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venture unissait une science profonde, une parole facile, et beau* coup de fermeté dans le caractère.
L'extinction du schisme d'Orient et la réunion des Eglises grecque et latine avaient été tentées souvent, et toujours sans succès ; de grands obstacles s'y opposaient. On sait quel était le fond de la querelle entre les deux communions : éprise de nouveautés , grande dialecticienne, et attachée opiniâtrement à des subtilités sur le culte, l'Eglise grecque prétendait être au moins l'égale de l'Eglise de Rome , et , depuis le cinquième siècle , la question de la prééminence avait rompu les bonnes relations entre le pape et le patriarche de Constantinople. Un point de doctrine dogmatique amena un schisme complet : Rome avait ajouté à l'article du Credo ^ où il est dit que le Saint-Esprit procède du Père, ces mots : et du Fils (Filioqne). Le grec Photius accusa l'Eglise latine d'hérésie, et non-seulement refiisa d'admettre le Filioque dans le Symbole , mais prétendit encore que le Saint-Esprit ne procédait pas du Fils. Les Grecs adoptèrent son opinion vers la fin du neuvième siècle. Deux sièdLes plus tard, l'orgueilleux et violent Cérulaire excita ses é^ses à se séparer du Saint-Siège ; le pape excommunia ce patriarche, et dès-lors l'Eglise grecque fut séparée de l'Eglise romaine. U y avait entre elles deux points principaux de dissidence : la procession du Saint-Esprit, et la prééminence papale; puis venaient quelques questions secondaires de liturgie et de discipline. L'Eglise grecque tolérait le mariage des prêtres , et concédait le droit de consécration et de confirmation aux prêtres aussi bien qu'aux évèques. Cependant les Tturcs menaçaient de mettre fin au débat en faisant la conquête entière de l'empire d'Orient; ils s'approchaient de plus en plus de Constantinople, dont la chute devenait inévitable si les rois d'Occident ne venaient à son secours. Mais on ne devait pas y compter sans le concours du pape, qui ne pouvait rien accorder à des schismatiqnes : une nécessité cruelle obligea donc les derniers empereurs grecs à demander la réunion des deux Eghses pour obtenir l'appui des papes et celui des peuples qui reconnaissaient la suprématie de Rome. Il n'y avait aucune sincérité dans leurs démarches, et d'ailleurs ils promettaient plus qu'ils n'auraient pu tenir. Attachée obstinément à ses usages et à ses doctrines spéciales, la nation
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grjBccpie haïssait encore plus Rome qu'elle ne redoutait les Turcs, et elle préférait sa ruine par la conquête à des concessions abhorrées sur le Symbole.
Tel était toutefois l'objet du second concile géuéral de Lyon. Au premier concile , la grande question de l'Occident avait été jugée; au second , celle de l'Orient se présentait à son tour : en moins de trente années Lyon devait avoir le spectacle de débats solennels sur les plus importantes affaires dont s'occupait alors le monde civilisé. Le concile s'ouvrit dans l'église de Saint-Jean le 7 mai 127 /i. Revêtu d'ornements blancs et précédé de la croix, Grégoire X monta au jubé , accompagné de six cardinaux , de chapelains en surplis , et du roi d'Aragon qui prit place auprès de lui ; tout un peuple d'évèques , de prélats , de princes et de grands barons remplissait l'immense nef. Grégoire exposa dans un discours le but de la convocation du concile; l'affluence était si grande , que la vaste église devint insuffisante : il fallut congédier, dès la seconde séance , les prieurs , les abbés et les prélats mitres du second ordre. Bonaventure prononça im sermon éloc[uent sur ces paroles : ci Lève-toi, Jérusalem , monte sur un lieu élevé, tourne les yeux vers l'Orient ; rassemble et réunis de là tous tes enfants, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. » Ce iut Pierre de Tarentaise , archevêcpie de Lyon et bientôt pape sous le nom dinnocent V, qui porta la parole dans la troisième séance ; son discours fit une grande sensation sur les Pères du concile.
Les Grecs n'étaient point encore arrivés à Lyon; ils firent enfin leur entrée dans cette ville , en grande pompe et aux applaudissements de la population, cpi'interessait au plus haut degré le beau drame dont elle était témoin. Tous les prélats du concile , abbés et évéques , le vice-chancelier et le camerlingue de la sainte Eglise , la maison du pape , les notaires apostoliques , les camériers et une multitude de seigneurs allèrent au-devant des ambassadeurs d'Orient , hors des portes de Lyon , et ce cortège magnifique se rendit ensuite au palais archiépiscopal. Grégoire , debout et entouré de ses cardinaux , les reçut avec une vive affection , et leur donna le baiser de paix : les députés grecs lui présentèrent leurs lettres de créance scellées de la bulle impériale et du sceau d'or. Us étaient porteurs de l'adhésion formelle de l'Eglise grecque, représentée par trente-cinq métro-
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politains. Grecs et Latins se rendirent à Saint-Jean , et le pape célébra la messe pontificale : on lut Tépître en latin et en grec , réyangile fat récité dans les deux langues; Bonayenture prêcha sur la concorde et sur la primatie de FEglise romaine ; vint enfin le Symbole , qui fat entonné successivement en latin et en grec. Au moment criticpie , c'est-à-dire au lieu où il est question du Saint-Esprit, on prononça deux fois les paroles décisives : « Qui procède du Père et du Fils. » Les Grecs acceptaient le Filioque : ainsi la réunion des deux Eglises était consommée , en apparence du moins. Le pape déclara que le schisme avait cessé , et que l'empereur Michel Paléologue se soumettait purement et simplement 9 en matière de fai, à l'EgVse romaine , dont il reconnaissait la suprématie.
