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faciles ; il y eut une grande économie de temps et de dépenses de toutes sortes. Mais le représentant du roi de France , dans l'ordre judiciaire , était encore éloigné de Lyon ; il franchit]ce dernier pas et vint s'installer , avec le gardiateur ou gouverneur, au palais de Roanne, situé dans le cœur même de la ville , au pied de la colline de Fourvière.
L'histoire de ce palais est curieuse ; elle présente de fréquents changements de maître. Il avait appartenu d'abord aux comtes de Forez, puis aux Dauphins de France, leurs alliés; et, enfin, il était devenu la propriété très contestée du chapitre. Cet hôtel fut d'abord le séjour provisoire du représentant du roi, le bailli de Màcon , lorsque ce haut fonctionnaire venait exercer à Lyon les devoirs de sa charge. U reçut peu à peu le notaire royal, le procureur royal , les sergents royaux , le gardiateur installé à poste fixe , le maître des ports , le prévôt des monnaies , le juge particulier des juife chargé de recevoir les impôts dont ils étaient firappés , et enfin le commandant militaire de la force municipale , fonctionnaire dont l'office était réuni souvent à celui du gardiateur ou à celui du bailli de Mâcon. U n'y avait plus de place au palais de Roanne pour les chanoines; et cependant l'archevêque et le chapitre se considéraient comme les propriétaires légitimes de ce royal hôtel. Un des sergents royaux , logés au palais , avait arrêté un nommé Jean Burtet , en vertu d'une commission que le sénéchal lui avait délivrée : les officiers de l^glise l'assaillirent sur la voie publique , lui enlevèrent son manteau et son épée sur laquelle étaient gravées les fleurs de lis j marques de son office, le conduisirent dans les prisons de l'archevêché et lui mirent les fers aux pieds. Un autre sergent royal fut, bientôt après, également insulté, dans l'exercice de ses fonctions, par un officier ecclésiastique. Le roi avait alors pour bailli un homme d'un caractère énergique : c'était Archambault de Combom. Il y avait oJBPense publique à l'autorité souveraine;
« ÎDJusIiaes , par des extorsions illicites contre leurs libertés et (randiises , les usages et les « coulutuesdu pays, ou permettant que d'autres leur fisseut de semblables torts... Pendant « les informations et etiqaestcs que tous ferez , nous voulons que nos olÛcicrs et sergeiTs m soient sospendits de recercîoe de leurs charges , que TOns les en privies , et que tous eii « substituiez d'autres , comme tous jugerez k propos, i» {Ordonnances deê rois de France de la troisième race , II, 260.)
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Àrchambault demanda une réparation, et n'obtint qu'une réponse dérisoire de l'archevêque Charles d'Alençon. Ce prélat fît plus encore : il chassa du palais de Roanne les officiers du bailli , et fit emprisonner un fermier du roi. Ainsi la lutte était engagée; son résultat devait décider de la propriété du palais de Roanne. Axchambault se saisit de la personne de deux des principaux officiers de l'archevêque , le courrier et le prévôt, fit évacuer du palais les gens de l'Eglise, cloua les portes de l'auditoire de la justice ecclésiastique et y fit apposer les emblèmes de la puissance royale. Exaspéré par cet acte de vigueur, Charles recourut à ses armes ecclésiastiques; il jfrappa d'interdit la ville et le bailli. Les chanoines-comtes refusèrent d'abord de recevoir cette sentence; mais, après quelques hésitations, ils durent céder aux ordres et aux menaces de leur seigneur spirituel : cet interdit dura sept mois. L'archevêque crut à son triomphe, et, dans l'orgueil de sa victoire , il fit sculpter sur une pierre ses armoiries que portait un lion couché et subjugué. La joie du prélat fut de courte durée : les officiers du roi mirent le séquestre sur ses propriétés, et le bloquèrent étroitement dans son château de Pierre-Scise : il fallut transiger. Bientôt après Charles mourut, et eut pour ' successeur sur son siège pontifical Jean de Talaru : dès-lors il n'y eut plus de contestation possible pour la propriété du palais de Roanne.
