XV® SIÈCLE. SECOURS PUBLICS A LYON
lois SUT la salubrité. Un même lit recevait plusieurs hôtes; on voyait confondus dans une même saUe tous les âges et tous les genres de maladies; et, sous l'empire de telles conditions , la mortalité était nécessairement énorme. Mais nous verrons le progrès s'introduire dans les hospices; j'aurai soin de Tindiquer. L'histoire de Thôpital, c'est l'histoire du pauvre: à ce titre , elle présente un fort grand intérêt. Mieux vaut raconter avec détails la création, dans l'hospice , d'une salle nouvelle pour les malades que la pompeuse entrée à Lyon d'un prince ou d'un gouverneur; le véritable événement, c'est l'introduction d'un nouveau genre de secours dans la maison des malheureux. Ce qui doit exciter surtout notre attention , c'est la situation si peu connue des Lyonnais de la classe inférieure aux difierentes périodes de nos annales.
L'état politique des Lyonnais au quinzième siècle est déterminé; on a vu de quelles hbertés jouissait leur ville : de si beaux privilèges devaient être très favorables aux relations commerciales , et c'est en effet ce qui eut lieu.
§ m. Le commerce de Lyon prit beaucoup d'extension par l'institution des foires franches, grands marchés auxquels les négociants de la France et de l'étranger apportaient des produits agricoles ou manufacturés, de toute nature , et exempts de tous droits. On y vendait beaucoup argent comptant; on y faisait surtout nombre d'échanges : c'est pour faciliter les transactions commerciales entre ces marchands de pays divers que les lettres de change furent inventées. Ces foires amenaient une grande affluence de marchands et même d'ouvriers dans les villes qui en étaient le siège : de là , un mouvement considérable d'argent et d'affaires ; de là , un accroissement continuel de la population; de là encore, pour les propriétaires de maisons et d'hôtels , ainsi que pour les débitants de vins et de comestibles , de nombreuses chances de bénéfices. Ces foires suppléaient au commerce d'exportation ; des marchandises de toutes sortes y étaient apportées de tous les points de l'Europe : c'étaient d'immenses bazars, dans lesquels les peuples trouvaient les produits manufacturés dont ils avaient besoin.
Pour bien répondre à leur destination , les foires devaient avoir lieu dans des villes d'un abord facile et bien situées :
aucune , sous ce rapport capital , ne pouvait rivaliser avec Lyon. Placée sur la route des principales nations civilisées , cette ville avait pour voisins , au Midi , la Provence , le Languedoc , l'Espagne etlltalie; au Nord, TEmpire, la Bourgogne; à l'Est, le Dauphiné , la Savoie et la Suisse ; à l'Ouest , le Forez et TAuvergne. EUe communique avec le Beaujolais et la Bourgogne par la Saône , et par le Rhône , avec les provinces du Midi de la France. La Loire n'en est séparée que par une faible distance de douze kilomètres; elle est, enfin, en contact avec les deux mers par des voies toujours navigables. J'ai dû rappeler ici sa situation géographique.
Ces avantages de position furent très bien sentis au quinzième siècle : « Icelle cité de Lyon , disent les rois de France de cette « époque , est une des clefs du royaume , assise ez limites et « marches d'iceluy, et en pays de frontière , marchissans ez pays « de Savoye , du Dauphiné , dltahe , d'Alemagne , et autres de « l'empire d^un costé ; à Beaujolois et Bourgongne, au long de la « rivière de Saosne , et de l'autre de Languedoc , au long du « Rhosne; de Forests et Auvergne, de moyen costé. » Le commerce de cette ville était non local , mais essentiellement international; c'est de là que l'impulsion partait et se communiquait à tous les marchés de l'Europe : Celeberrimum toiius Europœ emporium.
