CLÉMENT V A LYON. — XIV** SIÈCLE. 4H
la Frauce, sa créature dévouée, toujours sous sa main, et toujours docile à servir ses projets , parmi lesquels la souveraineté de Lyon n'était point oubliée. Il y avait, parmi les cardinaux du parti français, un Gascon, Bertrand de Got, ancien vicaire général de l'église de Sens , et alors archevêque de Bordeaux , d'un esprit souple et ambitieux , sans conviction , sans beaucoup de scrupules , et disposé à tout sacrifier à son élévation. C'est l'homme que Philippe-le-Bel choisit : « Vois , archevêque , lui dit « le roi dans une conférence secrète , je puis te faire pape si je « veux , et c'est pour cela que je suis venu vers toi ; si tu me « promets de m'accorder six grâces que je te demanderai, je te 'c ferai obtenir cette dignité. » Bertrand de Got accepta : il devint le pape Clément V.
Lyon, que Philippe ne perdait point de vue, fut la ville qu'il choisit pour le couronnement du nouveau pape ; il s'y rendit en 1305, avec sa cour et Bertrand de Got. Après la cérémonie, le pape descendait en grande pompe la montée duJGourguillon ; le comte de Valois, frère du roi, et Jean II, duc de Bretagne? tenaient les rênes de sa mule ; Philippe venait ensuite , monté sur un magnifique cheval. Le splendide cortège était arrivé auprès du Verbe-Incarné, lorsqu'une vieille terrasse, surchargée d'un nombre trop considérable de spectateurs , s'écroula tout-àcoup et couvrit de ses lourds débris le brillant entourage du pape. Clément fut renversé , la tiare pontificale tomba de sa tête; un des précieux diamants qui l'ornaient s'en détacha, et disparut parmi les décombres. Le duc de Bretagne se trouvait du côté du mur; il reçut de si énormes contusions , qu'il mourut deux jours après. Charles de Valois, qui tenait les rênes à droite, n'eut qu'une légère blessure ; le roi de France courut un grand danger : douze seigneurs, broyés sous un amas de pierres et de gravier, ne survécurent que quelques jours à ce terrible accident. Un autre événement tragique eut lieu quelques jours après : Clément, après avoir célébré une messe pontificale, donnait un magnifique repas dans le palais archiépiscopal ; une rixe violente s'éleva parmi les gens de service : le frère du pape intervint pour rétablir l'ordre, et périt frappé d'une main inconnue. On ne parvint pas à découvrir le meurtrier, dont l'action est restée impunie. D'autres désordres accompagnèrent encore le couron-