Ainsi le pouvoir royal se fortifiait de plus en plus ; il s'était avancé eu quelque sorte par étape , depuis Màcon jusque dans le palais de justice , point intermédiaire entre Tantique cité de Plancus et la ville nouvelle , bâtie entre les deux fleuves. Poursuivi dans toutes ses prétentions , l'archevêque avait été obUgé de reconnaître la souveraineté royale, même sur ses domaines de la Bresse et du Dauphiné, dont il faisait hommage à l'empereur. Fort des sympathies des bourgeois de Lyon , le roi de France ne voulait plus laisser si près de leur ville la suzeraineté d'un prince étranger. Le gardiateur des privilèges des Lyonnais , qui s'était transformé en gouverneur, empiéta quelquefois sur les libertés pubUques dont la garde lui avait été conmiise. Au roi appartenait la défense de Lyon quand la ville était menacée par la guerre, Lyon et son comté étaient devenus un fief de la couronne.
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La justice était rendue au nom du roi. Un juge du ressort, siégeant au palais de Roanne , connaissait des principales affaires ; ses attributions s'étendaient progressivement , au détriment de celles du bailli de Mâcon , qu'elles absorbèrent bientôt d*une manière complète. Ce juge recevait les appels des citoyens qui étaient détenus dans les maisons d'arrêt de l'archevêque ou du chapitre , et, au besoin, il ordonnait le transfert, dans les prisons royales, des prévenus d'un délit ou d'un crime. Toute l'autorité royale était confiée au gouverneur, dont la puissance , fort considérable , s'étendait sur le Bourbonnais, le Forez , le Beaujolais, l'Auvergne, la Bresse et la Dombe; aussi ce haut fonctionnaire avait-il des lieutenants. Le roi avait à Lyon son présidial , ses intendants , son hôtel des monnaies , ses receveurs des finances , ses officiers des douanes; il ne laissait aux conseillers et aux échevins que Tadministration de la ville. Tous les habitants de Lyon étaient tenus de prêter serment à l'autorité royale dès qulls avaient atteint Tâge de quatorze ans, et ce serment devait être renouvelé de dix années en dix années. Un acte conservé par Menestrier montre combien le roi avait à cœur cet engagement solennel. *
Ainsi le pouvoir royal ne cessait de s'étendre et de se consolider à Lyon ; il n'arrêta cependant pas l'essor du gouvernement consulaire , dont les attributions étaient très distinctes.
t. — Voici la formule du serment que prêtèrent les habitants : «• Et aussi Nous Conseillers pour nous , et nos Scyndics , et Procureurs , en nom de toute la tmiversîté et lialûcuis do fijon f qui ores sont , et qui par temps seront de l'âge de quatorze ans , et dessus , seront tenus de faire et feront dés ores k nostre seigneur le Roy de France , se il est présent à Lyon, ou à ses gens en absence de li, le serment de féalté que s'ensuit: Jurerons et jurons SI» saints Evangiles corfiorellement que nous serons fénls au Roy et à ses successeurs Roys de Prance, et que nous leur aiderons en bonne foy et sans fraude de tout nostre pooir à la «léfcose et è l'honneur du Roy et de ses successeurs et du Royaume encontre toutes personnes; et que nous entendons et garderons l'accort présent fermement , et tout ce que contenu y est et encore plus; que si lesdits Archevesque ou Doyen et Chapitre, ou tous ensemble, vouloienl désobéir, ou rebeller au Roy ou à ses successeurs , on à leurs gens , que jà n*af iegne , nous ne serions tenus de eulx aidicr , ne de rien ne leur aiderions , ains serions tenus de aidier le Roy et ses successeurs , et leurs gens , ft contraindre les à venir à obéissance au Roy do tout notre pooir en bonne foy et sans fraude , et que ledit serment sera faict et renouvelle perpétuellement à temps d'an mesine Roy, de dix ans en dix ans. • (MEXEsmca, //t.vf., 4C0.)
«t Procet-verbal du huiciiesme juin 1373 , contenant la prestation de serment faite pour l'observance du cou tract de 13^0. >• (Memestiiier , Prevves de l* Histoire consulaire , 69.)
