LOUIS XII A LYON. XVI® 8IÉGLE
ancienne chronique nous office un tableau animé des scènes de désolation dont la ville fut alors le théâtre; je ne saurais dire aussi bien qu'elle :
« Lan mil cinq cent et quatre fist ung este très chault , tellement que les bleds furent de petite monstre et en petite quantité es pays de Lyonnois , Daulphine, Auvergne, Bourgongne, Savoye et autres pays. Des le moys de mars les villageois , congnoissans le temps mal dispose , estoient moult désoles , et faisoient ja processions en plusieurs lieux , tellement que en la ville de Lyon y venoit grand nombre de processions des villages , et tous les jours et dheure en heure, dont les bourgeois, marchans et habitans de la dicte ville leur donnoient pain et vin en abondance, et les religieux pareillement.
« Es dictes processions estoient les filles jeunes, vestues de linge blanc, pieds nuds et ung couvre-chief sur la teste et une chandelle en la main , les enfans masles après aussi vestus de linge blanc, nuds pieds, teste nue, puis après les prestres, les hommes et les femmes en chantant la letanie.
« Et aucune fois cryoient à haulte voix : Sancta Maria, ora pro nohisy puis Miséricorde! Miséricorde! Les paroisses de Lyon faisoient semblables processions et allèrent à Noslre-Dame de risle, à une lieue françoise près de Lyon.
M Le jeudy pénultième de may, fot apporte à Lyon Unnocent de Sainct-Just, des faulxbourgs du dict Lyon, que homme vivant navoit jamais veu apporter en la ville , et avec ce fot apporte sainct Just en procession, chantant et cryant comme les autres, et alloient deglise en église.
« Le jour ensujrvant on porta la mâchoire de sainct Jehan- Baptiste en procession aux Augustins, la quelle mâchoire navoit jamais este portée hors de Sainct-Jehan de Lyon ou elle est. Et huyt jours après il pleut, mais la seicheresse fot comme devant. Les religieux de Nostre-Dame de llsle , avec plusieurs villages , vindrent à Lyon en procession et apportèrent Nostre-Dame de risle et sainct Loup que on navoit jamais apporte à Lyon, et fot le septiesme jour de juing. Aussi fot apporte au dict Lyon sainct Hereny, prince des dix-neuf mille martirs. H venoit des processions de quatre et cinq Ueues. Et plusieurs villages forent bien cinq et six jours errans et allans par les champs de lieu en,
autre , sans retourner en leurs maisons. Et brief cestoit si grant pitié quil ny avoit si dur cœur ne si inhumain qui neust este esmeu à plorer et à laisser toute liesse, voyant la grande désola* tion du peuple. Environ le mois de septembre y avoit à Lyon, en la rivière de Sone, grant nombre de petit anguillons gros comme ung petit doigt , et nen osoit-on manger. En ceste année furent beaucoup de malades.
« Lan mil cinq cent et cinq, cest assavoir jusques à la Sainct- Jehan et lannee de devant, depuis la dicte Sainct-Jehan à lautre, fist très maie saison et chiere , car le bled valoit à Lyon xxvi et XXVII sols le bicher. Et pour ce que la dicte saison estoit si maie, vindrent à Lyon si grant habondance de povres gens des villages que cestoit pitié; les ungs laissoient leurs maisons vagues, les autres laissoient femmes et enfans , et les femmes enfans et maris , et tous demandant laulmosne , dont il en mourut innumerablement, nonobstant que chascun qui avoit de quoy leur donnoit souffisamment, car à Lyon se faisoient autant daulmosnes que jamais on veist faire en ville; chascun si eflforcoit de sa puissance. Et avec ce y regnoit une maladie dont il mourut si grant nombre de gens que merveilles , et principalement à rHosteH>ieu de Lyon y en mourut des povres villageois quasi innumerables. Beaucoup de riches gens aussi moururent , les quels estoient de grant auctorite. Et comme Ion disoit , lannee estoit partout semblable en mortalité ; es montaignes de Savoye et es vilages a lentour moururent de faim plusieurs gens. Et demourerent ceste année plusieurs pocessions à labourer. » *
Les calamités dont fut suivie cette mémorable famine n'étaient point effacées tout-à-fait lorsque Louis XII, accompagné d'Anne de Bretagne, vint à Lyon au retour de l'expédition heureuse contre Gênes qui avait fiiit sa soumission au roi. Cette guerre d'Italie s'annonçait sous d'heureux présages > et, à Lyon comme autre part , le peuple est oublieux de ses maux. On avait tout disposé pour faire au roi et à la reine une réception splendide; leur entrée solennelle occupe une place considérable tlans nos chroniques. Grand nombre de notables et d'enfants de la ville,
1. — Séjours (le Chirics VIII et l.oys XII à L>on sur le Rosoc, puMiés par P.-M. Gonon. L^ott, 1841, p. ôt.