‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 227 sur 262 · POIRES DE LYON. — X\^ SIÈCLE. 5Û · texte numérisé non relu

POIRES DE LYON. — X\^ SIÈCLE. 5Û

dans toutes les provinces de la France. Grâces à cette utile institution, tout marchand pouvait faire actionner un étranger à Lyon même : les bourgeois faisaient valoir leurs capitaux en toute sécurité, et l'argent devenait une marchandise comme toute autre. U n'y avait plus nécessité de s'adresser aux tribunaux ordinaires en matière commerciale; on avait à sa libre disposition la justice , plus prompte et beaucoup moins coûteuse, des notables-prud'hornmes. L'institution du tribunal de commerce reçut de grandes améliorations dans les âges suivants; mais elle rendit d'importants services dès son origine, et inspira beaucoup de confiance aux marchands qui venaient de la Suisse , de la Savoie, de l'Italie, de l'Espagne, de l'Allemagne et du Levant. On estimait fort à l'étranger la justice du tribunal de la Conservation de Lyon (c'était son titre) ; les arrêts qu'avait rendus cette juridiction firent souvent autorité dans les principales villes marchandes de l'Europe. *

Quatre fois l'année , après les foires , avaient lieu de grandes opérations commerciales, connues sous le nom de changes , entre les marchands de Lyon et ceux des nations étrangères : ces négociations avaient lieu sur la place appelée des Changes ou du Change. Elles avaient pour objet les paiements d'une foire à l'autre, jusqu'à la dernière qui était celle de Toussaint ; on les faisait de trois manières, par acceptation, par virement de parties, ou argent comptant. On convenait préalablement du jour auquel ils auraient lieu; cpiand cette époque était venue , les marchands firançais et étrangers se réunissaient sur la place du Change , dans la loge des Florentins , pour accepter ou refuser les lettres de change qui avaient été tirées sur eux des diverses parties du monde commerçant. S'ils acceptaient, ils traçaient une petite croix sur la lettre de change , et la marquaient d'un P s'ils la refusaient ; il n'y avait pas d'autres formalités , et , malgré l'immense mouvement des affaires , on ne vit jamais une manière si simple d'opérer donner lieu à des contestations. Les paiements acceptés, pour arrêter le prix du change , les négociants firançais et étrangers se réunissaient de nouveau dans leur loge

1. —Archives du dépaHemenl du Rhône, VU, 149. — Règlements pour les foires. — Privilèges des foires. — Archives municipales , tomes VIII cl IX.

du Change , sous la présidence du consul des Florentins , et se plaçaient en cercle comme font aujourd'hui les agents de change dans leur parquet. Le président ou syndic florentin ouvrait la séance en indiquant l'objet de la réunion; après lui parlaient successivement les Français, les Allemands, les Milanais, les Genevois et les Lucquois. Chacun donnait son avis, et on convenait du jour où commenceraient les paiements de la foire prochaine ; les marchands de chaque nation se réunissaient ensuite chez leur consul ou député , réglaient le compte du change, et fixaient la valeur de l'argent, soit à Lyon, soit dans les pays étrangers. Des courriers expédiés de tous côtés apprenaient aux places de commerce ce qui avait été convenu. L'acceptation faite , on payait en traites ou en délégations sur les débiteurs pour des sommes égales et à la même échéance : c'est ce qu'on appelait virement de parties. Le chiflTre de ces opérations conmoierciales dépassait quelquefois un million. Enfin, les paiements pouvaient avoir lieu en argent comptant '. Le change de Lyon avait une grande importance : il réglait , en Europe , le cours de l'argent.

J'ai dit que la présidence des marchands étrangers réunis pour les opérations du change était déférée au consul florentin; les banquiers de Florence avaient, en effet, une grande prépondérance à Lyon au quinzième et au seizième siècle. Un nombre considérable d'habitants de cette ville italienne s'étaient réfugiés à Lyon après la mauvaise issue de la conspiration des Pazzi : ils apportèrent dans leur patrie adoptive beaucoup d'or , le goût des arts, et Fintelligence des affaires de commerce. On distinguait parmi ces étrangers des Spini , des Capponi, des Gondi , des Bonvisi, des Diodati, des Arrighi, etc. Laurent Capponi, au seizième siècle, nourrit à ses firais pendant un mois plus de quatre mille personnes. Us bâtirent à Lyon de fort belles maisons. Ces familles florentines formèrent une colonie, qui se nommait un consul et quatre procureurs chargés de veiller à leurs intérêts. Plusieurs églises durent leur embellissement à ces riches étrangers , qui les décorèrent de chapelles , de peintures et de tombeaux en marbre. Il y avait aussi à Lyon , pendant le quinzième

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