‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 186 sur 262 · CHARLES VI. XIV^ SIECLE. ÛÙO · texte numérisé non relu

CHARLES VI. XIV^ SIECLE. ÛÙO

n^exerça point par lui-même les fonctions de sa place ; de plus grands intérêts le retenaient à Paris. Des gouverneurs et leurs lieutenants remplacèrent définitivement, sous Charles V, les sénéchaux et les baillis; cependant il n'est pas certain que ce changement dans les formes de l'administration n'appartienne pas au règne de Louis XI.

$ V. A Charles V avait succédé un enfant de onze ans, doué de dispositions heureuses , bon , affable, d'un caractère très doux, mais faible et de peu d'intelligence. Les trois oncles paternels de Charles VI se disputèrent la tutelle du roi mineur : c'étaient les ducs d'Anjou, de Berri et de Bourgogne; un autre prétendant, le duc de Bourbon, oncle maternel du roi, ajoutait aux embarras déjà fort grands de la situation. Ces princes formaient une haute aristocratie, qu'une politique sans prévoyance avait dotée, sous le titre d'apanage , du gouvernement de vastes provinces. Il n'y avait presque plus d'ancienne noblesse ; Crécy, Poitiers et Briguais l'avaient moissdnnée. Mais une multitude de chevaliers, de barons et de nouveaux seigneurs féodaux avaient surgi toutà-coup, et étalaient des blasons qui compliquaient d'étranges difficultés la science héraldique. On était arrivé à une épocpie de transition, mais la condition malheureuse du peuple n'avait pas changé : accablé d'impôts , exploité par des tyrans insatiables et ineptes , sans commerce , sans industrie , el démoralisé par le spectacle incessant de la corruption effrénée des princes, le peuple n'avait pour toute chance d'un avenir meilleur que l'excellent naturel du roi. Déjà pénétrées par des idées de liberté, mais trop peu éclairées pour les mettre en pratique, les classes inférieures étaient écrasées, dès qu'elles osaient remuer , par les gentishommes qui se portaient en masse contre des ennemis isolés et mal armés. Le pays était scandaleusement pressuré par les princes du sang, qui épuisaient à l'envi ses ressources pour le service de leur intérêt personnel. U fallut au duc d'Anjou, fils adoptif de Jeanne, le trésor amassé par la prudence de Charles V, pour arracher le royaume de Naples à son compétiteur Charles de Duras. Le duc de Berri gouvernait en prince absolu le Languedoc et la Guienne , et voulait davantage; le duc de Bourgogne exploitait la France au profit de ses projets sur le gras et puissant pays de Flandre. U n'y avait ni respect pour les lois du royaume ,

ni ordre dans les finances, ni discipline dans Farmée : des temps

sinistres s'annonçaient.

A peine âgé de donze ans , Charles YI était déjà passionné pour la chasse et pour les fêtes : ses oncles prenaient à tâche d'étouffer ses dispositions heureuses, et n'y réussissaient que trop bien. Ils s'attachaient à éteindre en lui toute intelligence des intérêts de la royauté , et à lui présenter ses peuples comme une propriété dont il avait le droit d'user et d'abuser à son gré. Déjà ébranlée par une ardente lecture des romans de chevalerie , l'imagination faible du jeune prince s'ouvrait à toutes les impressions que ses oncles voulaient lui donner. Les conjonctures devenaient critiques : en France, en Italie, dans la Flandre et en Angleterre, les classes inférieures haïssaient les nobles; un soulèvement général du peuple contre la race privilégiée paraissait au moment d'éclater. En Languedoc et en d'autres provinces les paysans, en pleine révolte, avaient brûlé les châteaux et fait un massacre affreux de la noblesse ; il n'y avait pas encore dans les masses l'intelligence de la liberté politique , mais le besoin de l'indépendance s'y faisait déjà vivement sentir. Le duc d'Anjou , régent, avait rétabli les impôts, bien moins pour subvenir aux besoins de l'Etat que pour alimenter la prodigalité de la cour : quand les collecteurs se mirent en devoir de lever les taxes , ils périrent assommés sous les coups du peuple. Une fermentation vive agitait Paris , dont le régent n'était plus le maître. Cependant les Gantois s'étaient aussi soulevés contre leur seigneur; gendre et héritier du comte de Flandre, le duc de Bourgogne résolut de châtier leur audace: il conduisit à cette expédition le jeune roi et une armée composée en grande partie de nobles. Les classes privilégiées, coalisées par un intérêt commun , et bien armées , écrasèrent les vilains à Rosebecque , sans beaucoup d'efforts : c'était triompher, sur un même champ de bataille , des Parisiens et des Gantois. Enorgueilli par une victoire facile , le jeune Charles VI ne vit plus dans les plaintes de ses sujets que d'insolents murmures; il traita Paris , à son retour de Flandre, comme il aurait traité Gand, s'il avait pu s'emparer de cette ville puissante. Rouen et quelques autres grandes cités, dont les populations avaient montré une vive agitation , furent mises à rançon comme si elles eussent été des villes ennemies : le parti de la noblesse était triomphant.

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