XIV* SIÈCLE. LES GRANDES- COMPAGNIES
Venus passèrent outre , et puis tantôt enti^èrent en Farchevéché de Lyon; et ainsi (pi'ils alloient et cheyauch«ient,ilsprenoient petits forts où ils se logeoient , et firent moult de destourbiers partout où ils conversèrent ; et prirent un chàtel et le seigneur et la dame dedans , lequel château s'appelle Brinay , et est à trois lieues près de Lyon sur le Rhône : là se logèrent-ils et arrêtèrent, car ils entendirent que les François éloient tous traits sur les champs et appareillés pour eux combattre. »
Jacques de Bourbon avait entièrement organisé son armée ; il se dirigea sur Briguais. Grand nombre de chevaUers et d'écuyers marchaient à Tennemi bamiières déployées ; de toutes parts apparaissaient les brillants insignes de la fèodaUté : Uons , aigles , tours , besants des croisades ; les casques , les écus et les lances des honuues d'armes resplendissaient au loin. Là chevauchaient les gentilshonunes d'Auvergne , du Limousin, de la Provence , de la Savoie et du Dauphiné ; ici , beaucoup de chevaliers et d'écuyers accourus du comté et du duché de Bourgogne. Un des che& de cette noble armée était Arnaud de CervoUes , ancien routier, surnommé l'Archiprètre , parce qu'il possédait un archiprêtré , bien qu'il fût séculier : seize cents hommes marchaient sous ses ordres. Jacques de Bourbon avait auprès de lui ses deux fils , le comte d'Uzès , Renaud de Forez , et d'autres seigneurs de grande distinction. Toute cette noble armée se promettait une victoire facile d'un ramas de bandits mal commandés et mal armés : elle comptait plus de trente mille combattants sous ses bannières.
Quelques notions topographiques rendront plus fia^cile l'intelligence de la bataille. Le petit village de Briguais , beaucoup moins grand au XIV® siècle qu'il ne l'est aujourd'hui , est situé à l'extrémité Nord d'une petite plaine de quatre kilomètres de longueur sur un kilomètre de largeur , ei traversée par les sinuosités d'un petit ruisseau nommé le Garon, qui coule de l'Ouest à l'Est et va se jeter dans le Rhône , non loin de Givors ^ Plusieurs
i. — L'opinion qu*on vu lire >ur le lieu oà la bataille de Briguais fut donnée eft cdle d'André rinpassoii {AfanuMc. de V académie, et j^rchiv. dudép. dnRhAnê, III, 413). Je l'ai vérifiée «or les lieux, le livre de Froissnrl 5 la main : <lix fois j'ai parcouru ces collines et ces vallons , cl j<' nie suis convaincu que le champ de l>atnille n'avait pu élre autre pari. L*t»i'inion q«ii
BATAILLE DE BAIGNAIS. XIY^ SIÈCLE. UUi
collines masquent le yillage au Nord , dans la direction de Lyon , et ne laissent ^ on le voit, de ce côté qu'un intervalle étroit. Tout le sol est couvert d'une couche épaisse de ces cailloux roulés doot cette partie du Lyonnais est pourvue si abondamment *. Voici quelle était la position des deux armées :
place le camp de Jacques de Bourboo entre Saint-Geois et Briguais , dans un lien nonmé Montrond , n*a aucune probabilité.
1. »• Un commentateur de Froissart , Denis Sauvage , décrit ainsi ta topographie du champ de bataille :
m M'étant retiré comme autrefois , dit-il , en la petite ville-bourgade de SaiogenisJ^fal ,
«• deux lieues françoises par delà Lyon , selon la descente du Rosne du costé du royaume ,
« et à une semblable lieue par deçà Briguais , pour vaquer plus solitairement à mes études
« et revoir ticrcement les présentes histoires de Froissart devant que de les faire imprimer
• sur ma correction , maistre Mathieu Michel , mon lioste et bon ami , précepteur de quel-
« ques jeunes eufaos de certains bourgeois de Lyon , ayant souvent ouy parler du fait d'ar-
•t mes en suivant à ceui du pays , le matin du vingt>septièmejour de juillet 1558 , me con-
« duisit , en allant le droit chemin de Saingenis à Brignais, jusques à environ trois quarts de
•< lieue fraoçoise , au bout desquels sur le costé gauche de nostre chemin trouvasmes un
« petit mont ou tertre couvert d'un petit bosquet de jeunes chesnes et de redrageons de
« chesneanx en forme de taillis « là où les plus anciens hommes du pays , selon le rapport
« des ayeuls aux pères et des pères aux Gis, disent qu'étoienl campées les compagnies qu'ils
« nomment les Aoglois , s'abusant en ce qu'ils pensent que les Anglois aient été défaits en ce
M lieu. Illec , en conférant la description de nostre auteur au Jieu propre, et estant allés jus- « qu'à la villette de Brignais , qui n'est qu'à un quart de lieue par delà ce petit mont , et
m ayant d'avantage circui tout Tenviron , trouvasmes que cette mesme montaignelte, que les
«• gens du pays appellent le bois du Goyet , estoit vraiment le fort que nostre auteur descrit ,
« et qu'il n'y a rien de faute , sinon qu'il la dit ici haute montagne f encore qu'elle ne se puisse
« vraiment nommer que tertre ou colline , comme aussi les abrégez ne disent simplement
« que montaigne. Cette montaignette , colline ou tertre, estant située en une combe aucune-
« ment bossue qui tend d'un gros hameau nommé le Pérou, jusqutfs à Brignais , est flanquée
« d'une monlaigne nppelA le Moot-lez-Barolles du costé droit , et d'une autre montaigne
•• prenanl son nom du village d'Erigny du costé gauche. Au jour dessus dit pouvoit avoir pour
m son orient le vrai endroit de la ville de Lyon , pour son midi celui du village de Vourles, •• pour son occident celui de Brignais , et pour son septentrion le mont des Barolles beau-
•. coup plus élevé , la descente duquel l'approche si fort qu'il n'y a que le chemin qui mène
« de Saingenis à Brignais qui fasse la séparation de l'une à l'autre. Du c^sté de son orient
«• il y a une assez belle petite plaine à bas , puis de costé mesme se dresse incontinent roide-
•I ment, mais non gueres hautement et presque ainsi du costé de septentrion, jusques à tant
« qu'il fait un coupeau comme en forme de rondelle , dont il a eu quelquefois le nom de
•• Moutroud et maintenant de Montraud , envers aucuns , par langage corrompu. Ce coupeau
«« moustrant encore pour reste de l'enceinct des tranchées du fort des Compaignies jusques à
•* trois pieds de profondeur et jusqbes à cinq ou six de largeur , presque tout à l'entour ,
•• avec autant de rampart que le temps en a peu souffrir parmi monceaux de caillons au
«• dedans du fort, peut avoir environ cinquante grands pas en diamètre et environ sept vingts
•• en contour; et devers son occident s'avale si platement, qu'il s'évanouit incontinent en