UuBYf. Histoire de Lyon , liv. III , p
fl5S JiîV^ SIÉCLR. CHARLES VI.
le qualifia de sédition. Le prévôt de Thôtel fit décapiter, pour Texemple, dix malheureux dont les têtes, fixées sur des pieux, furent placées aux abords du pont de Saône; beaucoup d'ouvriers prirent la fuite. Tous les quartiers de la ville ne s'étaient pas associés à la révolte ; Tordre n'avait point été troublé dans le quartier Bourgchanin ni dans celui d'Ainay. Au premier bruit de l'émeute, l'abbé d'Ainay avait garni son monastère d'archers et d'hommes d'armes, bien munis de hallebardes, de lances et de javelots; il ne fut point attaqué. Au Bourgchanin, la prudence du maître des ports et la bonne contenance des gardes qu'il commandait obtinrent le même avantage. L'année suivante, aux fêtes de Pentecôte, les habitants des deux quartiers qui avaient conservé chez eux la paix publique imaginèrent une fête du Cheval fol, pour tourner en dérision « les mutins « qui, faisant les chevaux fols et échappés, avoient voulu « trancher du roi. » Un homme se travestissait d'une façon singulière; de la ceinture aux pieds, il se donnait la forme d'un cheval couvert d'une toile peinte d'azur, semée de fleurs de lis, et drainant jusqu'à terre; au-dessus de la ceinture il représentait un roi affiiblé d'une immense perruque , la couronne sur la tête, et l'épée de justice à la main. Ainsi déguisé, et précédé de ménétriers, cet homme parcourait toute la ville, sautant, dansant, gambadant, et faisant mille extravagances, aux grands applaudissements de la foule , et peut-être de ceux-là même qui avaient pris part au mouvement populaire. Le chapitre de Saint-Jean accordait huit écus d'or pour la célébration de cette fête. Ce n'est pas cette ridicule mascarade qui est digne de remarque , c'est la manifestation de l'esprit d'indépendance et d'ambition des classes inférieures; un temps devait venir où elle ne serait plus un objet de dérision.
Cette sédition passagère était calmée lorsque Vincent Ferrier vint conmiencer à Lyon ses prédications éloquentes; il engagea sans doute les hommes du pouvoir à la douceur, et le peuple au respect de l'ordre. Jamais la parole d'un orateur sacré n'eut une plus grande autorité sur son auditoire; Vincent Ferrier entraînait à sa suite les masses attentives et émues , non-seulement des ouvriers, mais des bourgeois de toutes les classes. Ses prédications eurent toute l'importance d'un événement; elles firent bien