L'annonce d'un si grand événement produisit dans Lyon une sensation très vive , et fat l'occasion de réjouissances publiques. Un spectacle curieux vint ajouter à l'allégresse universelle : les ambassadeurs tartares, envoyés par le khan , firent leur entrée dans la ville ; on les conduisit , quoique païens , au concile , et ils eurent une place d'honneur dans la nef. Prêtres et bourgeois de Lyon étaient heureux de la réunion des deux Eglises. Jean Legris , curé de Saint-Pierre et de Saint-Saturnin (cette anecdote de moeurs locales ne doit pas être oubUée) en éprouva une telle joie , qu'il fonda à perpétuité deux processions aux fêtes de Pentecôte , l'une à l'Ue-Barbe et l'autre à la chapelle du pont du Rhône. Ces processions étaient suivies d'une distribution de pain aux pauvres, et d'une danse ouverte, sous la feuiUée, par le curé et l'abbesse de Saint-Pierre. Le revenu de deux maisons fat afiecté à la dépense de ces fêtes et de cette danse , qu'on remplaça plus tard par un feu d'artifice. ^
Mais un événement douloureux changea en deuil profond l'allégresse générale , et donna au peuple de Lyon un spectacle d'un autre genre. Accablé par un travail au-dessus de ses forces, Bonaventure mourut après une maladie de quelques jours. Il avait déjà la renommée d'un saint ; tout le concile , le pape à sa
t. — Perrbtti. I, 51. — CocHARD , DcscHpt. de Lyon , 1Î2. — Archives du Rhône, IV, 358. — Trailé historique de la danse, tome ï. — Menlstribr , des Ballets, p. 103. — A, Péricaco, Notes et docum., 7 mai 1274.
tête y assista aux obsèques du cardinal , qui furent célébrées avec la plus grande pompe. On déposa son corps dans l'ancienne église de son ordre , qui prit le nom de Saint-Bonaventure. Le saint franciscain devint le patron de la ville de Lyon; elle «ut pour lui une vénération particulière. ^
S III. Grégoire X n'avait pas été tellement absorbé par les travaux du concile, cpi'il ne se iut occupé de la querelle toujours pendante entre les bourgeois et le chapitre de Lyon. Il entendit les griefs des deux parties, se fit rendre compte de leurs droits, et s'informa soignetisement du passé. Son premier soin frit de recommander la concorde et l'oubli ; toute récrimination , toute poursuite au sujet des âdts accomplis fut expressément interdite. 11 révoqua la sentence d'excommunication portée contre la ville,, et ordonna la destruction immédiate des barricades et des fortifications c[ui avaient été construites pendant le cours de la guerre civile. Mais Grégoire X avait été chanoine de l'église métropolitaine , sa justice fîit partiale. Ainsi , il était défendu aux citoyens de s'organiser en assemblées pour délibérer de leurs affaires, d'élire des consuls ou conseillers et d'avoir un sceau : le pape se fit remettre celui dont les cinquante notables avaient fait usage. Ce n'est pas tout : Grégoire X ordonna que les clefs de la ville seraient remises entre les mains de l'archevêque , et il condamna les citoyens à payer sept mille livres viennoises , pour réparation des dommages qu'ils avaient causés aux églises de la Magdeleine , de Fourvière et d'EcuUy. Tous les droits de la ville étaient donc sacrifiés aux prétentions des chanoines : un tel arrêt, qui maintenait dans toute sa force la cause des troubles , ne pouvait amener une paix solide et durable.
Mais du moins un fait nouveau , l'intervention des rois de France , s'était produit , et devenait un espoir pour les citoyens. Ces rois n'avaient jamais oubUé que les anciens comtes du
1. — CoiciLivM Lagdonense II, CoDcUiorum lomut \igesimus ocltfos. ParisUst 1644, p. 51 S. — NiCEPHORus Gregoras , Hb. lY. — Georgius Pacuymbru , 1. V. — Gioy.. Yiluri > I . VI. — > MATTHiEua WeslroonastericDsit , anno 1274. — Martinds Polonus. »- Guilblm. ob Namgib. — CoLOKiA , II , 284. — Wadding , Annales Minorain , H , ô88. — Gibbon , The décline and fait of ihe roman empire, cbapter lui. — Flburt, Hiat. ecclés. XVIII, 181. — Drpm , Bibliothèque ecclés. X, 135. — Robroacber , HisU de l'Eglise.
