‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 209 sur 262 · LOUIS XI. XV^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

LOUIS XI. XV^ SIÈCLE

des lits, devenu insuffisant pour les besoins de la population, surtout après la peste de lu 58, et confia le service de ces établissements à des hommes de mérite. Lyon retrouva un peu de calme; ime situation meilleure allait commencer pour cette ville.

S IL Louis XI comprit bien la position de la France et son métier de roi. Quand il parvint au trône qu'il convoitait depuis si longtemps , il n'y avait guère d'autre droit que la force brutale ; toute la politique de ce temps consistait dans la puissance des armes : Louis voulut gouverner surtout par l'intelligence ; il créa et porta fort loin l'art des négociations et la science de l'intrigUe. Roi à trente-huit ans , il était entouré de toutes parts d'obstacles et d'ennemis : au dedans, point de sécurité pour lui; la féodalité reconstituée et d'autant plus dangereuse, qu'elle s'était concentrée dans la domination des princes et des grands seigneurs ; les prétentions de l'Eglise , Vesprit brouillon de l'université, et la désaffection des peuples : au dehors, l'Anglais maître de Calais , allié obligé de tous les mécontents , et toujours au moment d'envahir la France ; des provinces démembrées du royaume et constituées en états indépendants, c'est-à-dire ennemis , et une coalition toujours sur le point de se former à l'instigation des barons et des princes.

Quelques dangersj spéciaux éveillaient ses sollicitudes ; il ne pouvait être vraiment roi qu'après les avoir écartés. La maison d'Anjou s'était élevée à un degré de puissance inquiétant; elle possédait, indépendamment du comté d'Anjou, le Maine, la Lorraine , la Provence : ses princes avaient d'immenses prétentions ; ils aspiraient à plusieurs couronnes. Aucun d'eux cependant n'était un adversaire aussi redoutable que le duc de Bretagne, souverain d'un grand fief où régnait la féodalité absolue combinée avec l'esprit de clan ; vassal indocile qui niait la suzeraineté de la France, et toujours ennemi caché ou déclaré. Venait enfin le duc de Bourgogne , plus puissant , plus magnifique encore , second roi de France, plus imposant, et environné de plus de splendeur que le roi de Paris; chef toujours présent d'un parti considérable et influent, même dans la capitale. Maître non-seulement de quelques-unes des plus belles provinces du royaume , mais encore des Pays-Bas et de la Franche-

Comté, il avait sous sa domination les villes de la Somme, clefs de la France, qu'il pouvait d'un moment à l'autre livrer aux Anglais. Si Louis ne rachetait pas la possession de ces villes dangereuses, il n'y avait aucune sécurité pour sa couronne. C'était encore un ennemi, c'était un ennemi intime que son propre frère Charles de France , esprit faible , ambitieux, sans capacité, prince dépourvu de tout patriotisme et de tout sentiment d'honneur national: Charles voulait être duc indépendant de Normandie , de même que le duc de Bourgogne voulait être roi; tous les mécontents du royaume , et il y en avait beaucoup , se groupaient constamment autour de l'un ou de l'autre de ces princes , et la ligue était quelquefois générale. Louis avait fort à faire , mais ses qualités et ses défauts le servirent merveilleusement dans la lutte si longue qu'il eut à soutenir pour son salut personnel et pour celui de la France.

Louis avait un mauvais cœur et une tête excellente, une morale qui capitulait sans scrupule avec les circonstances, un génie astucieux, qui excellait dans l'intrigue et qui créait, comme à plaisir, des embarras dont il eût été &cile de se préserver. Il n'aimait pas la ligne droite ; c'est par des pratiques souterraines qu'il avançait ; son habitude de tromper était si grande , qu'il fut dupe plus d'une fois de ses propres stratagèmes. Subtil, méfiant, dissimulé au-delà de toute expression, et cependant indiscret quelquefois, le rusé politique voyait toujours l'avenir de trop loin , et ne savait pas toujours attendre. Nul prince n'eut à un plus haut degré l'art de connaître les hommes; nul ne sut mieux ce qu'ils pouvaient valoir, car aucun n'en acheta davantage : il avait bien acquis le droit de les mépriser, aucune conscience n'avait résisté à ses promesses et à son or. Vindicatif par caractère , il prenait très volontiers à son service ses ennemis quand il leur avait fait sentir sa force : Brezé et Dammartin , dont il avait eu tant à se plaindre, Brezé et Dammartin, ses ennemis capitaux, eurent toute sa confiance ; il 1^ éleva aux premiers postes de l'Etat. Ingrat , détesté de ses serviteurs, Louis avait une excuse : il avait été trahi bien souvent , et presque toujours par des hommes qu'il avait comblés de ses bien&its. Econome , avare même quand il s'agissait de sa personne, si mal vêtu, dit Comines, que pis ne pouvait, ennemi du gaspillage , sévère

