FOIRES DE LYON. XV® SIÈCLE
obsèques magnifiques au cardinal qui avait si bien servi ses intérêts dans la grande affaire du rétablissement des foires, proclamé officiellement le lu mai 1689. Une procession générale avait été ordonnée pour donner plus de solennité à cet heureux événement; elle fut magnifique. Dès le matin, les cloches de toutes les églises sonnèrent un joyeux carillon; habitués des paroisses, prêtres, conseillers , échevins , officiers de ville, pennonages leur enseigne en tête, bourgeois , marchands et paysans, précédés de trompettes et d'instruments de musique , parcoururent en chantant des psaumes les principaux quartiers de la cité. De nouvelles lettres-patentes de Charles VIII, délivrées en 1 694 , rétablirent avec tous leurs privilèges les quatre foires franches dont la conservation fiit dèslors assurée.
Lyon retira de très grands avantages de cette institution commerciale ; les foires donnèrent beaucoup d'activité aux fabriques de la France : on y apportait les toiles du Forez, du Beaujolais , du Roannais, du Maçonnais, du Gharollais et de la Bresse, et les draps tissés par les manufactures françaises.
On y conduisit chaque année plus de soixante charges de safran, cultivé par le Roannais , le Forez, le Vivarais et le Lyonnais; il en venait aussi, mais en quantité bien moindre, de la Catalogne , de la Marche d'Ancône et de la Romagne. Paris envoyait aux foires de Lyon ses bonneteries et beaucoup d'objets de mercerie ; Milan , ses excellentes armures si recherchées par les gentilshommes du Dauphiné , du Languedoc, de la Provence , du Forez, et de toutes les provinces de France. L'industrie nationale et l'industrie étrangère, en présence sur ce marché, étaient constamment en rivalité et se perfectionnaient dans cette lutte.
Les foires rapportaient aux gabelles une somme considérable fournie par des contributions indirectes; ce n'est pas tout: quand le roi de France avait besoin d'une grosse somme d'argent , il la trouvait facilement à Lyon. Ses commissaires faisaient une enquête sur Timportance de ces marchés dès la fin du ({uinzième siècle; ils reçurent, à ce sujet, un mémoire très sagement raisonné, qui leur frit présenté au nom du chapitre , des conseillers et des habitants de Lyon : « Si on
5kU XV® SIÈCLE. MARCHE DE LA CIVILISATION.
« supprimoit les foires, est-il dit dans cet écrit, on feroit « dommage au royaume de deux millions d'or et plus par an , c( car auparavant il falloit acheter les marchandises nécessaires « hors du royaume à deniers comptants , tandis qu'aux foires a du royaume on ne fait qu'échanger. U s'y vend bien plus de « marchandises du royaume qu'on n'en amène des pays étran- « gers. Avant que lesdites foires fussent à Lyon , il n'y avoit pas « une bonne foire en ce royaume , parce qu'elles n'étoient pas « aux extrémités, mais au milieu du royaume; toutes les « grandes délivrances se faisoient à Genève pour les marchan- « dises qui venoient d'Allemagne, d'Italie , Savoye et Aragon; c< celte ville étaut en pays de limites. Les autres grandes délice vrances se faisoient à Anvers '. » Ainsi les bons principes commerciaux étaient posés, et dès cette époque reculée on comprenoit les avantages de la liberté de l'industrie.
Formés aux affaires par leurs foires et par l'exemple des Italiens qui habitaient leur ville , les négociants de Lyon acquirent en peu de temps beaucoup de renommée : on louait leur esprit d'ordre, leur économie, la fidélité scrupuleuse qu'ils mettaient à remplir leurs engagements.
La place de Lyon eut de bonne heure un grand crédit : elle le dut à la moralité de ses négociants, et à l'institution d'une juridiction établie expressément pour prononcer sur les diflFérends auxquels pourraient donner lieu les transactions commerciales pendant les foires. En 1467 , Loois XI avait coifié au bailli de Màcon, qui était en même temps sénéchal de Lyon, la surveillance de ces marchés; l'officier royal prenait le titre de juge-conservateur. Mais il y avait un grand nombre d'affiadres , dont plusieurs étaient contentieuses ; beaucoup exigeaient des connaissances spéciales : on créa un tribunal particulier. Cette juridiction n'était nullement subordonnée aux autres tribunaux du royaume , son indépendance était complète dans la limite de ses attributions ; marchands lyonnais et étrangers, nobles et manants lui appartenaient , en matière de commerce : ce tribunal pouvait ordonner la contrainte par corps contre les débiteurs fugitifs, et ses arrêts étaient exécutoires
i. — PftmcAOD {A.). Notes ei documents , 1840, p. 3.