LOUIS XII A LYON. XVI* SIÈCLE
vêtus mi-partie de drap bleu et de velours tanney, attendaient le cortège royaL Depuis le pont du Rhône jusqu'auprès de Vhôpital, on avait tendu les rues d un côté à l'autre de draps jaunes et rouges ; de belles tapisseries couvraient les murailles ; il y en avait jusques au-delà de la Grenette et de la rue Porte-Froc. Louis fut reçu à la porte du Rhône par les conseillers de la ville et le clergé ; il se mit sous un dais semé de fleurs de lis d'or que portaient quatre personnages notables , et s'arrêta un instant devant un échafaud magnifiquement orné , où l'attendaient, sous les traits de filles jeunes et belles, la France, vêtue de t^ffet^s rouge, la Prudence en taffetas pers, la Diligence en taffetas jaune, et la Vaillance en taffetas violet : noble Vouloir était représenté par un homme vêtu de taffetas jaune et rouge. Louis eut le spectacle de cinq autres représentations du même genre dans son trajet jusqu'à son palais; il entendit avec bienveillance les harangues que prononcèrent les personnages allégoriques pour célébrer sa bonne venue parmi les Lyonnais. La ville lui fit , ainsi qu'à la reine, de magnifiques présents , et il y eut, les jours suivants , de beaux tournois à la Grenette et dans la rue de la Juiverie. Louis resta plusieurs jours à Lyonj il fit de longues promenades sur la Saône : elles ^donnèrent, dit-ou, l'idée de la construction de ports et de quais sur la rivière. Occupés à bien accueillir leur roi , les bourgeois de Lyon n'en sentaient pas moins le poids des impôts toujours croissants qui les accablaient, Us eurent, bientôt après , un autre spectacle : George d'Amboise reçut dans Féglise des Jacobins le chapes^u de cs^rdins^l.
Louis revint à Lyon lorsqu'il marcha contre les Vénitiens; on lui donna encore de belles fêtes, que suivit une pieuse visite à la chapelle de l'Ile -Barbe. Il s'agissait d'une guerre si sérieuse , qu'il n'y eut cette fois ni joutes ni tournois : on fit , dans les églises , des prières publiques pour la prospérité des armes du roi. A d'heureuses nouvelles succédèrent bientôt des rumeurs inquiétantes : on sut que les Suisses annonçaient des dispositions malveillantes, et c'étaient des voisins dangereux. Il n'y avait pas de temps à perdre; tous les moyens de défense furent aussitôt préparés. Les échevins firent une inspection attentive des remparts et des murs d'enceinte; ils passèrent en revue les Lyonnais en état de porter les armes , et remplirent
,er
568 XVI* SIÈCLE. — PAANÇ018 1®
l'arsenal de munitions de guerre : des emprunts et des prêts volontaires pourvurent aux dépenses urgentes. Les alarmes qu*on avait conçues n'étaient pas fondées ; il n*y eut point d'invasion. La reine Anne partit en 1509, si contente de l'accueil des Lyonnais qu'elle en témoigna hautement sa satisCaiction : elle leur promit ses bons offices toutes les fois qu'ils en auraient besoin. Deux ans plus tard , le roi convoqua le concile de FEglise gaUicane à Lyon ; les assemblées eurent lieu dans le réfectoire du monastère des Augustins. On avait ouvert une grande porte sur les fossés de la Lanterne , pour ménager aux évêques une entrée plus commode dans la salle des séances. Cette réunion de prélats n'eut , comme on le sait, aucun résultat : Louis avait d'ailleurs d'autres soins ; sa guerre d'Italie tournait fort mal. Un de ses ennemis les plus dangereux, le pape Jules II, avait pris en haine la ville de Lyon; il eut sérieusement le projet de lui* enlever ses foires, et de les transférer à Genève. Une paix qui ne devait pas être de longue durée rendit un peu de calme à la France pendant les dernières années du règne de Louis XII ; ce prince mourut, et l'ambition du nouveau roi précipita la France dans de nouvelles calamités.
