‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 219 sur 262 · ÉTAT POLITIQUE DES LYONNAIS. XV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉTAT POLITIQUE DES LYONNAIS. XV* SIÈCLE

des auberges et des marchés de comestibles ; c'est lui qui présidait au tarif du pain et au maintien du bon ordre pendant les quatre grandes foires. U disposait en pleine liberté du budget de la ville , sans aucune intervention du pouvoir royal , et il avait le droit, en cas d'urgence et d'insuffisance constatée des ressources financières de la cité , de mettre un impôt sur les denrées et marchandises (hors le temps de foires), jusqu'à concurrence . d'une somme de mille livres par année. Pour bien asseoir l'impôt, le consulat procédait, à certaines époques, au recensement général des bourgeois de Lyon et à l'estimation de leurs biens mobiliers et immobiliers. Il avait la police des corps de métiers, dont les chefs étaient tenus de lui adresser des rapports sur les abus et sur les cas de contravention aux statuts et règlements imposés à chaque profession. Ses préposés déhvraient les passeports, soit aux courriers, soit aux citoyens. Quand les états généraux de la France étaient annoncés, le consulat désignait les députés de Lyon et dressait les cahiers qui devaient exprimer les doléances et les vœux de la cité. Il avait à sa disposition, dans THôtel-de- Ville , une prison affectée aux délits commis contre les attributions de l'administration municipale. C'est lui qui nommait les juges et les commissaires de la santé; les conseillers de ville furent pendant longtemps les recteurs de l'Aumône générale ou Hôtel-Dieu. C'est enfin le consulat qui convoquait à l'Hôtel-de- Ville les assemblées ; il y en avait de deux sortes : celles-ci privées et à huis-clos, celles-là publiques. Les premières avaient pour objet l'expédition des affaires courantes, et se tenaient le mardi et le jeudi de chaque semaine ; le prévôt des marchands se plaçait au haut bout de la taMe du conseil , les échevins et le procureur s'asseyaient en cercle autour du tapis. On n'admettait les officiers de la ville aux séances que lorsqu'il devait être question , dans la délibération , d'affaires relatives à leur service ; il y avait quelquefois des convocations extraordinaires. Les autres assemblées étaient publiques ; les mandeurs ou massiers de la . viUe y appelaient les citoyens de tous les ordres , gens d'église , gentilshommes , officiers , bourgeois, marchands et manants, mais elles ne pouvaient avoir lieu sans l'autorisation préalable du gouverneur ou de son lieutenant. Quand l'assemblée était en séance , une amende de

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dix sous pouvait être infligée aux citoyens absents sans motif;

légitimes.

Une des attributions capitales du consulat , c'était la garde de la ville : on avait , à cet eftet , partagé Lyon en trente-six quartiers ou pennonages , quatorze pour la partie ouest ou la division de Saint-Jean , et vingt-deux pour le côté de Saint-Nizier ^Dans chaque pennonage un bourgeois notable , nommé par le consulat, avait le commandement particulier de son quartier; il tenait note exacte de tous les hommes en état de monter la garde et de faire le guet dans la circonscription. C'est lui qui donnait des ordres à ses subordonnés le lieutenant et un enseigne, aux sergents, dizainiers et quarteniers ; il mettait ses hommes en bataille , il les conduisait au lieu désigné : quand le service était fait, chaque compagnie rapportait à FHôtel-de-Ville son pennon ou enseigne. Ces trente-six pennonages avaient pour commandant général le capitaine de la ville , nommé par le roi sur la présentation des échevîus, et qui prétait serment entre les mains du gouverneur ou de son lieutenant. Cet officier était le subordonné du consulat, véritable colonel des forces municipales qui se composaient non-seulement des bourgeois enrégimentés en pennonages, mais encore d'une compagnie de deux cents arquebusiers , dont le noyau primitif avait été une confrérie d'arbalétriers fondée en l'honneur de saint Sébastien.

Une autre attribution non moins importante du corps consulaire , c'était l'administration des revenus et des biens de la ville : ces biens et ces revenus étaient de nature diverse. Les uns pouvaient être appelés propriétés patrimoniales ou propres : tek étaient l'Hôtel-de- Ville , les maisons , établissements ou terres appartenant à la commune , les rentes sur les gabelles , le produit de la location des terrains, boutiques, bancs, étaux de bouchers , etc. Les autres biens appartenant à la cité consistaient en concessions faites à la ville en différentes occasions par les rois de France, soit à titre de rachat perpétuel, soit teiïq)orairement et pour subvenir à des nécessités de budget pressantes , et dans la jouissance de divers péages établis sur le pont du Rhône , d'impôts sur le pesage des farines ou sur la vente au

I. — Oe nombre chaiigen plnsioiirs fois; il Fui ré«ïnil h viiigl-hiiil.

détail du vin dans les cabarets. Il ne faut pas oublier enfin, dans cette énumération des revenus et des biens de la viUe, les sommes qui lui étaient octroyées par les rois de France, en remboursement de prêts qu'elle leur avait faits ou de dépenses extraordinaires qu'elle avait acceptées pour leur service.

