MOEURS PUBLIQUES A LYON. — XIV* SIÈCLE
de ce couvent célèbre. Cet abbé se dispensait de suivre la règle de la communauté : il ne paraissait point au chœur, ne célébrait point la messe aux grandes fêtes , ne tenait point de chapitre , n'exerçait pas l'hospitalité , et laissait les religieux se conduire comme ils l'entendaient. Ce même Barthélémy, abbé d'Ainay,reçut d'un autre archevêque, Guillaume de Thurey, l'ordre d'introduire la réforme dans l'abbaye de Savigny.Le monastère de Saint-Pierreles-Nonains aurait dû également être rappelé à son ancienne discipline : il était devenu trop puissant et trop riche. Dès le treizième siècle , son abbesse se disait abbesse par la grâce de Dieu , et faisait porter une crosse devant eUe , comme emblème de son pouvoir. Elle recevait , comme dame suzeraine^ l'hommage de seigneurs puissants ; aucune religieuse n'était admise dans le chapitre qu'après avoir fait preuve d'ancienne noblesse. Ainsi constitué, ce monastère devait nécessairement devenir très riche ; il acquit, en effet , des immeubles considérables , et perdit en bonne renommée ce qu'il gagnait en puissance. On lui reprochait la manière dont il exploitait ses propriétés , et le trafic qu'il faisait de ses vins. Quelques jeunes religieuses commirent des légèretés qui appelèrent enfin l'attention de l'abbesse; eUes furent privées de leurs biens : ce châtiment ne ramena pas le bon ordre. D sera question encore du relâchement de la discipline au monastère des dames de Saint-Pierre; le chapitre n'avait pas donné cet exemple. *
On ne ferait point un tableau fidèle de la civilisation à Lyon au XIV* siècle, si l'on passait les juifs sous silence. Toujours persécutés, toujours avides de richesses, tenaces, patients, aussi constants dans leurs habitudes d'usure que dans leur haine contre les chrétiens, ils eurent à souffrir de grandes calamités. On les accusait d'avoir empoisonné les rivières et les fontaines , et même d'avoir
1 . — On a pu reprocher avec plus ou moins de justice , pendant le quatorzième siècle , aux chanotnes-comtes de Saint-Jean , l'orgueil de leur naissance et de leurs richesses » ainsi que de continuels empiétements sur les libertés communales ; mais, du moins, leurs mœurs ne donnèrent jamais lieu au moindre reproche.
Un singulier usage existait à cette époque chez les membres du chapitre : ils ne pouvaient sortir de leur clottre Saint-Jean qu'à cheval , comme s'ils se mettaient en voyage. Si un d'eux voulait -aller à pied , il Tallait qu'il sollicitât une autorisation spéciale, qu'on n'accordait pas toujours.