S II. Fils de Charles d'Angoulême et de Louise de Savoie, François I" était cousin de Louis XII. Quand il parvint à la cou* ronne, la France, malgré les revers qu'elle avait éprouvés pendant la guerre impolitique d'Italie , n'en était pas moins grande et forte; d'impardonnables fautes, une mauvaise direction des affaires, faillirent la ramener au temps désastreux de Charles VI. Inconstant, léger, brave, mais sans talents militaires , incapable d'attention soutenue , mauvais poUtique , trompé souvent par ses ennemis et plus souvent encore par sa présomption , François connaissait peu la science du gouvernement : il abandonnait la conduite des affaires à sa mère Louise de Savoie, et à son chancelier , ce vénal Antoine Duprat qui fit tant de mal à la France. Plein d'une haute idée de la prérogative royale, ce roi comptait pour peu l'autorité des parlements et celle des étalsgénéraux; il croyait être au-dessus de la loi, et s'applaudissait d'avoir mis la couronne hors de page. Sans conviction rehgieuse, ou plutôt intérieurement disposé en faveur de la réforme, François poursuivit cependant les protestants , dans ses états ,
FRANÇOIS 1*'. — XVI® SIÉCLB. 569
avec une rigueur barbare , pour se ménager la bienveillance de la cour de Rome et servir l'accomplissement de ses projets sur ritaiie ; il condamnait ses sujets à d'efiroyables supplices auxquels il assistait quelquefois , et cependant s'alliait sans scrupule , quand son intérêt l'exigeait , avec les protestants d'Allemagne et même avec les Turcs. François se fit armer chevalier sur le champ de bataille : l'honneur pour lui était bien préférable à l'utile; pourtant ce roi manqua plus d'une fois à sa parole et à des engagements qu*il avait librement acceptés. U aliéna les domaines de la couronne , et avilit les charges de judicature ; rinjQexible histoire hù reproche le dérèglement de ses mœurs, d'odieux abus de pouvoir, l'injustice de ses procédés euvers le connétable de Bourbon, et une ambition sans habileté qui fît couler à flots le sang français. Cependant ce roi de théâtre avait d'excellentes qualités : François était le protecteur des lettres, et en quelque sorte l'ami des savants et des artistes ; il fiit l'appui de Clément Marot , et appela en France de grands artistes, au premier rang desquels il faut inscrire Léonard de Vinci et le Primatice. Son caractère avait réellement quelque chose de chevaleresque , et surtout de brillant ; peu de monarques ont eu autant de représentation et de dignité : ses fautes fiirent, pour la plupart, le résultat de l'éducation insuffisante qu'il avait reçue, et des difficultés très grandes de sa situation après le désastre de Pavie. François n'a pas conservé tout le prestige de gloire dont sa mémoire a été entourée pendant longtemps, mais il n'en a point été entièrement dépouillé. La ville de Lyon lui doit une reconnaissance particulière : sa fabrique de soieries, autorisée par Louis XI, ne fut définitivement constituée et en pleine activité que sous François P'. Ce qu'elle gagna, au reste, sous le rapport de sa prospérité matérielle, elle le perdit en libertés : le roi de France ne respecta pas toujours ses privilèges.
Quand l'avènement de François à la couronne fut connu officiellement à Lyon , le consulat députa auprès du nouveau roi quatre envoyés qu'il choisit avec sollicitude : Claude Laurencin, seigneur de Riverie , François Dupré, vicomte de Bayeux, Pierre Renouard et Jacques de Bailleux reçurent la mission de repré- /senter la ville, et la remplirent avec honneur. François nonuna
le maréchal Jean-Jacqaes Triyulce son lieutenant dans le comté du Lyonnais. Un des premiers soins du nouveau gouverneur fiit donné an système des fortifications, demeuré incomplet et insuffisant. Il fsdlait de l'argent, et beaucoup, pour clore la ville du côté de la Suisse et de la Savoie , dans la direction de la Saône au Rhône : Trivulce en demanda aux échevins ; mais la ville était fort obérée. Cependant ce grand travail commença; on verra, dans la suite, de quelle manière et avec quelles ressources on vint à bout de Fexécuter. Comme Louis XII, François, à peine roi, voulut faire la conquête de lltalie, ou du moins du Milanais; il employa toutes les ressources disponibles de la France à cette expédition, et désigna Lyon pour son quartier général. Le connétable de Bourbon se rendit dans cette ville, et y fit son entrée solennelle. Aussitôt après arrivèrent un grand nombre de personnages distingués , le capitaine Bayart, les maréchaux de Lautrec et de Lapalisse, le gouverneur Jean-Jacques Trivulce : ils annoncèrent la venue prochaine du roi. En effet, François P' parut bientôt ; il était accompagné de la reine Claude sa femme , et de sa mère la duchesse d'Angouléme.
Lyon voulut se distinguer, et faire à son souverain un accueil magnifique ; tout fut disposé pour que l'entrée du roi eût heu avec le plus grand éclat. Un cortège pompeux attendit François : c'étaient les douze conseillers vêtus de robes de damas tanney et de pourpoints en satin cramoisi , les marchands allemands habillés de drap gris , les Lucquois en robes de damas noir , les Florentins en robes de velours ; venaient ensuite les enfants de la ville, parés de drap d'argent, de velours et de satin blanc. Rien n'était plus splendide et d'un plus bel aspect que le dais : sur le fond en satin bleu brillaient , brodées en or , trois belles fleurs de Us , une couronne et les armoiries de France ; les battants étaient en velours blanc, jaune et rouge, couleurs du roi, et semés de fleurs de Us ; le tout merveiUeusement brillant et riche. François eut la représentation de six belles histoires allégoriques en divers points de la ville, sur la Saône, à la porte de Bourgneuf, au Griffon, à Saint-Clair, au Change et au Palais. Huit jeunes et jolies Lyonnaises figuraient symboliquement autant de vertus, rappelées par les huit lettres dont se composait le nom du roi.