Des considérations d'une autre nature venaient se joindre à celles-ci : Lyon , au quatorzième siècle , avait été dépeuplé par des épidémies meurtrières, par les guerres continuelles et par la cherté des subsistances , qui permettaient difficilement d'y vivre. Beaucoup de familles l'avaient abandonné ; il importait de ne pas laisser succomber entièrement cette belle ville , de faire quelque chose pour elle, et de trouver un moyen de lui donner quelque peu de vie. Les rois de France avaient en outre à récompenser des sujets loyaux, braves, obéissants , dévoués à leur personne , et qui, de dix en dix années, leur renouvelaient le serment de fidéUté. Tous ces motifs réunis déterminèrent, en 1419, le roi Charles VII à établir à Lyon deux foires franches, semblables à celles quePhiUppe de Valois avait instituées dans la Brie et dans la Champagne par ses lettres-patentes du 6 août 13i9. Il accueillit avec une grande bienveillance la
requête que lui présentèrent les conseillers-échevins au nom des habitants de la ville , et accorda la faveur qui lui était demandée, après avoir préalablement ordonné au bailli de M âcon de faire constater par une enquête le bien ou le dommage qu'en pourraient retirer le royaume de France et la ville de Lyon en particulier. *
De très beaux privilèges étaient accordés aux foires de Lyon; toute sécurité était garantie aux marchands florentins , milanais, vénitiens, lucquois, allemands et espagnols qui s*y rendaient; ils étaient placés sous la protection spéciale du gardiateur de la
1 . — « Première création de detix foires franches en la ville de Lyon , par Uttres-patentes du 9 février 1419, duroy Charles PIT^ lors encore régent sous te roy Charles Vf son pire.
« Cbaries , BU du roy de France , regenl le royaume , dauphia de VienDois , duc de Berry, de Tourraine et comte de Poitou, Sçavoir faisons à tout preseos et à Teair, nous avoir oûye l'humble supplication de nos bien-amez les conseillers manans et habitans des cité et ville de Lyou sur le Rhosue, contenant que icelle cité et ville est une des clefs de ôe royaume, assize ez limites et marchés d'iceluy, et en pays de frontière, marchissans ez pays de Savoye, du Dauphiné , d'Italie , d'Alemagne, et autres de l'empire d'un costé ; à Beaujolois et Bourgongne , au long de la rivière de Saosne , et de l'autre de Languedoc , au long du Rbosne; de Forests et Auuergne , d'autre moyen costé ; et si est icelle ville , et cité , de tres-graud circuit ou grandeur , comme la ville de Paris ou environs , et en plusieurs parties inhabitées de gens , foiblement emparée et fortifiée , spécialement devers lesdits coslés et parties de l'empire, et avec ce est icelle ville et cité 1res- petitement peuplée, par mortalitez , pestilences , chertés de vivres , guerres , passages de gens d'armes , el autres charges , dommages et iuconvenieus , qui puis aucuns temps en ça sont survenus en ladite ville et cité , parquoy non seulement Ircs-expcdient , mais profitable et nécessaire chose estoit, et est, icelle ville et cité accroistre et augmenter de peuple , de gens de tous estais et de biens , comme doit désirer chacuu prince eu ses bonnes villes et citez. Laquelle chose ue se pourroit plus promptcment, ne si de léger estre faite , roesmement considéré le temps de présent , sinon que Ton y feist et ordonnast deux foires et marchez publics Tannée , chacune foire et mar- .ché de six jours , l'une commençant le lundy, le lendemain de la dimanche que l'on chante en saincte église , Jubilate , à trois semâmes de Pasques , et continuant six jours après ensuivans : et l'autre commençant le 15. jour du mois de novembre , et continuant six jours après ensuivans : et lesquelles foires et marchez publics susdits fussent et soient franches de toutes aydes , imposts , tailles , maletostes, et autres subsides quelconques, extraordinaires à tousjours mais perpétuellement, par aucun temps tel qu'il nous plairoit, des droits ordinaires du domaine de ce royaume deus à cause des issues d'iceluy, et autrement , si comme des resves cartulaires , imposition foraine, bocle aux Lombards, et autres droits ordinaires deus à cause de l'issue de ce royaume , et autrement »
D'autres lettres-patentes de Charles VU ,du mois de février 1445, confirmèrent les premières : elles accordèrent une foire de plus, et la durée de chacune fut portée de six jours à vingt jours. Elles commençaient , la première , le premier mercredi après Pâques ; la seconde, le lendemain de la fête de saint Jacques et de saint Christophe (26 juillet) et la troisième, le lendemain de la fête de saint André (l«r décembre).