‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 189 sur 262 · L*ABGHEVÊQUE JEAN DE TALARU. XIV® SIÈCLE · texte numérisé non relu

L*ABGHEVÊQUE JEAN DE TALARU. XIV® SIÈCLE

Malheureux lemps, malheureuse France! Malgré la rapidité avec laquelle j'esquisse le tableau de cette honteuse époque» je ne puis arriver aussi tôt que je le voudrais à la fin de ce déplorable règne. Charles VI meurt enfin en 1422, regretté du peuple qui Taimait ; sa folie au moins ne lui avait pas permis de connaître l'horrible situation de ses sujets : de tous les Français, il fut sans doute le moins à plaindre.

$ VI. Que devint Lyon pendant les quarante-deux mortelles années du gouvernement de Charles VI ? de quels événements cette ville fut-elle le théâtre pendant que la France , punie cruellement des crimes de ses princes, descendait au dernier degré de l'abjection? Son historien peut se féUciter de n'avoir à raconter , pendant cette époque désastreuse , que des faits d'une médiocre importance ; c'est peu de chose que les attentats impuissants d'un archevêque contre les libertés lyonnaises, lorsque tout un royaume est en pleine désorganisation : la France entière périssait.

Issu d'une ancienne famille qui a fourni à l'Eglise de Lyon plusieurs de ses grands dignitaires, Jean de Talaru avait succédé à Charles d'Alençon sur le siège pontifical. Il n'avait ni moins d'ambition, ni une moins haute opinion de ses droits, que son prédécesseur. L'occasion était favorable ; il n'y avait ni force ni unité dans le gouvernement : cet archevêque obtint, et probablement sans peine , le rétablissement de l'antique domination temporelle de l'Eglise sur la ville de Lyon. Muni de l'acte qu'il avait surpris à un pouvoir sans énergie et sans dignité , Jean quitta précipitamment Paris et se hâta d'accourir à Lyon , emmenant avec lui Etienne de Givry , qui avait l'ordre de faire mettre à exécution les nouvelles lettres-patentes. Une entrée triomphale avait été préparée pour le nouveau seigneur; elle eut lieu aux flambeaux et aux cris répétés : « Tout est gagné , demain tout sera pour nous. » L'archevêque se rend en effet au palais de Roanne , s'en fait ouvrir les portes , et en chasse le notaire , le procureur et tous les autres officiers royaux. Etienne de Givry fait détruire sous ses yeux tous les emblèmes de la justice du roi ; il donne l'ordre de mettre en liberté certains prisonniers , et fait transférer les autres à Màcon. Un meunier, nommé Claude Cartula , monte à reculons sur un àne à la queue duquel les fleurs de lis

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