‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 187 sur 262 · CHARLES VI. XIV*^ SIÈCLE. Û · texte numérisé non relu

CHARLES VI. XIV*^ SIÈCLE. Û

Marié à Fodieuse Isabeau de Bavière , Charles VI avait atteint sa vingt-unième année , et commençait à se lasser du gouvernement de ses oncles. Les dépouiller du pouvoir n'était pas une entreprise facile , le jeune prince essaya : d'habiles conseillers le dirigèrent; il réussit, sans que la tranquillilé publique eût été compromise. Mais son incapacité était notoire, sa prodigalité excessive , et son ardeur pour les fêtes et les cérémonies publiques portée jusqu'à l'excès. On lui inspira le désir d'une chevauchée royale dans ses provinces du Midi; ce voyage lui promettait des réjouissances splendides. Il avait cependant un but politique : les exactions et la tyrannie du duc de Berri dans le Languedoc , dont ce prince était gouverneur, avaient exaspéré les populations de cette province. Charles voulut connaître par lui-même les grie& des opprimés ; il se mit en route à petites journées , et fit son entrée solennelle à Lyon , le 14 octobre 1389 ; tout avait été disposé pour lui faire une réception brillante.

Cette cérémonie n'est point racontée dans les registres consulaires, mais plusieurs historiens contemporains en ont parlé avec détails. Le cortège royal fit son entrée par la porte de Vaise, sur la rive droite de la Saône; on avait pavé la longue rue, depuis le faubourg jusqu'à la porte de Bourgneuf , et paré les côtés de feuillages arrangés en forme de berceau. Toutes les rues avaient été non-seulement tapissées, mais encore tendues à ciel, disent les vieilles chroniques , au moyen de larges toiles. Une grande bannière , ornée des armoiries de France , flottait audessus de la porte de Bourgneuf, que décoraient aussi celles des princes et des seigneurs. On avait sablé toutes les rues. Cinq cents bourgeois à cheval, vêtus de drap écarlate aux frais de la ville, et précédés de deux trompettes et de trois hautbois, allèrent recevoir le roi au-delà des portes. Cinq cents jeunes en&nts, vêtus de tuniques bleues fleurdelisées, tenant à la main un panonceau aux armoiries royales, et marchant deux à deux , se rangèrent en haie à l'eatrée du palais de l'archevêque ; et lorsque Charles parut , ils le saluèrent en criant : « Mont-Joye « Saint-Denys ! Vive le roi ! »"

Cependant vingt-cinq des dames les plus distinguées de la ville, élégamment parées et vêtues de bleu , avaient attendu le roi sous un riche pavillon de même couleur, à la porte de Bourgneuf

452 XIV** SIÈCLE. — GHAaLKS VI.

Le roi reçut les compliments des magistrats. Quand ces harangues eurent été prononcées, toutes les dames firent au roi une profonde révérence , et quatre d'entre elles lui présentèrent le dais qui devait être porté au-dessus de la tête royale pendant la marche du cortège. Ce dais était de drap d'or; il avait des battants ou campanes de satin bleu , à fleurs de lis d'or, relevées en broderies et ornées de franges en fils d'or, mêlés de soie verte. Quatre des notables bourgeois , vêtus de satin , le reçurent des mains des dames et le portèrent jusqu'à la porte du cloître Saint* Jean : là se trouvaient les vingt-cinq dames de Lyon^ rangées sur un balcon disposé tout exprès pour leur permettre de bien voir la marche du cortège. On avait construit sur la place du Change, alors nommée la place de la Draperie, du côté du royaume , une fontaine qui lançait par divers canaux , durant la royale entrée , des flots de vin blanc et de vin clairet, pour rafraîchir les passants et surtout les soldats de la suite de Charles : elle était gardée par deux hommes, les plus grands qu'on eût trouvés , déguisés et vêtus en sauvages.

Ce pompeux spectacle avait attiré une affluence extraordinaire de peuple. Embarrassé à chaque instant dans sa marche longue et difficile , le cortège avait tant de peine à avancer qu'il était presque nuit lorsqu'il arriva auprès de la fontaine du Change. Alors soixante bourgeois , vêtus de drap écarlate et porteurs de torches allumées, servirent d'escorte au roi jusqu'à son

Le récit naïf du Religieux de St-Denis diffère peu de celui qu'on vient de lire : « Avec quels transports de joie , dit la Chronique u du moine , les habitants de Lyon accueillirent leur roi ! lis H lui envoyèrent d'abord en présent des moutons , des bœufe et « du vin. Les bourgeois vinrent au-devant de lui , tous vêtus » des mêmes couleurs, et, après lui avoir présenté à genoux « rhommage de leurs salutations , ils mirent à sa disposition « leurs personnes et leurs bieos. A son entrée dans la ville , il « fut reçu par quatre belles et nobles demoiselles richement « parées et couvertes de pierreries; elles portaient un dais d'or,

I. — Mbnbstribr. Relation des entrées solennelles dans la ville de Lyon de nos rois, reines , etc. tyon^ i754, p. 1.

u SOUS lequel elles le conduisirent à pas lents jusqu'au palais H de Farchevêque. On avait fait d'autres apprêts encore pour « perpétuer le souvenir de cette fête extraordinaire : plus de <i mille jeunes enfants avaient été vêtus d'habits royaux et dis- « tribués dans les différents carrefours de la viUe , sur des gale* c< ries en bois , pour faire entendre au roi , pendant son passage, . « des acclamations bruyantes en soi| honneur. Â l'occasion de » cette visite si longtemps désirée , les habitants passèrent « qua^e jours en bab et en divertissements de théâtre. Le roi u reçut encore de riches joyaux au moment de son départ ^ » Quels furent ces présents ? on l'ignore. Il est certain, dit Menestrier, que la ville ofirit au roi , le lendemain de son arrivée , six pots et six douzaines de coupes d'argent aux armes du roi y très bien dorées et émaillées. EUe en présenta trois douzaines au comte de Touraine , frère du roi , pareillement dorées et émaillées des armes royales , et offirit à la plupart des seigneurs des flambeaux et des confitures qu'on nommait alors épices ^. Jean Juvénal des Ursins a parlé, à peu près dans les mêmes termes, de l'entrée à Lyon du roi Charles VI. ^

Page 1