Ainsi, Fadministration consulaire avait un pouvoir très étendu. Gomment était-elle recrutée , et dans quelles formes se renouvelait ce corps essentiellement électif? On a vu que dans les premiers temps de son institution^ après le contrat de 13^20 entre les bourgeois el Tarchevéque, les nominations avaient lieu à la pluralité des sufirages , et que tous les citoyens étaient appelés à voter. J'ai dit que les classes inférieures avaient été peu à peu dépossédées du droit d'élection par les classes moyennes, et j'ai raconté l'émeute à laquelle leur mécontentement avait donné lieu : la bourgeoisie était demeurée maîtresse ; j'ai maintenant à faire connaître l'usage qu'elle fit de son pouvoir.

Le jeudi avant la fête de saint Thomas (21 décembre), les échevins et le prévôt des marchands se réunissaient à l'Hôtel-de- Ville , et désignaient deux maîtres , choisis dans les soixante - douze corps de métiers ^ . Ces notables - ouvriers

1. — C'e»l Rabys qui dit soi!c»n(e-doii7.fî ; je no trcNive que toixante-tm corps de métiers indiqués dans un manuscrit de la main de Meneslrior. Voici leur désignation : drapiers , épiciers, merciers, toiliers, velontiers , chirurgiens , apothicaires , teinturiers en Bl , teinturiers en drap, teinturiers en soie, monliniers de soie, futainiers , tanneurs , chapeh'ers , cordonniers , carliers , coffretiers , poissonniers , corroyeurs, maroquiniers, maçons , fourhisseurs , aiguilleliers , chaudronniers , tailleurs d'habits, tapissiers , guimpiers , serruriers , ferratiers, imprimeurs el libraires , relieurs , ceiniiiriers , orfèvres , tireurs el écacheurs d'or , peintres , pelletiers, potiers d*étain , selliers, hôteliers , boulangers , éperonniers, fondeurs, maréchaux, menuisiers, chandeliers, épiiigliers, gantiers-parfumeurs, cordiers , laTerniers , tonneliers , pAtissicrs , fripiers , tondeurs de drap , confiseurs , cicrgiers , meuniers , tisserands , emballeurs , boutonniers , laboureurs.

Un autre manuscrit de la main de Menestrier , mais continué par une main inconnue, donne les noms et surnoms des mattres de métiers désignés électeurs , h l'Hôtel-de- Ville , depuis 1552 jusqu'en 1772. Quelques-uns de ces noms d'artisans sont devenus ceux de familles très nobles cl très considérées.

Le tableau dressé par Menestrier ne donne pas un nombre de nominations d'électeursouvriers toujours le même pour chaque année ; il y en a ordinairement six , quelquefois quatre , d'autres fois huit. Voici les élections de 1352 , qui commencent la liste : André de Chapponay, changeur ; Andrivel Caille, pelletier; Jean de Villars , cscoffier. Jacques de Chapponay, drapier, appartient aux élections de 1355.

On conserve aux archives de l'Hôtel-de- Ville les actes originaux de nominations (syndicats)

étaient dirigés dans leur opération électorale par deux des six conseillers sortants, appelés terriers parce qu'ils étaient chargés de faire observer les formalités d'usage , et qu'on les considérait en quelque sorte, à cet égard, comme un manuel électoral vivant. Ces conseiUers-terriers assistaient à l'élection , non en qualité d'échevins et revêtus de la robe violette , mais en habit court , et comme les représentants de la bourgeoisie.

Le lendemain les maîtres de métiers, élus la veiUe, venaient à l'Hôtel-de-ViUe et s'engageaient par serment à faire un choix en conscience; ils se réunissaient le dimanche suivant au même lieu, et y trouvaient le prévôt des marchands, les douze conseillers et les officiers de viUe, tous vêtus de la robe violette, insigne de leur dignité. L'assemblée, précédée des massiers ou mandeurs, leur baguette sur l'épaule , se rendait à la chapelle Saint- Jacques pour y entendre la messe du Saûnt-Esprit : cette cérémonie accomplie, ils rentraient en bon ordre dans la grande salle de l'Hôtel-de-ViUe ,^et s'asseyaient autour d'une grande table. Les deux conseiUers-terriers prenaient place sur un banc à part : auprès d'eux se trouvaient les membres du consulat, en grand costume. Alors un des mandeurs de la ville faisait l'appel des électeurs ; cette formalité terminée , le procureur de la ville prononçait un petit discours dans lequel il exposait le but de cette réunion, et faisait connaître les cas d'exclusion au titre d'échevin. Il avertissait les électeurs de ne point accorder leur vote à des gens notés d'infamie ou condamnés à des peines infamantes, à des étrangers, à des hommes qui ne résidaient pas dans la ville depuis douze ans, enfin à des citoyens qui ne possédaient pas des biens immeubles pour une valeur de dix mille livres. On ne pouvait élire les six conseillers sortants , ni ceux dont les fonctions avaient expiré l'année précédente ; défense était faite de nommer deux proches parents, comme le père et le fils, deux frères, deux cousins germains, ou des citoyens qui avaient quelque procès avec la ville. Ces exclusions ainsi déterminées , le procureur de la cité invitait les électeurs à

des gardialeurs , conseillers , reclenrs , gouverneurs , échevins de la ville de Lyon , élus par les députés des corps de métiers dont les noms sont également inscrits sur ces rouleaux en parchemin ou en papier , garnis des sceaux de chaque profession. {.Hsx. de !* Académie.)

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