Lyonnais et du Forez relevaient de leur couronne et possédaient ce pays à titre de fief. L'appel des jugements rendus par les tribunaux de l'Eglise et du Chapitre au bailli de France , à Màcon , avait été accordé aux habitants de Lyon par Louis IX , et très expressément maintenu par les successeurs du saint roi. Cette nouvelle forme dans la juridiction avait reçu son exécution entière; installés par le bailli de Màcon, les officiers royaux occupaient le palais de Roanne , ancienne résidence des comtes de Forez. Mais les archevêques n'avaient pas accepté cette atteinte à leur domination temporelle : Henri de Yillars, un d'eux, défendit formellement ces appels; et, comme les citoyens tinrent peu de compte de son ordre, il fulmina contre eux une sentence d^excommunication. Tantôt révoqué , tantôt maintenu , selon les circonstances, cet interdit provoqua des troubles qui se reproduisirent souvent. Informé de la fermentation dont sa promulgation avait été l'objet, Henri de Villars ne se crut point en sûreté dans la ville ; il se rendit précipitamment à Rome. Bientôt son siège passa à son neveu , qui ne se montra pas moins dévoué que lui aux injustes prétentions de l'Eglise.
Toujours fatigués par la double juridiction ecclésiastique, et bien déterminés à ne plus vouloir de celle du chapitre, les citoyens se rassemblèrent, comme à l'ordinaire, au son de la cloche dans l'église de Saint-Nizier : ils nommèrent, séance tenante, deux des leurs pour porter leurs réclamations à Béraud , archevêque nouvellement élu. Guillaume Buyer, l'un de ces députés , se rendit au château de Pierre-Scise , et exposa au prélat les doléances de la ville. Elle réclamait comme un droit , dit-il , de ne pas avoir d'autres tribunaux que ceux de l'archevêque pour l'exercice de la justice temporelle : Buyer présenta les prétentions du chapitre à cet égard , comme une cause permanente d'agitation et de désordres. L'archevêque écouta ces demandes et ces observations avec bienveillance; il promit d'y faire droit.
C'était le temps de la scandaleuse cpierelle entre Boniface VIII et Philippe-le-Bel. La papauté avait brisé la maison allemande de Souabe , mais les rois de France semblaient s'être substitués aux empereurs dans cette grande cause , et c'était à eux mainte-
nant que Rome s'adressait. Comme Grégoire IX el Imiocent IIl , Boni face se croyait le maître du monde : quand il eut appris qu'Albert d'Autriche , après la mort d'Adolphe de Nassau , s'était déclaré empereur, le pape indigné mit la couronne sur sa tête , et brandissant une épée : « C'est moi , s'écria-t-il, qui suis César; « c'est à moi seul de défendre les droits de l'empire. » Admettre deux puissances et deux principes , dit sa bulle Unam sanctam , c'est être hérétique et manichéen. Comme Philippe-le-Bel protestait énergiquement par ses actes contre une telle doctrine , Bonifacé lui adressa la bulle célèbre Ausculta fili, qui contenait ces paroles: « Dieu nous a constitué, quoique indigne, au- « dessus des rois et des royaumes , nous imposant le joug de la « servitude apostolique, pour arracher, détruire, disperser, « dissiper, et pour édifier et planter sous son nom et par sa doc- <i trine !... Vous traitez si mal la noble Eglise de Lyon , ajoute le « pape, et tous Pavez réduite à une telle indigence, qu'elle « pourra bien difficilement s'en relever ; et cependant elle n'est « point de votre royaume, car nous sonmaes parfaitement « informé de ses droits, nous qui avons été chanoine de son « illustre chapitre. » Ce n'était point avec un pape comme Bonifacé que Philippe pouvait mettre à exécution ses projets sur la ville de Lyon ; il attendit.
C'est vers ce temps , dans la première année du quatorzième siècle, que les religieux augustins vinrent s'établir à Lyon, sur la rive gauche de la Saône. Us bâtirent leur maison sur un emplacement que leur donna le sire de Beaujeu dans le fauboui^ de Chenevières, situé alors hors de l'enceinte de la ville, près do quartier des Terreaux. Lyon leur accorda la chapelle de St-Michel, qui devint une église régulière. Ces religieux Airent bien accueillis par la population ; leur ordre a produit quelques hommes d'un mérite distingué.
Cependant, victime de ses propres fureurs, Bonifece était mort de là douleur et du désespoir que lui avait causé l'attenta commis sur sa personne, dans Anagni, par son ennemi Colonna, et par Nogaret, l'envoyé du roi de France. Son successeur, Benoit XI, n'avait eu ni le temps ni la volonté peut-être de venger la papauté humiliée; Philippe-le-Bel jugea le moment favorable pour placer sur la chaire de saint Pierre un pape dépendant de