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$ Ifl. Le gouvernement municipal ou consulaire n'était point nouveau en France.
Obligé de quitter ses états pour aller défendre les frontières, Philippe-Auguste, ne sachant que faire de Paris, eut la pensée d'en confier la garde aux citoyens eux-mêmes. Il fit fortifier la capitale du côté de la Normandie qu'occupaient alors les Anglais, et désigna sept des principaux bourgeois pour être les chefe de la communauté et prendre l'administration de la ville.
Cette innovation donna beaucoup à penser aux Lyonnais; ils se demandèrent comment ils ne s'en attribueraient pas les avantages. L^administration partiale, vexatoire et compliquée de l'Eglise les fatiguait beaucoup; elle avait £adt son temps. Ces braves bourgeois ne pouvaient attendre la liberté municipale que de leur courage; il ne leur fit pas défaut. Lasse de l'oppresvsion, un jour la Commune dit à l'archevêque et au chapitre qu'elle ne voulait plus de leur gouvernement : elle organisa une administration municipale qu'elle chargea de ses intérêts, et dont les membres, appartenant à des familles notables, forent pris dans son sein <. Ce peuple de Lyon , enfin émancipé, déclara qu'il voulait avoir les clefs de la ville et qu'il entendait se garder lui-même. La lutte fut vive ; elle se prolongea pendant la première moitié du treizième siècle.
t. — L'histoire de Lyon doil conseirer les noms des premiers membres du Conseil municipal de la ville ; les voici , avec de légers changemenis à l'orlhographe du temps : Mallhiea de Feurs de Panetière , Bernard de Cliapponaj , Jean de Varey , Jean de Cbapponay , Barlliélemy de Cliapponay, Pierre de Varey, Barthélémy de Varey, Bernard de Varey, Maltliieu de la More, Thomas de Varey, Raoul de Varey, Humbert de Varey, Durand de Fenrs , Barthélémy de Feurs, Pierre de Saint- Vallier , Rémond FiUatre, Etienne de Courtil, Hugues de Feurs, Jean de St-Cher, Etienne d*Anzie , Pierre de Chalans , Guillaume Bouvaldi , Etienoe F.ldin , Etienne de Saint-Michel, Pierre Raymond , Jean du Pnys, Guillaume Le Blanc, Pierre Le Blanc, André Raffin, Barthélémy de la Porte, Hugues do Rocbetaillée , Poronel deChapponay , Guiotin do la Mure , Jaquinot Alamanni, Peronel de l'Eclute , Thomas Dodieu , Gml> laume Dodicu , Pierre Boyer, Guillaume Boyer, Humbeil Langlois , Pierre Cliamosaîn, Aynon de Vienne , Jean Gay, Aymon Corneion , Pierre de Merus , Nicolas de Concbes, Guillotin de Pons , Jean de Dorclies , Bernard Maloo , Girard Alamanni , Nicolas Boz , Jean Vandrao , Pierre de Nièvre, Falcoiicl du Puys, Pierre Dos, Pierre de Vaux, Guilbnme Grigiieux, l^ierre de Vienne , Jean do Loxanne, Humbert de Dorches, Hugues Pdlelier, Geoffroy Girood, Pierre Balmont , Humbert Cappel , Nizier de l'Albenl , Martin Tricas , Martin Lombardi , Pierre liO Roux , Aymou Varissant , Pierre Acarie , Ponce de Florieu , Jean de Forei , Jean Liaiard.» Voyez (plus haut, page 400) ces méroeinoms, avec Torlhographe du treitiéBie Siècle.
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Après la démission de rarcheyéqae , Philippe de Sayoie , il y eut on changement, non dans la forme de l'institution, mais dans le nombre des conseillers^ qui de cinquante fiit réduit à douze. Le gouvernement municipal existait, sinon de droit, du moins de fait; la commune s'administrait elle-même par ses magistrats librement élus, votait des taxes, Élisait sa police, gardait ses portes, et prenait les armes au besoin.
