‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 181 sur 262 · XIV® SIÈCLE. LES GRANDES -COMPAGNIES · texte numérisé non relu

XIV® SIÈCLE. LES GRANDES -COMPAGNIES

Moins nombreuses que rarmée française , moins homogènes, moins riches en ces nobles hommes si bien armés de toutes pièces qu'on les eût pris pour des murailles d'acier, les Grandes-Compagnies n'étaient en effet autre chose que des bandes d'aventuriers de diverses nations, du Midi de la France surtout. Elles avaient peu de cavalerie, peu d'archers; leur force consistait dans l'intrépidité froide des pillards aguerris qui les composaient, et dont le nombre était d'environ quinze mille hommes. Les chevahers couverts de fer n'étaient plus, à beaucoup près, aussi redoutables sur le champ de bataille qu'ils l'avaient été longtemps; ils avaient même valeur, mais non même fortune. Des paysans aux mains calleuses osaient leur tenir tête; l'infanterie commençait à compter pour quelque chose , et une grande révolution dans l'art de la guerre se préparait. Inférieurs en nombre et en chevaux, les Tard-Venus cherchèrent à compenser ce désavantage par la force de leur position ; ils postèrent la moitié de leurs bandes sur unejcolline d'un accès difficile , qu'ils entourèrent de retranchements, et cachèrent l'autre dans un pli profond du terrain. Il y avait une communication libre entre les Compagnies, au moyen des vallons ; le front de leur armée faisait face à l'espace étroit que les coUines laissent au Nord , du côté de Lyon. Ainsi les Tard-Venus avaient habilement protégé leurs flancs , et ne pouvaient être assaillis qu'au travers d'une bande de terrain assez resserrée pour rendre la cavalerie ennemie inutile : les Français ne pouvaient aller à leur colline que par un défilé.

Mais de tels obstacles ne pouvaient arrêter Jacques de Bourbon ; il ne négligea cependant pas la prudenœ, et voulut connaître positivement la force et la position de 1 ennemi. Ses coureurs pénétrèrent sans difficulté jusqu'au camp des Tard-Venus;

« uuc assez grande plaioe qui eoTÎronne tout Brigoais. El de ce cosié où detoit estre Ventrée

«• du fort , n'y a nulle marque de tranchée par l'espace d'environ douze grands pas ; mais

«• tost après elle recommence vers le midi , duquel costé se trouve une bien petite combe ,

« comme le fond d'une vague , se rejetant sur un autre plus bas coupeau nommé le petit

« Montrond ou Moulraud , qui s'aplanit incontinent de tout Ters Voarles et vers Erigoy.

m Et en telles plaines continues s'estoient cachées la plupart des Compaignies derrière ces

« deux coupeaux. Si nous fut dit , et a esté souventes fois depuis par gens dignes de foj »

•> qu*il n*y a pas longtemps qu'on a trouvé plusieurs bastons et autres harnois de guerre

•» dedans les terres d'environ. ••

BATAILLE DE BRIGNAIS. — XIV® SIÈCLE. bUS

ils rexaminèrent avec soin et sans être inquiétés en aucune façon : tout était immobile et silencieux sur la colline. Ces hommes vinrent faire leur rapport au général : « Nous avons vu, dirent-ils, « les Compagnies rangées et ordonnées sur un tertre , et bien « avisées à notre loyal pouvoir; mais, tout considéré , ils ne sont « pas plus de cinq à six miUe environ , et encore sont-iLs mal «< armés. » Quand M essire de Bourbon eut entendu ce rapport , il dit à TArchiprêtre qui était près de lui : « Archiprétre , vous m'avez <c dit (pi'ils étoient bien quinze mille combattants , et vous oez « tout le contraire. — Sire , répondit FArchiprètre, encore rien « y cuidé-je mie moins, et s'ils y sont. Dieu y ait part, c'est « pour nous : si regardez à qui vous en voulez faire. — En nom « de Dieu , répondit sire Jacques de Bourbon , nous les irons M combattre au nom de Dieu et de saint George. »

L'Archiprêtre avait donné de sages avis, non-seulement sur la force réelle de l'ennemi , mais encore sur la manière de conduire la bataille avec un ennemi qu^il connaissait si bien. Il voulait (pi'on attirât les Compagnies hors de leurs retranchements et de leurs collines, et promettait de les détruire si on les amenait dans la plaine; mais il fut peu écouté. Cette bouillante noblesse n'obéissait qu'à son courage ; elle méprisait de misérables bandits : entraîné par l'ardeur de ses chevaliers , Jacques de Bourbon fit ses dispositions pour l'attaque des Compagnies.

C'était le 2 avril 1362 *. Jacc[ues de Bourbon mit en bomie

1. — La date a été l'objcl d'une assez longue controverse. « Celte halaîUe dé Briguais , ditFroissarl , fut l'an de grâce , Notre-Seigueur, 1361, le vendredi après les grands rameaux.» Pâques eut lieu celle anoée le S8 mars : ainsi la bataille eut lieu le 2 avril ; mais l'épitaphe de Jacques de Bourbon , dans l'église des Dominicains de Confort , désigne formellement pour cet événement l'année 1362. Pâques arriva cette année le 17 avril : ainsi , celte année, le mardi 6 avril. Cette date, dit M. Buchon, concorde bien avec l'épitaphe; plusieurs historiens l'ont admise : les auteurs de V^ért de vérifier les datai , et M. de Sismondi , fixent au 2 avril 1362 le jour de la bataille , et au 6 avril le jour de la mort de Jacques de Bourbon. On ne peut donner comme une preuve décisive le texte de l'épitaphe; il se rapporte aussi bien à la date de la bataille qu'à celle de la mort de Jacques. La Biographie universelle commet sur ce point d'étranges erreurs; selon elle , « Jacques de Bourbon , comte «le la Marche, périt, ainsi que son fils , en combattant les Tard-Venus, â Brignais, en Languedoc, Van 1661. » (Tome V, 2« édit , p. 261; Louis II, duc de Bourbon.)

Voyez sur cette date les notes de MM. Dacier et Buchon , dans leurs éditions de Froissart.

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