‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 240 sur 262 · FRANÇOIS 1®'. — XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS 1®'. — XVI* SIÈCLE

Il y eut quelque agitation dans la ville après le départ de François P'. Une jalousie profonde excitait les classes inférieures contre les bourgeois riches et titrés; elles n'avaient point accepté leur déchéance pour l'élection des échevins , et se demandaient toujours avec dépit pourquoi les conseillers n'étaient pas pris dans les corps de métiers. Grand nombre d'ouvriers se coalisèrent pour faire redresser ces griefs; ils accusaient le consulat de malversations et d'impéritie. Selon eux, la ville était mal gouvernée et de graves abus s'étaient introduits dans l'administration; les gens des métiers désignèrent dans leur sein des procureurs , qu'ils chargèrent de leurs intérêts. Leurs députés pénétrèrent violemment dans la salle des délibérations du conseil , et exposèrent énergiquement les plaintes des ouvriers : ils réclamaient le droit de suffi^age , et voulaient que les élections eussent lieu désormais dans la chapelle Saint-Jacques , conmie dans les premiers temps. Ces scènes de désordres n'eurent pas de suites graves; on parlementa, on gagna du temps; un procès en forme soumit la cause aux tribunaux qui donnèrent gain de cause à l'aristocratie bourgeoise, ainsi qu'on devait s'y attendre.

Pendant ces débats , François combattait en Italie et sortait vainqueur de la sanglante journée de Marignan , qui lui valut le Milanais. Cet heureux début alarma les puissances étrangères, et bientôt parut sur la scène politique un ennemi dont l'ambition devait lutter avec celle du roi de France pendant vingt-cinq années : c'était le jeune Charles d'Autriche , fils de Philippe , héritier des Pays-Bas, et de Jeanne-la-FoUe, fille de Ferdinandle-Catholique, et maitre, à vingt ans, de Œspagne, du royaume de Naples et d'un puissant empire en Amérique. A tant d'avantages, Charles joignait une prudence consommée et une grande habileté. La rivalité funeste qui devait accabler la France de tant de maux, éclata à la mort de l'empereur Maximilien : la dignité impériale était ardemment convoitée par les deux monarques : ce fut Charles qui l'obtint.

François poursuivait avec persévérance ses projets sur l'Italie; il lui importait de s'assurer la bienveillance du pape : le roi l'acheta, et la paya au prix des libertés de l'Eglise. Son concordat parut une atteinte bien grave au droit public des Français : en vertu de ce traité, la cour de Rome était investie d'une autorité

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absolue en matière ecclésiastique ; elle avait le droit de nomination aux abbayes , aux éyéchés , aux prélatures , et ne tarda pas à vouloir en faire usage à Lyon.^Un envoyé du pape réclama le couvent des Jacobins , et il aurait réussi à s'en emparer, sans la résistance énergique du consulat qui maintint les prérogatives des religieux. Le concordat de François P' fiit mal accueilli par les Lyonnais } ils eurent bientôt un autre sujet de plainte. Au mépris des anciens traités , François avait fait arrêter sur le sol français tous les marchands catalans, flamands ou venus des pays alliés de Charles , qui se rendaient aux foires franches de Lyon : c'était un moyen de détruire ces grands marchés. Les échevins réclamèrent avec énergie; ils citèrent les lettres-patentes si explicites des rois de France; ils protestèrent au nom des intérêts de FEtat et de la foi jurée. Il y eut des débats longs et animés , mais enfin les franchises des foires frurent reconnues par les officiers royaux ; on relâcha les marchands espagnols. François avait peu de respect pour les libertés communales ; il empiétait sans scrupule sur celles de la ville de Lyon. Sa guerre dltalie le préoccupait de plus en plus ; il avait besoin de soldats, et il en demandait aux villes du royaume. Lyon fut taxé à mille hommes et au don d'une somme de neuf mille livres : c'était beaucoup. Les conseillers , effrayés par cette demande , représentèrent avec force au roi la pauvreté de la ville et la diminution progressive de la population. François était à Lyon ; il reçut fort mal les observations des échevins , et les menaça , s'ils résistaient davantage , d'abandonner les habitants à la rapacité de bandes d'aventuriers qui parcouraient les cam^ pagnes du Lyonnais. On lui accorda cinq cents hommes ; les libertés de Lyon avaient été ouvertement violées. Ce ftit vers ce temps que la principauté de Dombes fut réunie à la France ; on établit à Lyon une cour souveraine pour rendre la justice : mais la Dombes devait retourner bientôt à ses anciens maîtres..

Après avoir réglé ces affaires et pourvu à l'administration du royaume , François laissa à Lyon la reine-régente , et conduisit en Italie une armée brave et nombreuse. La campagne de 1525 commença sous des auspices favorables; tout présageait de grands événements, dont les Lyonnais attendaient impatiemment le résultat. Deux hommes venant de Tannée arrivent en

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grande diligence à la porte du pont du Rhône , et demandent à entrer : il est minuit , on hésite ; ces hommes insistent; ils disent qu'ils sont porteurs d'une grande nouvelle , mais qu'ils ne peuvent la communiquer qu'au chancelier de France et à la reine-* mère. L'un d'eux est M ontpezat y gentilhomme de la maison du roi; l'autre est le vicomte Âdrian, secrétaire de la duchesse d'Âlençon. Le conseiller Humbert Gimbre et Benoit Ghastillon, commis à la garde des clefs, se décident enfin à ouvrir. Admis, non sans beaucoup de difficultés , auprès de la reine-régente , M ontpezat lui remet une lettre laconique de son fils ; on y lit ces paroles : « De toutes choses ne m'est demouré que l'honneur et la vie qui est sauve. » Il raconte que le 2û février, une grande bataille a été livrée sous les murs de Pavie aux Espagnols par les Français , que l'armée du roi a été vaincue , et que François, ainsi que beaucoup de seigneurs, est tombé au pouvoir de l'ennemi. Il dit combien cette journée a été désastreuse, et exprime de vives craintes sur les conséquences de cette défaite. Attérée par une catastrophe si peu prévue, la régente demeure sans voix; le chancelier ordonne quelques mesures d'urgence, et les échevins, assemblés de grand matin , délibèrent sur ce qu'il convient de faire dans une conjoncture si critique.

Ce sont des moyens de défense qu'il &ut organiser immédiatement; saisie d'une terreur profonde, toute la ville les réclame avec instance. On fait la visite des fortifications , et on s'occupe avec activité à réparer celles qui sont endommagées. Un conseiller procède à une inspection minutieuse de l'artillerie et des munitions de guerre ; un autre s'informe de là quantité de blé qui se trouve dans les greniers de la ville. Capitaines pennons , enseignes et lieutenants sont avertis de .mettre leurs armes et leurs compagnies en bon ordre , et de se tenir prêts à marcher au premier signal. Chaque porte sera gardée par six bourgeois notables , et ne laissera entrer ou sortir que des personnes bien connues ; dix hommes feront le guet dans chaque quartier pendant la nuit , après que leur identité aura été préalablement constatée par deux conseillers. On n'ouvrira point la nuit les portes de Pierre-Scise, de Saint-Marcel et du pont du Rhône, sans le consentement de deux conseillers qui auront à examiner s'il y a convenance h le faire. Tel est Teflfroi des Lyonnais, qu'ils pren-

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