Mais elle n'était cependant pas assea forte encore pour se défendre contre ses ennemis naturels, l'archevêque et le chapitre. Alors le roi de France intervint : il donna à la commune émancipée un magistrat nommé par lui , et dont TofiSce consistait à la défendre contre les abus de pouvoir et les empiétements de l'Eglise. Cet officier royal ne recevait sa commission que pour une année , mais il pouvait être réélu. Les rois de France confiaient souvent les fonctions de gardiateur de Lyon au bailli ou au sénéchal de Màcon; ils les déléguaient d'autres fois à quelque seigneur du pays, qui prenait le titre de gardiateur, de gouverneur ou de capitaine. Us avaient un motif tout particulier pour établir dans la ville un représentant de leur autorité : réuni à la couronne, Lyon, ville firontière et une des clefe du royaume, touchait au Dauphiné et était voisin de la Savoie, terres de l'empire. U leur importait donc beaucoup que leur pouvoir y tàt respecté.
L'ennemi étranger n'était pas loin; quelques lieues seulement le séparaient d'une des plus grandes villes de la France. Lorsque l'indépendance nationale était menacée du côté de l'Est et du Midi , Lyon prenait place dans les opérations militaires , et il appartenait dès^lors au roi de France de pourvoir à sa défense. Si une grande expédition aur-delà des Alpes était méditée, Lyon devenait le quartier-général et le point de départ de l'armée. Ainsi, d'importants motife engageaient le chef de VEtat à être maître de cette grande viUe; il y était représenté constamment par un gouverneur ou par un Ueutenant , mais il n'y avait aucun inconvénient à laisser l'administration municipale aux représentants de la bourgeoisie : au reste , en devenant partie intégrante du royaume , la ville avait fait ses conditions.
Cependant le consulat ne fiit formeUement institué et reconnu que seize années après le contrat de iS^O ; il fut dès-lors un
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corps constitue , ayant qualité pour faire des traités et passer des actes, tandis qu'avant cette époque il était obligé de se servir, comme d'intermédiaires, de syndics et de procureurs. Il y eut quelques modifications de peu d'importance dans les formes de Tadministration municipale , mais les principes de Tinstitutioii demeurèrent intacts^ et ils ont subsisté, respectés du roi de France et de la Commune de Lyon, pendant plus de trois siècles.
Lorsque Lyon, aflranchi de la domination temporelle de ses archevêques , s'unit à la couronne de France , il fut administré par plusieurs pouvoirs dont les attributions étaient distinctes ; c'était l'autorité du roi, représentée par le gardiateur, par divers officiers royaux , tels que le viguier, le trésorier, etc., et par le bailli de Màcon, juge des appels; c'était l'administration consulaire, dont on vient de voir les attributions , et c'était enfin l'autorité de l'archevêque , toujours très grande et à des titres divers. L'archevêque avait l'administration de la justice dans la ville; sa juridiction épiscopale s'étendait sur les diocèses d'Autun, de Ghâlon, de Langres et de Màcon, dont les évêques étaient ses sufiîragants; enfin, comme on Ta vu, la primatie embrassait cinq archevêchés ou provinces ecclésiastiques.
La question de droit décidée, une grande formalité restait à remplir : c'était l'enregistrement et la proclamation de la charte qui liait les citoyens , le roi de France et l'archevêque de Lyon; elle eut lieu le 15 décembre lft36, avec une grande solennité. Assisté de deux notaires royaux, le lieutenant du sénéchal, représentant de l'autorité du roi , tint des assises extraordinaires au bourg de l'Ile-Barbe : une grande multitude de Lyonnais et tous les habitants des communes voisines s'y rendirent. Quand la séance fut ouverte, l'officier royal manda les conseiUers de la ville ; ils se présentèrent accompagnés par quinze des principaux bourgeois. Une requête, adressée à Barthélémy de Montbrison, lieutenant de Philippe de Chevrières, bailli de Màcon, sollicitait l'eiuregistrement et la publication de tous les privilèges, lettres-patentes et autres actes concernant les grâces , inmiunités, firanchises et libertés accordées par les rois de France à la ville de Lyon; elle était revêtue de ces signatures : Bernard, Huon dit Barraux, Perronin Chevrier, Aymon de Durchia, Louis et Barthélémy de Varey, Pierre de Pompierre , Hugonin Grigneux et