SIÈCLE. — GU6RBE CIVILE A LYON.
chapitre , soit pour le spirituel, soit pour le temporel. Après une courageuse résistance, obligés de céder, les soldats des chanoines se retirèrent dans Téglise du village et s'y barricadèrent Les bourgeois entassèrent grand nombre de fascines autour du vieil édifice, et y mirent le feu; femmes , vieillards , en£mts , soldats et le curé lui-même furent brûlés vivants , s'il faut ajouter foi à la tradition populaire. On se faisait, des deux parts, une guerre sans pitié. Quinze jours après, les assaillants essayèrent de réduire en cendres le quartier Saint-Just , dans lequel ils ne pouvaient pénétrer. Us s'y rendirent, conduisant avec eux une grande quantité de machines de guerre , d'engins , de fascines, de paille et de barils d'huile ; mais ils ne réussirent qu'à brûler quelques maisons et l'hôpital de Saint -Irénée. Dans une autre expédition , les corps de métiers marchèrent à l'attaque de Cuire , pennons déployés et leurs chefs en tête ; les barrières du Êiuboui^ furent emportées , et il y eut un grand massacre des soldats de l'Eglise. D'autres troupes firent une expédition heureuse contre les villages de Gouzon et de Genay. Les douze conseillers conduisaient les affaires des citoyens; ils établissaient des taxes dont le paiement était obligatoire, faisaient des approvisionnements d'armes et de vivres , et dirigeaient les opérations militaires.
Cette guerre d'extermination n'avait pas de fin,et,bieù qu'ils eussent l'avantage, les citoyens de Lyon ne réussissaient point à chasser les soldats mercenaires, stipendiés parle chapitre, dont ils avaient tant à se plaindre. Impuissant pour vaincre , chacun des deux partis avait assez de force pour nuire beaucoup à son adversaire. Il fallait un terme à ces démêlés sanglants. Héritier du droit de Louis IX , son père , sur la justice temporelle de Lyon, Philippe-le-Hardi , à son retour d'Afrique, entreprit de rétablir l'ordre et la paix dans la ville désolée. On nomma des deux parts des députés qui , d'accord avec l'évêque d'Autun , arrêtèrent la convention suivante : « Les clefs des portes du Rhône, de Saint-Marcel , de Saint-George et de Bourgneuf seront remises entre les mains de Bernard Malon et de Jean de Losane , bourgeois de Lyon, sans préjudice des droits de l'archevêque; les douze conseillers des bourgeois cesseront leurs fonctions, et le paiement des impôts établis par eux ne sera plus obligatoire ;
ÛtERlIB CIVILE A LYON. XIII* SIÈCLE. ft08
enfin , les citoyens seront relevés de la sentence d'interdit et d'excommunication ^ » Bientôt après eut lieu l'élection de Pierre de Tarentaîse : le roi de France remit à cet archevêque l'admis nistration de la justice , dont le chapitre revendiqua la moitié. Le bailli de M àcon eut au nom du roi la juridiction de la ville , et, comme son éloignement ne lui permettait pas de remplir son office en personne y il eut un substitut. Chargé de veiller à l'observation fidèle de l'accord qui avait été fait entre les citoyens de Lyon et TEglise, l'archevêque, Pierre de Tarentaise, se soumit, non sans beaucoup de difficultés, à prêter serment de fidéhté au roi de France.
Au fond, rien n'avait été décidé et la question restait la même; ni les citoyens ni les archevêques ne s'étaient désistés de leurs prétentions. Un nouveau conflit devait nécessairement avoir lieu; mais l'arrivée à Lyon, en 1273, du pape Grégoire X, et le concile tenu dans cette ville au sujet du projet de réunion des Eglises grecque et latine, suspendirent pendant quelques années la reprise des hostilités.
