GUERRE CIVILE A LYON. — XIV* SIÈCLE
représentèrent à Philippe qne ses édits causeraient un grand préjudice aux droits imprescriptibles de la couronne; que son concordat paraissait maintenir la double juridiction dont ils avaient tant à se plaindre, et que de nouveaux conflits surgiraient inévitablement. Philippe suspendit l'exécution de ses ordres.
Cependant rarchevêcpie Louis de Villars était mort, et il avait eu pour successeur Pierre de Savoie, jeune prélat, vain, présomptueux , fort de son étroite parenté avec le comté de Savoie , et bien convaincu que rien ne pouvait résister à sa volonté. Il était à Paris, lorsque son élection eut lieu; Philippe l'invita instamment à reconnaître son droit , et à prêter serment de fidélité au roi de France. Chargé de cette négociation difficile, Guillaume Nogaret vit le prélat, pria, menaça, et n'obtint rien. Pierre de Savoie se rendit à Lyon , et réussit à engager quelques citoyens dans ses projets de résistance : il ne s'agissait rien moins que de lever l'étendard de la révolte contre le roi de France. L'archevêque comptait sur les armes du comte de Savoie, son oncle, du duc de Bourgogne et du sire de Beaujeu. Sur quels indices et à quel titre? on l'ignore. Quoi cpi'il en soit, Pierre de Savoie se mit en état de rébellion ouverte; il brava les officiers du roi, fit jeter les uns en prison et chassa les autres. Peu disposée à le soutenir, la majorité des bourgeois conçut une vive indignation contre une action qui pouvait avoir pour la viUe les suites les plus fâcheuses ; ils se réunirent de nouveau au son de la cloche dans l'église de Saint-Nizier, s'organisèrent entre eux, et formèrent des compagnies armées. Elles attaquèrent et battirent les soldats de l'archevêque , s'emparèrent des prisons , délivrèrent les officiers du roi , et se rendirent maîtresses des portes de la ville et des rues qu'elles barricadèrent. Pierre de Savoie courut au château de Pierre-Scise , et s'y enferma. Une députation de Lyonnais informa le roi de ce qui s'était passé; Philippe eut bientôt raison de cette folle tentative : il s'assura du concours des grands seigneurs que l'archevêque avait considérés comme ses alliés, et fit marcher sur Lyon un corps de troupes françaises et savoyardes commandé par son fils Louis-le-Hutin, roi de Navarre. Les bourgeois de Lyon, qui servaient de tout leur pouvoir les intérêts de la France, ne permirent pas que la ville
soutint un aiégf»; il n'y eut pas de sang versé. Louis fit paisiblement son entrée, s'empara de rarchevéque, et en commit la garde au comte: de Sa?Qie. Un traité,, celui du 10 avril 1312, mit fin à ce semblant de guerre^ : le roi de France rendit è^ Farchevèque le château de Pierre-Scise, et lui maintint le droit, soit de battre monnaie, soit de lever des troupes pour sa défense personn^e; mais il se réserva très expressiément la souveraineté temporelle. On rasa les fortifications du cloître de Saint-Just. Maître de droit et.de fait, Philippe établit dans Lyon ses officiers, un sénéchal, unviguier, un juge d-appel, un juge royal et un trésorier; son sénéchal était en fonctions dès Tannée 1313. Ainsi la villç de Lyon se trouvait désormais réunie à la couroime de France.
Des circonstances plus heureuses pour Tafcbevéque se présentèrent : un nouveau roi, Philippe-le-Long, régnait; il fut sollicité vivement d'être favorable à Farchevèque; mais les Lyonnais ne faisaient pas moins d'instances pour faire reconnaître leurs franchises. Un traité définitif, souscrit en 1320, eptre le roi et l'archevêque Pierre de Savoie , régla les prétentions respectives du roi de France , des bourgeois et de l'Eglise : l'archevêque reconnaît tenir en fief ses possessions du roi de France; le roi transporte à l'archevêque la juridiction haute, moyenne et basse de la ville de Lyon ; l'archevêque a la seigneurie de la ville , et le roi la souveraineté. Des articles spéciaux déterminent les franchises de la cité : les habitants de Lyon pourront se réunir en assemblées, et élire des conseillers et un procureur- syndic pour l'expédition de leurs affaires. U leur est permis d'avoir des. archives; ils auront le droit d'établir des taxes pour le service de la ville, et, en cas de nécessité, de faire le guet la nuit, et de se réunir en^ armes. Ils auront la garde des cle&; l'archevêque ne pourra établir sur eux ni taxes, ni collectes; la juridiction de la ville appartiendra exclusivement à l'archevêque. Le bailli de Mâcon sera juge des appels; on ne 'pourra informer dans la ville de Lyon contre les citoyens et habitants , hors les cas de meurtre , de trahison ou de vol , et tout individu arrêté pour d'autres délits sera mis en liberté en donnant suffisante caution de se présenter quand il en sera requis.
1. — Celle dale a élé fixée par M. \. PéricauJ. Voyez Repue du Lyonnais ^ lY, 10.