‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 211 sur 262 · CHARLES VIII A LYON. XV*' SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHARLES VIII A LYON. XV*' SIÈCLE

son de trompe, que Ton fit proniplement tapisser les rues, que toutfôt prêt à neuf heures pour le plus tard, sous peine d'amende arbitraire. On couvrit les rues et le pont de Saône de sablon, afin que le roi pût plus aisément et sûrement chevaucher, ainsi que les seigneurs de sa cour et sa suite. On fit mander les conseillers pour se rendre à l'heure convenue en l'hôtel commun , de même que tous les notables , l'abbé et enfans de ville , pour s'apprêter à monter à cheval, se trouver en même temps sur la place Saint-Nizier, et aller tous ensemble par bonne ordonnance à la rencontre du roi. Conseillers vieux et nouveaux, ayant à leur tête François Buclet, chargé de porter la parole au roi et de lui présenter les clefs de la ville , vinrent donc tous vêtus de robes d'écarlate. De même se trouvèrent l'abbé et enfans de Lyon, vêtus de livrée, et grand nombre de notables en beaux et riches habillemens. De là on se dirigea vers l'hôtel de Jean d'Escœur, chevalier, seigneur de la Barde, tout prêt aussi en somptueux ornemens , accompagné des officiers royaux bien et honorablement montés , vêtus et atournés. Le sénéchal marcha devant, et tous chevauchèrent tirant à l'Ile, par le royaume, sur le chemin de Vaise. Us rencontrèrent le roi , accompagné de plusieurs grands seigneurs et autres notables personnages, en habillemens à merveille riches, pour plus triomphalement entrer en icelle ville. Les pages d'honneur étoient montés sur de grands et gros coursiers , vêtus de semblables habillemens que le roi , auquel seigneur messire le sénéchal présenta d'abord l'abbé et les enfans , qui les premiers lui firent la révérence d'une façon bien plaisante : Jean Sala , pour lors abbé, adressa une petite et joyeuse harangue qui plut beaucoup au dit seigneur. Les conseillers furent ensuite présentés par le sénéchal. Maître Buclet prononça la harangue et offrit les clefs. Le roi les reçut bénigneinent, puis les rendit aux conseillers pour veiUer, garder et tenir, ainsi qpi'ils avoient de tout temps accoutumé : cela fait, on chevaucha jusqu'à la porte de Bourgneuf.

« De petits enfans, habillés de toile de Perse parsemée de fleurs de lis , étoient placés sur les créneaux de la muraille du petit pré , au-dessous de Pierre-Scise. Ils crièrent quand le roi passa : « Mont-Joye Saint-Denis ! Vive le roi ! » Le maître d'école de Lyon étoit à leur tête. Après Bourgneuf, pour premier mys-

tère , il y avoit une fille pucelle , la plus belle qu'on avoit pu trouver. Elle étoit habillée en vierge et humilité , vêtue d'une robe blanche de taffetas bien appointée , avec un beau chapeau de fleurettes et de verdures sur sa tête , et ses cheveux étoient dressés par derrière; montée sur une haquenée blanche , et aidée de gens propices à cet effet, elle menoit un joli chariot sur lequel s'élevoit un grand rondeau fait en manière de ciel , où étoient figurés les douze signes du zodiaque. Au milieu et sous le rondeau , un enfant de Tàge de douze ans , reluisant d'or par tous ses membres , figuroit le soleil : le rondeau tournoit sur lui à mesure que la pucelle chevauchoit sur sa haquenée. Quand le roi passa la porte de Bourgneuf , le rondeau tournoit sur lui à mesure que la pucelle chevauchoit sur sa haquenée. Ce rondeau s'arrêta au signe du lion , et la pucelle dit au roi la signification du mystère en rimes parfaitement faites. Les sept planètes et les quatre éléments furent pareillement figurés. On avoit improvisé et fait comme par enchantement un jardin de cinq à six toises, vers la Roche, tout planté d'arbres verts, desquels pendoient à foison grenades, oranges, pommes, poires d'hiver, et autres fruits plaisans et délectables. Ce jardin s'appeloit « le jardin de France.» Il étoit gardé par (juatre vertus, figurées en quatre filles pucelles habillées de robes de taffetas de diverses couleurs. Ces beautés étoient elles-mêmes défendues par un lion grand et fier, ressemblant le mieux qu'on avoit pu , et regardant une autre belle vertu appelée « la Loyauté , » qui le tenoit enchaîné avec un ruban de soie couleur de rose. De l'autre côté du lion , une sixième pucelle représentoit la ville, ayant à sa main une palme, et dessous ses pieds, en belles lettres grosses et apparentes, ces mots : Civitas immaculata. Chose merveilleuse et bien appareillée ! quand le roi fut près de cette jeune fille , elle amena , de concert avec la Loyauté , le fier lion qui leva la patte et présenta au roi les clefs de la ville. Au port Saint-Paul fut joué le mystère de la décollation de l'apôtre converti : il falloit voir comme la fontaine de ce lieu figuroit bien l'abondance de sang après la décollation; mais ce sang étoit d'excellent vin qu'on pouvoit boire : mystère bien trouvé, qui montroit combien les saints du Paradis sont utiles. Devant l'église Saint-Eloi, près du Change, il y eut dans l'air, au moyen d'adroites machines, un grand

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