$ II. Thibaud ou Théobald, de l'illustre famille des Visconti , pape sous le nom de Grégoire X , après la mort de Clément IV , avait été chanoine de Féglise métropolitaine de Lyon : fit-il un séjour de quelque durée dans cette ville ? tout porte à le croire, mais rien ne le prouve. Ce pape était peu lettré , mais il avait une grande aptitude aux afi*aires ; deux grandes pensées dominèrent toute sa vie : la réunion des deux Eglises grecque et latine, et la délivrance de la Terre-Sainte. A peine installé dans la chaire de saint Pierre, il convoqua un concile général à Lyon, pour mettre à exécution ces grands projets. Lltalie n'offirait point assez de sécurité et de calme à l'assemblée des évêques , elle était toujours à la merci des troupes impériales :
1 . — Lorsque la châsse qui rcufermalt les restes mortels de Sâint Louis passa par Ljon , Gérard » évéque d'Autun , voulut bien , à la sotlicitatioB des cbanoioes , suspendre , par soo ordonnaace du 30 avril IS7I^ l'effet de riolerdit fulmiué eu 1269 au concile de Belleville , inais seulement dans le cloître et l'églide de la métropole, et pour le temps pendant lequel le corps du feu roi et celui des autres princes resteraient déposés i Saint- Jean. (Cochard, Detcnpiion de Lffon, 244.)
404 XIH* SIÉGLË. — GUEABB CIVILE A LYON.
on pouvait bien moins encore songer à TAngleterre; mais L;foa présentait tous les avantages désirables. Cette grande ville , on Ta va y n'appartenait ni à l'empereur ni au roi de France, elle était à TEglise. Thibaud se souvenait des chanoines de Saint- Jean, et du long séjour d'Innocent IV au cloître de Saint-Just ; il se proposa, en convoquant le concile, ces trois objets : Textinction du schisme des Grecs , les secours qu'attendait la Terre- Sainte , et la réforme des abus et des erreurs qui affligeaient l'Eglise. Grégoire convoqua à cette assemblée tous les souverains de l'Europe, l'empereur de Constantinople, le roi d'Arménie, et jusqu'au khan des Tartares.
Jamais concile ne fut aussi nombreux : on y compta quinze cardinaux, cinq cents évéques ou archevêques, soixante^^lix abbés mitres, et plus de mille prélats. On y voyait les ambassadeurs d'Allemagne, de France, d'Angleterre et d*Italie;les patriarches de Constantinople et d'Antioche envoyés à Lyon par l'ordre exprès de l'empereur grec Michel Paléologue , les grandsmaitres des templiers et de Saint-Jean de Jérusalem , une multitude de princes et de barons, et les députés, en nombre plus considérable, des villes, des églises et des chapitres. On avait fait de grands préparatife pour que tant d'illustres étrangers fiissenl aussi bien traités, à Lyon, que le permettait un encombrement inévitable : les grands personnages habitèrent les cloîtres de Saint^ean et de Saint-Just ; beaucoup de prélats furent reçus par les bourgeois. Des ambassadeurs d'un rang distingué représentaient l'Eglise grecque : c'étaient George Acropolite, logothète ou grand chancelier de l'empire ; Panarète , grand-maître de la garde-robe, et le grand interprète Barrhéote. On distinguait dans l'ordre ecclésiastique : Germain , de Constantinople ; Théophane , de PÏicée , et le célèbre Carthophylax. Jamais Lyon n'avait reçu tant d'hôtes illustres , et en aussi grand nombre.
Mais , parmi.cette multitude d'évéques et de cardinaux , aucun ne fixait davantage l'attention que ce Jean Fidenza , qui s'acquit une si haute renommée sous le nom de Bonaventure. Chef de la mystique école , le docteur séraphique brilla d'un vif éclat au concile , dont il prépara et conduisit tous les travaux : Grégoire X, qui l'avait emmené avec lui dltalie , savait tout ce qu'il pouvait en attendre. A une pureté de moeurs exemplaire , Bona-