‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 177 sur 262 · ORGANISATION MUNICIPALE. XIV® SIÈCLE. A · texte numérisé non relu

ORGANISATION MUNICIPALE. XIV® SIÈCLE. A

Etienne de Villeneuve , conseillers de ville. Le viguier lut à haute voix le recueil de ces privilèges et immunités , examina avec soin récriture et les sceaux, et demanda au lieutenant du sénéchal s'il consentait à leur enregistrement et à leur proclamation. Barthélémy de Montbrison répondit par une adhésion entière. <c Avez-vous quelque observation ou quelque opposi- « tion à faire ? » dit le viguier au procureur-général de Farchevéque; Toffîcier ecclésiastique donna son consentement. Interpellés à leur tour, les bourgeois rassemblés répondirent par leur approbation; ainsi, toutes les parties contractantes avaient accepté. Alors les deux notaires royaux dressèrent Tacte d'enregistrement; une commission spéciale , chargée de £iire un examen minutieux du recueil ou registre des privilèges de la ville, procéda à cet office avec un soin religieux. Jean Mouton, cha^ noine de Fourvière, Vincent d'Aix et Poncet de Beaune, sergents du roi, Jeannet Lotho de Saint- Just, Hugonet Troilliet et plusieurs autres témoins composaient ce conseil de vérification. On ne pouvait apporter plus de soin et de solennité à Fenregistrement authentique des privilèges et immunités de la ville de Lyon; Tarchevéque Henri de Villars confirma tout ce qui s'était passé aux assises de File-Barbe : le gouvernement consulaire était enfin institué.

Depuis cet enregistrement officiel de la charte lyonnaise, lesi conseillers commencèrent à passer des actes et à faire des traités^ en leur propre nom, pour le service de la ville; ils agirent dès-lors, comme les représentants légaux de la cité.

Il n'est pas temps encore d'étudier Fétat poUtique des Lyonnais sous le régime nouveau qu'ils ont conquis, et d'exposer, dans leur ensemble , leurs immunités et privilèges; libres en droit, peut-être ne le sont-ils pas complètement de fait. Placés entre le pouvoir déchu de FËglise et le pouvoir naissant mais déjà prépondérant de la royauté, ils ont chaque jour à se défendre des réminiscences de Fun et des empiétements de l'autre. Une grande population n'est pas, d'ailleurs, façonnée tout d'un coup au régime de Findépendance ; elle a son éducation à faire , et bien des années s'écoulent avant que Fexpérience Fait suffisamr ment formée : c'est ce qui arriva aux bourgeois de Lyon après leur émancipation glorieuse. On leur rendra, du moins, cette

628 XIV® SIÈCLE. — OII6ANISATI0M MUNICIPALE.

justice qu'ils n'abusèreat pas de leur fortune , et qu'ils légitimèrent leurs droits en bien accomplissant leurs devoirs. Ils n'exercèrent aucunes représailles contre la puissance dépossédée; on n'eut à leur reprocher aucune vexation contre les propriétés ou contre les o£Sciers de l'Eglise. Leurs magistrats prirent au sérieux la forme de gouvernement qu'ils s'étaient donnée; tous veillèrent avec un soin extrême à la conservation des privilèges et des franchises de la ville. On les voit, dès les premières années de l'existence de l'administration consulaire , occupés constamment à maintenir les droits de la cité , à réprimer les abus , à réclamer contre les abus d'autorité des officiers , soit royaux , soit ecclésiastiques. Dirigée par ces dignes chefs, la Commune lyonnaise obtient de règne en règne des concessions nouvelles , non par l'obsession , mais par sa fidélité aux rois de France ; sollicitée fréquemment de prendre le parti de la révolte , elle refuse toujours. Je dirai, dans l'un des chapitres suivants, quels étaient les privilèges de la bourgeoisie de Lyon , au temps de leur extension la plus grande, et lorsqu'ils étaient reconnus sans aucune opposition.

Comment avaient lieu les élections des conseillers de la ville pendant la première moitié du XIV* siècle? Leur forum était saus doute démocratique : on convoquait indistinctement tous les citoyens dans la chapelle Saint-Jacques , au son de la cloche de Saint-Nizier; et on procédait à la nomination, en recueillant les suffirages des corps de métiers. Aucune condition n'était sans doute attachée à l'exercice du droit électoral; chaque bourgeois et ofaàque ouvrier votait en parfaite liberté , et avec une indépendance égale : toutes les probabiUtés , du moins , paraissent ^annoncer. Mais insensiblement le droit d'élection fut retiré au peuple ) non-deulement à la classe ouvrière, mais encore à celle des petits bourgeois ; il devint un privilège aristocratique au XV® siècle : quand l'ordre des temps aura amené cette époque, on verra comment la bourgeoisie , maltresse des afiSûres , orgaqisa le mode de nomination des conseillers de la ville. Dépossédées de cette prérogative , les classes inférieures réclamèrent; elles demandaient non-seulement le droit de vote, mais encore une part dans l'administration , c'est-à-dire la faculté de fournir des conseillers et des échevins. Nous dirons bientôt quels furent

ORGANISATION MUNICIPALE. — XIT^ SIÉCLB. 429

les résultats de ces prétentions , qui ne s'exprimèrent pas toujours sous la forme d'observations respectueuses; de graves mésintelligences ne devaient pas tarder à éclater.

De leur côté y les archevêques ne s'étaient pas résignés à la perte de leur domination temporelle, et ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour revendiquer leurs droits par la force. Elle ne pouvait manquer de se présenter; pendant l'enfantement du gouvernement consulaire, la France était accablée par d'immenses catastrophes, et succombait sous le poids de ses misères : son histoire au XIV® siècle est trop intimement Uée avec celle de Lyon, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en esquisser le tableau.

CHAPITKF. II.

Page 1