dans radminislralion de ses finances, si pauvre qu'il y regardait à deux fois avant de renouveler son vieux chapeau et sa cape de gros drap gris , il savait cependant , dans les grandes occasions , soutenir convenablement la dignité de la France et trouver d'énormes sonmies d'argent, quand il s'agissait de fomenter l'esprit de révolte chez les Flamands, ou de racheter les villes de la Somme. Sa justice, comme l'a dit Montesquieu, avait l'air d'une vengeance ; elle était si cruelle, qu'elle appelait l'intérêt public sur les condamnés. Sa piété était l'expression fidèle de son caractère; Louis rusait avec Dieu de même qu'il rusait avec les hommes; il associait la Vierge et les saints à ses projets de Spoliation ou de meurtre ; il leur faisait une part dans les bénéfices de ses entreprises, et sollicitait d'avance leur pardon quand il n'était pas bien certain de la loyauté de ses intentions sanguinaires. Les hommes qu'il appréciait le plus étaient ceux qui lui ressemblaient par l'esprit de suh lilité et d'astuce : il fit, je ne dirai pas ses amis , il n'en avait point, mais ses compagnons, ses familiers et ses ambassadeurs quelquefois , de gens du plus bas étage, d'un nommé Bische qui avait été son espion auprès de son père , d'un Olivier-le-Dain son barbier, et de l'odieux Tristan, le ministre docile de ses vengeances secrètes. Tel fut Louis XI , tel fut le rival heureux du brillant et chevaleresque duc de Bourgogne , ce Charles-le-Téméraire, soldat grossier, brutal, violent, ambitieux sans capacité, incapable d'écouter un conseil , de modérer son orgueil ou de cointenir son aveugle colère , et en tout point le contraste le plus complet du fils de Charles VIL

Quelles étaient les ressources du roi de France contre les immenses périls dont il était entouré quand il monta sur le trône ? D'abord , son habileté dans l'art des négociations. Brusquement assailli par la ligue du bien public , et au moment de succomber après son équivoque victoire de Montlhéry , Louis parvint à désunir ses adversaires : trop faible contre eux tous, il en triompha en détail. Le duc de Bourgogne était un rival formidable , qui pouvait d'un moment à l'autre se ruer sur la France; le roi l'occupa de son mieux autre part en excitant à la révolte les terribles villes de Flandre , Gand, Bruges, et Liège surtout. Le comte de CharoUais devait nécessairement se briser contre les écueils sans cesse renaissants que son ambition sans prudence ne

pouvait maaquer de lui créer : Louis n'avait donc qu'à attendre l'occasion, et il attendit. Si les grands, si les barons, si les princes du sang lui faisaient obstacle , si leur abaissement était une des principales conditions de la stabilité de sa couronne, le peuple était un allié naturel dont le roi pouvait tirer^grand parti. Enfin , la conscience facile de Louis ne s'eflFarouchait point d'un crime politique; Notre-Dame d'Embrun était une bonne et indulgente maîtresse qui pardonnait tout au royal pénitent , selon lui, même l'empoisonnement d'un frère. Cette esquisse du caractère de Louis XI doit suffire à l'historien du Lyonnais; je n'ai a raconter que quelques faits particuliers peu nombreux et peu importants sous un roi aussi absolu.

Lorsque la nouvelle de l'avènement de Louis XI à la couronne parvint à Lyon , les conseillers de ville se réunirent et nommèrent des députés qu'ils chargèrent de la mission d'aller présenter les hommages de la cité au nouveau souverain. Monseigneur de la Tour vint prendre, au nom du roi, possession du comté du Lyonnais, dont le grand écuyer de France, Tanneguydu Chàtel, fut le premier gouverneur. Pierre-Scise, château fortifié, et partie intégrante du système de défense de la ville, ne pouvait plus être la propriété particulière des archevêques; d'ailleurs, son gouverneur ecclésiastique , le sire des Estoyes , avait fait partie de la Ligue du bien public. François Royer, bailli de Màcon , se saisit, au nom du roi, du château de Pierre-Scise, qui devint une prison d'état. Les archevêques , dépossédés pour cause d'utiUté publique , s'installèrent dans leur palais auprès de l'église Saint- Jean , et le firent décorer avec magnificence. Louis fit faire un examen attentif des fortifications de la ville , et ne les trouva pas suffisantes : un mur bastionné ferma la ville du côté du bourg Saint-Vincent , et l'on commença la ligne de défense du Rhône à la Saône.

Je ne dirai rien des états-généraux tenus à Tours en 1468 , et de la part qu'y prit la députation lyonnaise. Je n'ai pas à raconter l'alliance de Charles de France et du duc de Bretagne avec l'Angleterre contre Louis XI , le traité de Péronne et l'héroïque défense de Beauvais contre les Bourguignons ; mais les désastres de Charles-le-Téraéraire ont avec les annales particulières de Lyon des points de contact que je dois indiquer. Ambi-

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